Carte blanche – «Bruxelles multilingue: nécessaire et possible!»

Carte blanche – «Bruxelles multilingue: nécessaire et possible!»
Mathieu Golinvaux.

Sans multilinguisme, la diversité linguistique est une calamité. Chacun reste alors enfermé dans sa bulle monolingue, handicapé dans sa vie professionnelle, incapable de remplir correctement son devoir de citoyen belge et européen, peinant à établir avec ses voisins des relations de confiance et de collaboration.

Mais à Bruxelles encore plus qu’ailleurs la diversité linguistique devient un atout formidable si elle s’accompagne d’un multilinguisme généralisé. Ce multilinguisme est d’abord un atout pour les personnes elles-mêmes. Connaître plus qu’une langue, c’est élargir la gamme des emplois auxquels on a accès ; c’est se rendre capable de participer plus pleinement à la vie politique et sociale ; c’est se donner le moyen de mieux comprendre et apprécier d’autres cultures.

Le multilinguisme des Bruxellois est aussi un atout pour toutes les régions proches et lointaines avec lesquelles le partage d’une langue permet de maintenir des relations plus étroites, une compréhension et une confiance mutuelles propices au développement de relations économiques et culturelles fécondes.

Ce multilinguisme est encore plus important pour Bruxelles elle-même. Il est crucial pour faire de sa population cosmopolite une véritable communauté. Il est essentiel pour lui permettre de jouer pleinement son rôle de capitale de l’Etat fédéral belge et de l’Union européenne. Et il est fondamental pour la prospérité économique de Bruxelles, fondée sur des services dont la clientèle est linguistiquement très diverse.

Dépasser le bilinguisme

De l’importance de ce multilinguisme, tant la société civile bruxelloise que le monde politique bruxellois en sont aujourd’hui convaincus. Plus personne ne pense aujourd’hui qu’on peut vivre confortablement à Bruxelles en ne connaissant que l’une de ses deux langues officielles, ni même les deux. Un multilinguisme qui déborde résolument le bilinguisme officiel est un impératif prioritaire pour Bruxelles et est devenu une composante centrale de son identité.

Tout cela, le gouvernement bruxellois l’a aujourd’hui bien compris, au point de faire explicitement de la promotion du multilinguisme une des compétences ministérielles. En décembre 2019, une note d’orientation a été présentée au Parlement bruxellois et y a reçu un accueil unanimement favorable. Partant d’un certain nombre de constats, la note fixe un objectif : promouvoir, au sein de toute la population bruxelloise, la capacité de communiquer en français, en néerlandais et en anglais, tout en reconnaissant la grande importance de la transmission de toutes les langues maternelles parlées dans notre ville cosmopolite et tout en veillant à assurer une bonne maîtrise d’au moins une des langues scolaires.

Des chiffres en baisse

Le défi n’est pas mince. Depuis le début du siècle, en raison de la transformation de la population bruxelloise, il s’est même considérablement amplifié. Selon le dernier Taalbarometer de la VUB, la part de la population bruxelloise adulte s’estimant capable de parler bien ou très bien le français, le néerlandais et l’anglais est passée entre 2000 et 2017 respectivement de 96 à 87 %, de 33 à 16 % et de 33 à 34 %, tandis que la part ne maîtrisant aucune de ces trois langues a grimpé de 3 à 8 %. Que la compétence dans une langue décline ne signifie pas pour autant que son usage diminue. Ainsi, selon la même source, l’usage du néerlandais est passé dans la même période de 14 à 24 % dans le quartier, de 9 à 29 % dans les commerces et de 19 à 46 % au travail, dans la plupart des cas bien sûr en combinaison avec le français, l’anglais ou d’autres langues.

Ancrer l’apprentissage des langues dans la réalité bruxelloise

Cette situation paradoxale illustre l’écart croissant entre les compétences et les besoins. Pour aider le gouvernement bruxellois à relever le défi qui en découle, la note d’orientation annonçait la mise en place d’un Conseil bruxellois pour le multilinguisme composé de personnalités multilingues qui croient à l’importance et à la possibilité de la promotion du multilinguisme au sein de l’ensemble de la population bruxelloise. Sa tâche n’est pas de légitimer la politique du gouvernement bruxellois dans ce domaine mais de contribuer à lui donner forme, en lui faisant profiter des recherches scientifiques les plus récentes sur l’apprentissage des langues et en l’ancrant solidement dans la réalité bruxelloise dans toute sa diversité. Ce Conseil sera officiellement inauguré lors de la première journée bruxelloise pour le multilinguisme, qui se tiendra au Parlement bruxellois ce samedi 26 septembre, dans un format modeste imposé par les contraintes sanitaires mais qui permettra à chacun de suivre l’événement en ligne sur la nouvelle plateforme pour le multilinguisme.

Même sous cette forme modeste, cet événement doit donner une nouvelle impulsion à l’effort collectif pour promouvoir vigoureusement le multilinguisme dans notre région. A condition d’allier enthousiasme et intelligence collective, ce n’est pas seulement nécessaire. C’est aussi possible.

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