«Éradiquez l’hépatite C»

«Éradiquez l’hépatite C»

Plus besoin d’expliquer de nos jours qu’un virus peut être lourd de conséquences pour une société. En moins de 9 mois, toute notre société a été chamboulée par le Covid-19. Pourtant, il existe une lueur d’espoir : les virus aussi peuvent être maîtrisés. Jusqu’à présent, deux de ces virus ont été éliminées dans l’UE : la variole et la polio. Dans dix ans exactement, une troisième maladie virale devrait s’y ajouter : l’hépatite C. Elle cause encore aujourd’hui 400.000 décès dans le monde. Après tout, notre pays s’est engagé à respecter l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé d’éliminer la maladie d’ici 2030.

L’attribution du prix Nobel de médecine à trois scientifiques qui ont découvert l’hépatite C et ont ainsi rendu possibles de meilleurs tests et traitements est donc plus qu’une heureuse coïncidence. Elle souligne l’importance de cette maladie, qui continuera à proliférer si nous ne l’arrêtons pas. Aujourd’hui, quelque 18.000 Belges sont encore porteurs du virus – notre prise en charge actuelle, selon les simulations, est donc insuffisante pour l’éliminer d’ici 2030. Il est grand temps d’agir.

En marge de la société

La force de ce virus réside principalement dans son caractère latent. Les porteurs de l’hépatite C développent généralement des problèmes hépatiques après plusieurs années ou contractent d’autres maladies associées. Au cours de cette période, le contact avec du sang contaminé (rapports sexuels non protégés entre hommes, partage de seringues entre consommateurs de drogues) ou la malchance (contact inopiné avec des seringues, piqûre) peuvent entraîner une contamination par l’hépatite C. Chacun des 18.000 porteurs peut donc être au début d’une chaîne de contamination. Tant que nous ne parvenons pas à la rompre, les risques pour le patient, pour la santé publique et pour le budget des soins de santé perdureront.

Pourtant, cette maladie peut parfaitement être éradiquée. Il s’agit d’un groupe de personnes relativement restreint et les traitements sont efficaces. Pourquoi ne parvenons-nous pas à juguler cette maladie ? Serait-ce parce qu’elle sévit en marge de la société ? Les prisonniers, les travailleurs du sexe, les sans-abri, les réfugiés hors UE ou les adeptes des relations sexuelles non protégées composent la majeure partie des nouvelles contaminations. Ces personnes ne peuvent pas être laissées pour compte.

Chaque maillon compte

Pour venir à bout de l hépatite C, nous devons mener le combat sur plusieurs fronts. À commencer par la prévention : la maladie est encore et toujours sous-estimée et marginalisée. Des campagnes d’information soutenues doivent aider à sensibiliser le grand public et les travailleurs de la santé de première ligne au sujet de l’hépatite C. Autre volet préventif important : la réduction des risques chez les consommateurs de drogues, comme l’échange des seringues par exemple. Les recherches scientifiques ont déjà démontré que le risque de contamination par l’hépatite C est quatre fois plus élevé en cas d’interruption de tels programmes.

Deuxième maillon dans les soins : le screening des infections possibles et le suivi des patients. Des obstacles légaux empêchent les prestataires de soins de jouer un rôle plus proactif. Un labo qui détecte l’hépatite C dans un échantillon sanguin n’est pas autorisé à en informer le médecin ou le patient. Le troisième maillon est un traitement et un suivi efficaces des patients. Aujourd’hui, le défi se situe principalement au niveau du traitement des patients asymptomatiques ou qui ne reçoivent pas de traitement après le diagnostic. Surtout chez les groupes fragiles comme les toxicomanes, les prisonniers et les migrants hors UE : l’hépatite C est plus fréquente chez ces derniers, et ils sont plus difficiles à atteindre.

Toutefois, il est parfaitement possible de venir à bout de cette terrible maladie en Belgique. Les plans sont prêts et peuvent parfaitement être exécutés. Une approche spécifique pour chaque groupe-cible s’impose, de même que la nécessité de modalités de remboursement plus souples pour les médicaments contre l’hépatite C. Enfin, le suivi des patients, surtout parmi les groupes-cibles difficiles à atteindre, devrait être amélioré. Les travailleurs de la santé et les scientifiques n’ont ainsi pas encore accès au dossier électronique des patients par exemple. Pour les groupes fragiles surtout, une approche pluridisciplinaire s’impose. C’est précisément pour cela que le partage des connaissances est essentiel. Des initiatives locales à petite échelle ont montré que cela est parfaitement réalisable grâce à un réseau de prestation de soins de santé.

Ces derniers mois ont démontré que des demi-mesures ne permettent pas de venir à bout d’un virus. Cela s’applique parfaitement pour l’hépatite C : seul un screening coordonné, un traitement et un suivi permettront de rompre définitivement les 18.000 chaînes de contamination potentielles. Pour cela, nous avons besoin d’un nouveau plan national contre l’hépatite C impliquant l’ensemble des acteurs. La vision existe, les traitements efficaces sont prêts, de même que les acteurs sur le terrain. Il incombe dès lors aux nouveaux pouvoirs publics de ce pays de fusionner le tout en un plan d’action coordonné. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons tenir notre engagement envers l’OMS à savoir l’éradication de l’hépatite C à l’horizon 2030. Nous sommes prêts à faire ces premiers pas. Les 10 dernières années commencent aujourd’hui.

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