«Une école en bonne santé se construit dès à présent tous ensemble!»

«Une école en bonne santé se construit dès à présent tous ensemble!»

Plus que jamais, l’éducation doit être l’affaire de tous ! Cette année 2020 nous le révèle de manière criante.

Depuis plusieurs mois, dans la foulée de la crise du Covid, des enseignants se sont associés pour réfléchir aux problématiques de fond de l’école.

Pour élargir leur réflexion, ils ont réuni des personnalités de différents domaines : médical, académique, social, associatif, culturel… Le but ? Malgré la situation sanitaire difficile, éviter la désolation pédagogique, redonner rapidement du sens à l’école, initier une dynamique positive, tournée vers l’avenir.

Voici le résultat de ce travail de réflexion collaborative et pluridisciplinaire à poursuivre.

Le « retour à l’anormal » n’est plus envisageable !

Dans un monde en crises multiples, beaucoup de jeunes ont du mal à se projeter positivement dans l’avenir et subissent plutôt les pressions et l’anxiété ambiante. L’école ne permet pas aujourd’hui d’inverser cette tendance. Les jeunes, à l’instar des adultes, ont besoin de projets porteurs de sens, en lien avec leurs préoccupations dans une société mouvante, mais aussi d’interactions, d’autonomie, de confiance. Or, l’école est en réalité trop cloisonnée et, il faut bien l’avouer, dépassée : l’accent est mis de manière excessive sur les matières et les programmes au détriment d’une dynamique tout aussi fondamentale pour former des jeunes citoyens critiques, responsables, impliqués…

La situation particulière de 2020 a paradoxalement ouvert des portes, déconfiné les esprits ! Personne ne veut évidemment revenir à la situation chaotique que nous avons vécue au printemps dernier et à laquelle les enseignants et les élèves n’étaient vraiment pas préparés. Cependant, les enseignants ont pu tirer du positif de cette expérience inédite, parce que justement tous les repères avaient temporairement disparu. Ils citent notamment : des contacts plus individualisés avec les élèves, la découverte du potentiel pédagogique de certains outils numériques et l’expérience de plus petits groupes en mai et juin. Cette prise de recul sur leurs pratiques leur a permis une sorte de réappropriation du métier d’enseignant.

Avec les conséquences de la crise sanitaire, nous sommes nombreux à redouter un décrochage scolaire encore plus préoccupant qu’avant. Pour raccrocher les jeunes et les garder engagés, nous sommes tous convaincus que les contacts réels et une certaine structure et régularité sont indispensables. Mais un « retour à la normale », qualifié souvent de « retour à l’anormal », n’est plus envisageable. D’autant plus qu’avec les contraintes sanitaires qui se rajoutent à l’organisation habituelle, on pourrait assister à une véritable désolation pédagogique et/ou psychologique. Une école en bonne santé n’est pas une école-garderie ! La prise en compte des risques liés au coronavirus ne peut se faire au détriment de la santé globale des jeunes. Un équilibrage est nécessaire : aujourd’hui, encore plus qu’hier, il nous semble essentiel que l’école soit bienveillante et dynamisante, propose des activités extérieures et variées avec un encadrement adapté et avec le souci de permettre à tous les jeunes de s’épanouir. L’école devrait également veiller à ne pas ajouter inutilement du stress, de l’agressivité et de l’instabilité tant pour les élèves que pour les enseignants.

Heureusement, des solutions existent aussi bien pour cette année particulière qu’à plus long terme

« Décloisonner » pourrait être le maître mot : ouvrir le programme du cours aux questions et préoccupations des élèves, créer des ponts entre l’école et son environnement auquel elle doit préparer, susciter davantage de rencontres entre enseignants et entre les responsables de l’éducation et ceux d’autres domaines, dépasser une logique trop fermée de disciplines, de réseaux, de niveaux d’enseignement…

Nous proposons des pistes concrètes dans ce sens, inspirées de pratiques existantes :

– plus de liberté pédagogique et organisationnelle permet aux écoles et aux enseignants de mieux tenir compte du contexte et des particularités.

– une réduction de la taille des groupes offre énormément d’avantages à différents niveaux : qualité pédagogique et relationnelle, différenciation et à la fois lutte contre les inégalités et le harcèlement, implication accrue de l’élève, possibilité de remédiation instantanée, diminution probable du décrochage et de l’échec scolaire…

– une école enfermée dans ses murs est triste et peu stimulante. Pourtant, énormément d’acteurs extérieurs à l’école sont susceptibles de l’aider dans ses missions éducatives. Il s’agit des associations d’Aide en Milieu Ouvert (AMO), des écoles de devoirs, d’associations culturelles, artistiques, sportives, des maisons des jeunes, d’associations d’éducation à l’environnement, des parents… pouvant aider les élèves à devenir des citoyens responsables et épanouis. Grâce à une collaboration élargie et enrichie, on réduit l’engorgement des écoles. Le nombre d’heures de présence de l’élève en classe peut être diminué au profit d’un travail en partie plus autonome et au profit d’autres activités qui font sens pour l’élève. Cela implique également de prévoir, au sein de l’école et en dehors de l’école, des lieux adaptés où les élèves peuvent travailler en autonomie ou en groupe ; le tutorat entre jeunes s’y trouverait encouragé. Il ne s’agit pas de laisser les élèves « à l’abandon », à la maison. Il s’agit d’un nouveau mode d’organisation à imaginer ensemble, au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles et au niveau local pour créer de véritables « cités de l’éducation ».

– les pédagogies par problèmes, par projets, les classes inversées, renversées, les classes mutuelles, les classes coopératives sont des pistes pédagogiques intéressantes pour aller dans le sens de la motivation et de l’intérêt de l’élève en le rendant davantage acteur de ses apprentissages et en donnant plus de valeur au présentiel.

– dans certaines disciplines, les programmes nous imposent une course contre la montre et du stress au détriment de l’ancrage de compétences fondamentales et au détriment du suivi des élèves. C’est pourquoi ces programmes doivent être allégés de manière à favoriser la compréhension profonde des concepts enseignés, à établir les liens entre ces concepts, l’environnement et le quotidien des élèves et à développer l’aptitude de l’élève à utiliser les compétences acquises dans des situations inédites qui se produiront tout au long de sa vie. Ainsi, les savoirs appris retrouveront davantage de saveurs.

– les enseignants ont besoin d’être soutenus pour faire preuve d’audace pédagogique, notamment par la collaboration entre pairs, le développement de communautés apprenantes d’enseignants et l’accompagnement par des organismes ressources.

– rien n’oblige à rester dans un schéma classique, à s’asseoir dans une classe « comme dans un autobus ». Ainsi, « l’école du dehors » et les classes flexibles respectent davantage le besoin de bouger des jeunes en permettant des activités d’apprentissage variées et intéressantes.

– à l’instar de l’éducation aux médias, une éducation au numérique doit être promue. Dans une société où le numérique concerne les habiletés mais aussi les comportements et attitudes, l’école est appelée à garantir l’apprentissage des outils et langagesad hoc mais aussi à dispenser une éducation critique par rapport à leur utilisation et à la culture numérique en général.

L’école sous la menace d’un scénario orange ?

Plutôt que subir la situation sanitaire et vivre « l’école en pire », nous préférons de loin anticiper de manière créative et audacieuse par la mise en place rapide de scénarios richement colorés et durables : des petits groupes d’élèves répartis dans et au dehors des classes, encadrés et soutenus grâce à un réel dynamisme pédagogique et à l’organisation de « cités de l’éducation » .

Les acteurs et les moyens nécessaires sont là, il faut les coordonner avec un objectif de développement, d’épanouissement et de meilleure santé pour tous !

Les solutions que nous proposons sont soutenues d’un point de vue épidémiologique car elles permettraient d’infléchir les transmissions tout en maintenant les interactions sociales essentielles.

Les propositions formulées ici ne sont pas seulement des réponses ciblées et opportunes aux difficultés et obstacles induits par la crise sanitaire. Il s’agit de balises pour une école qui doit préparer à une société fragile et complexe que la crise a révélée.

Ces pistes ne remettent nullement en question les avancées annoncées dans le Pacte d’excellence mais elles soulignent l’urgence et l’intérêt immédiat de certains changements.

C’est pourquoi, nous demandons à la Fédération Wallonie-Bruxelles de revoir, à la lumière de cette carte blanche, les scénarios vert, jaune, orange, rouge tels qu’ils sont prévus en fonction de l’évolution de l’épidémie, dans une perspective de plus grandes stabilité et efficacité. Nous insistons sur l’importance d’associer, au sein d’un même groupe de réflexion, épidémiologistes, pédiatres, psychopédagogues, enseignants, directions d’écoles (maternelles, primaires et secondaires), parents et élèves.

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