Carte blanche: «L’inquiétude sans la résignation»

Carte blanche: «L’inquiétude sans la résignation»

L’histoire est connue. Un homme décide, contre toute attente, de se convertir au judaïsme. Son parcours est semé d’embûches, les études sont longues et difficiles. Le jour de sa comparution devant le tribunal rabbinique, il est pourtant confiant. Il connaît parfaitement les 613 commandements, et est même capable de citer les grands commentateurs bibliques. Il connaît toutes les coutumes. Le premier juge lui demande de s’asseoir. Le deuxième lui demande si tout va bien. Notre homme répond « oui ». « Recalé », dit le troisième juge.

Alors, notre inquiétude aujourd’hui s’apparente-t-elle à celle que l’humour juif met souvent à l’honneur, et qui nous empêcherait de nous réjouir ? Malheureusement, ce qui nous occupe est plus sérieux.

Lors de la formation du gouvernement, nous avions interpellé les co-formateurs sur l’importance de résoudre certains dossiers.

Nous avions rappelé qu’il n’est pas normal qu’un groupe de Belges (les Belges qui fréquentent les institutions juives) soit responsable du financement d’une partie de leur propre sécurité physique, particulièrement dans un pays qui a connu des meurtres à caractère antisémite durant la dernière décennie. Investir dans la protection de la communauté juive c’est investir dans la protection de la société démocratique et des valeurs qu’elle porte. Nous avions également attiré l’attention des co-formateurs sur la recrudescence de l’antisémitisme en Belgique (carnaval d’Alost, théories du complot sur le coronavirus, manifestation aux cris de guerre contre les juifs, rien qu’en 2020). Nous avions enfin évoqué l’importance des libertés religieuses (abattage rituel, circoncision).

La note présentée à notre Souverain n’en a pas fait mention. Or, ces sujets doivent rester en bonne place à l’agenda de notre gouvernement, particulièrement à l’heure où les détresses financières et sociales vont souffler dans le dos de la haine et de la violence au sein de notre société.

La lutte contre l’antisémitisme, notamment, doit se mener de manière transversale : éducation, prévention, sécurité, inclusion, dialogue interculturel. Nous voulons que le Gouvernement nomme un envoyé spécial à la lutte contre l’antisémitisme et qu’il s’attelle dès à présent à la conception d’une stratégie nationale.

Par ailleurs, ce qui est plus inquiétant, en février 2020, un homme politique s’est permis un commentaire sur le « lobby juif ». La presse en avait parlé, mais semble l’avoir déjà oublié. Cet homme, c’est notre nouveau ministre de la Justice, Monsieur Vincent Van Quickenborne.

Ignorait-il alors que le Sénat de Belgique avait adopté la définition opérationnelle de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA) ? Et que celle-ci donne un exemple clair d’antisémitisme : « La production d’affirmations fallacieuses, déshumanisantes, diabolisantes ou stéréotypées sur les Juifs ou le pouvoir des Juifs en tant que collectif comme notamment, mais pas uniquement, le mythe d’un complot juif ou d’un contrôle des médias, de l’économie, des pouvoirs publics ou d’autres institutions par les Juifs ».

Alors que ce gouvernement se met en place, nous avons des raisons de nous inquiéter, mais cette inquiétude doit nous donner un élan. L’inquiétude sans la résignation accouche de la vigilance, de l’espoir et de l’action.

Nous serons donc volontaires, actifs et ambitieux. Nous devons pouvoir travailler avec notre gouvernement et la société civile dans son ensemble. Nous solliciterons des rencontres en ce sens.

Il serait bien malheureux de constater que notre pays n’est plus capable de consensus et d’adaptation. Nous nous refusons à le penser.

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