Alexander De Croo (Open VLD)

Alexander De Croo (Open VLD)

Portrait

C’est l’histoire d’un geek sympa et plutôt très malin, d’un passionné d’équitation, de vélo et de moto jusqu’à un effroyable accident. D’un « fils de », aussi. C’est l’histoire d’Alexander De Croo (Open VLD), vice-Premier de Charles Michel (MR) puis de Sophie Wilmès (MR) et choisi comme Premier ministre de la coalition Vivaldi au gouvernement fédéral.

Un rôle de premier plan. Presque une revanche après une dizaine d’années à ronger son frein dans les plus hautes sphères de la politique belge. Alexander De Croo a de quoi jubiler. Car longtemps, l’obsession du fils d’Herman a été de se faire un prénom. Chez les De Croo, on est bourgmestre de Brakel (Flandre-Orientale) depuis cinq générations. Papa est l’un des hommes politiques néerlandophones les plus connus du pays. Maman est une avocate francophone à la renommée nationale. Face à des juges encore très traditionalistes, elle se bat pour que des pères puissent obtenir la garde de leur(s) enfant(s) à une époque où cela ne se fait pas, tout en étant à la tête du Conseil des femmes. L’éducation se veut simple (camps d’été, jobs étudiants et trajet vers l’école en bus), féministe et laïque.

Alexander croit longtemps pouvoir échapper à son destin politique, déjà tracé dans un coin de la tête du paternel. Sa « rébellion » passe par le choix de la VUB pour étudier la gestion plutôt que le droit. Vaguement proche du cercle libéral et pas vraiment impliqué dans la vie locale, il part deux ans à Chicago où il décroche un MBA dans une prestigieuse université. A son retour, il lance une start-up spécialisée dans le droit intellectuel avant d’intégrer un cabinet d’affaires renommé où il rencontre Annick, avec qui il a deux enfants. Doucement, il rentre dans le rang et s’installe comme tous les De Croo à Brakel. De son jardin, Herman peut observer ses petits-enfants jouer.

Ce n’est pas le père mais les amis du fils qui finissent par le convaincre de se lancer dans l’arène politique. Alexander De Croo a la petite trentaine. La « Verhofstadt mania » est terminée. Les élections européennes de 2009 se profilent et il tente le coup sans grande conviction, notamment sous les conseils d’Egbert Lachaert, le même qui a été élu président de l’Open VLD et est l’un des artisans de l’accession de son ami au 16, rue de la Loi. Grâce à son nom, Alexander obtient un résultat impressionnant (50.000 voix) à une place non éligible. « Herman a toujours voulu un successeur », confie la matriarche de la famille De Croo, Françoise Desguin. « Alexander a voulu lui faire plaisir, mais il n’avait aucune ambition politique. »

Président par surprise

Sauf que l’adrénaline de la campagne européenne donne au fils De Croo des envies d’encore. Fin 2009, il est question de remplacer Bart Somers à la tête du parti libéral flamand. La concurrence est rude. Le ministre flamand sortant Mario Keulen est soutenu par l’appareil du parti mais il l’emporte finalement au deuxième tour avec 55 % des voix. Les parents De Croo sont « stupéfaits » : « On ne pensait pas qu’il passerait le premier tour ! Il n’avait même jamais mis les pieds au parti. » Il n’a pas les clés du siège de la rue Melsens et devra attendre un long moment dans sa voiture avant que quelqu’un vienne lui ouvrir pour son premier jour.

Les débuts présidentiels sont difficiles. « Il a très vite affiché une ambition carabinée », raconte un ancien du VLD. « Il a appliqué les méthodes très classiques de ceux qui veulent progresser rapidement en politique via des alliances que l’on fait et défait. » « Il voulait absolument marquer une rupture générationnelle », complète un autre. « On ne le connaissait pas. Il était arrivé grâce à son nom, sans expérience. Il n’était pas un bon leader et cela a créé de nombreuses tensions. Clairement, ce n’était pas une période harmonieuse… »

BHV, un pari à demi raté

Comme pour marquer son territoire, Alexander De Croo se choisit assez vite un symbole en trois lettres : BHV. Il veut un accord politique pour Pâques, sinon… Il n’écoute pas les sages du VLD qui tentent désespérément de le dissuader de tout envoyer valser pour un prétexte communautaire. Pas plus que les Dehaene, Leterme et autre Milquet qui dominent encore le paysage politique belge de l’époque. Faute d’accord sur la scission de l’arrondissement électoral qui défraie la chronique politique depuis on ne sait plus quand, il « débranche la prise » en avril 2010.

Dans la foulée, le VLD perd les élections. La N-VA devient l’un des acteurs les plus importants de la politique belge et 541 jours de crise paralysent le pays. Mais le fils De Croo a gagné son prénom. Plus personne n’ignore Alexander, alors que la majorité de la population a déjà totalement zappé ce qui se cache derrière les trois lettres maudites. Il cède avec enthousiasme la présidence du parti à Gwendolyn Rutten en 2012 et remplace Vincent Van Quickenborne comme ministre des Pensions.

Trop gentil ?

Cette place au sein d’un exécutif plaît à ce bon manager qui maîtrise ses dossiers, sait s’entourer et laisse une marge de manœuvre importante à des collaborateurs. Cela ne l’empêche pas d’être totalement éclipsé par le score canon de Maggie De Block aux élections fédérales de 2014. Dans le gouvernement de Charles Michel, Alexander avait espéré obtenir les Finances, mais cela aurait mathématiquement privé Maggie de la Santé. Il reçoit le titre de vice-Premier comme lot de consolation, mais il est déçu et le fait savoir.

« Il manque de “killer instinct” (littéralement d’instinct de tueur) », analyse un proche. « C’est pourtant une qualité indispensable si on veut aller au bout de ses ambitions en politique. » Son rôle proactif dans l’échec de l’option arc-en-ciel (socialistes, libéraux, écologistes) envisagée au fédéral l’automne dernier, alliance qui aurait pu permettre à Gwendolyn Rutten de devenir Première ministre fin 2019, semble démontrer qu’il n’en est pas totalement dénué. Son travail discret, sans jamais participer aux polémiques de ces derniers mois, aussi.

Peut-être a-t-il tiré les leçons de 2014 ? Alexander De Croo reconnaît s’être demandé ce qu’il allait bien pouvoir faire d’une compétence qui ne l’attirait pas : la Coopération au développement. Il a toutefois fini par écouter son père qui lui avait dit : « Tu vas avoir cinq ans pour découvrir la misère du monde, la famine, la vraie crise que vivent ceux qui gagnent un euro par jour. Tu n’auras cette occasion-là qu’une fois. » Alors, Alexander, qui aime les voyages et accompagnait déjà son père au Congo enfant, a respiré un grand coup et s’est dit « let’s go », « allons-y ».

« Une confiance parfois aveugle envers le privé »

Pour bien commencer, il prend un ancien diplomate de renom déjà actif sous Verhofstadt comme chef de cabinet et demande à rencontrer les acteurs clés du secteur. « La relation a toujours été constructive », confirme Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD), avant d’embrayer sur le fait que le secteur a souvent dénoncé le manque de stratégie du ministre. « Sa marque de fabrique est d’avoir une confiance parfois aveugle envers le secteur privé. Il a aussi revalorisé l’aide humanitaire d’urgence car son mandat a collé avec la crise en Syrie. Les mauvaises langues diront que ça apporte plus de visibilité. »

Premier ministre du digital…

De Croo a aussi su garder de précieux contacts dans le monde de l’entreprise grâce à sa deuxième casquette de ministre du Digital. « Le tout premier de Belgique », relève fièrement Thierry Geerts, CEO de Google Belgique, avec qui il a travaillé étroitement pendant des années. « On avait déjà beaucoup de retard et on en a encore, mais c’était la bonne personne pour ce poste. Il savait de quoi on parlait. » Fan des applis type Uber, il a toujours le dernier smartphone à la pointe. « Et pas un iPhone. »

Dans sa commune, on hallucine encore de le voir descende la rue à toute vitesse sur son skateboard électrique pour aller acheter ses croissants le dimanche matin. « Il a un tropisme favorable à l’innovation », résume un ex-collaborateur et ami. Au point de se lancer dans une « tournée digitale » au début de son mandat, passant des soirées à échanger avec des petits groupes d’entrepreneurs d’Ostende à Libramont.

Il y a moins à dire sur sa dernière casquette de ministre des Entreprises publiques et des Télécoms. Celui qu’on taxe, un peu trop vite – à écouter ceux qui le connaissent bien –, de néolibéral « très à droite » sur les questions économiques s’est effectivement acharné à tenter de privatiser les joyaux de notre couronne comme la poste. Une vision idéologique à l’origine de grosses tensions, tant avec les syndicats qu’avec certains membres du patronat, comme Dominique Leroy.

… avant de devenir Premier tout court

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Enfin, pas que là. Alexander De Croo a déjà survécu à un accident de moto face à un conducteur fantôme. A une chute de cheval qui l’a forcé à passer six semaines en chaise roulante et à une virée mal organisée en zone rebelle au Sud-Soudan. On dira que c’est le karma. Grâce au « débranchement » de prise, – celui de la N-VA cette fois en décembre 2018 –, Alexander De Croo s’est enfin vu attribuer le poste qu’il convoitait : les Finances. Loyal au gouvernement, ouvert à la discussion et aux remarques du Parlement, il reçoit les compliments jusqu’à l’extrême gauche.

Voilà donc qu’Alexander De Croo, l’arriviste qui agaçait tout le monde – Elio Di Rupo avait coutume, lors de la crise des 541 jours, de dire qu’il devrait descendre de son cheval –, promu personnalité la plus affable de la politique belge. Peut-être par chance, sûrement aussi parce que c’est naturel. Et certainement parce que, malgré les revers, De Croo s’est toujours accroché. Le voici récompensé : il sera Premier ministre de la Belgique pour les quatre prochaines années.

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