Carte blanche: «Défendre la démocratie»

Manifestation de partisans du Vlaams Belang, ce dimanche 27 septembre sur le plateau du Heysel à Bruxelles.
Manifestation de partisans du Vlaams Belang, ce dimanche 27 septembre sur le plateau du Heysel à Bruxelles. - Belga.

La succession et la superposition des crises économiques, sociales, climatiques et politiques ne permettent plus au citoyen de s’y retrouver et de se projeter dans l’avenir. Antonio Gramsci avait bien perçu que « la crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés » (1).

L’actualité nous abreuve de la diversité de ces phénomènes. Même, s’ils sont de natures différentes, ils fragilisent dangereusement la capacité de notre société de construire le vivre ensemble. Quand un président de parti, comme Georges-Louis Bouchez, réduit le sens de son action politique à l’amélioration de son algorithme et à rester dans la ligne de mire (2), il donne à penser que la démocratie n’est qu’un mécanisme organisant le combat des ego. De son côté, Bart de Wever démontre son incapacité à accepter de ne pas être au centre du jeu et exprime quotidiennement son mépris pour celles et ceux qui ne pensent pas comme lui ou qui ne sont pas de sa communauté. Par son langage guerrier et vengeur, il crée un climat qui en appelle à la violence. Ce faisant, il vient de franchir un pas supplémentaire en se montrant solidaire avec les hordes fascisantes qui, ce dimanche, sont descendues sur Bruxelles en rappelant de douloureux souvenirs aux démocrates. Les loups sont descendus sur la ville.

Une démocratie à parfaire et à défendre

Intolérance, racisme, homophobie, sexisme, nationalisme ou encore illibéralisme sont des indicateurs de la fragilisation grandissante de nos systèmes démocratiques. Le combat contre ces différents symptômes passe par un dépassement des clivages au sein des milieux progressistes. Nos systèmes démocratiques restent fragiles. Ne l’oublions pas, au regard des temps longs de l’histoire ils sont encore jeunes et doivent continuellement être défendus et améliorés. Nos démocraties sont imparfaites, mais nous savons qu’en dehors d’elles, il n’y a pas d’autres alternatives que des formes de totalitarismes.

Comme l’écrivait le philosophe Claude Lefort : « … le désir de liberté ne va pas sans celui d’une société dans laquelle soient données les conditions du discord, et de la reconnaissance réciproque de l’un par l’autre » (3).

(1) Antonio Gramsci, Cahier de prison nº3, p. 283.

(2) « Je considère que mon travail consiste à me jeter dans la ligne de mire chaque jour » (…) Ainsi mon algorithme s’améliore. Plus il y a de réactions et de likes, plus mon profil devient visible. » Cité par Michel Henrion.

(3) Claude Lefort, Élément d’une critique de la bureaucratie, Gallimard 1979, p. 28.

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