La carte blanche d’Ursula von der Leyen: «Un nouveau Bauhaus européen»

Le bâtiment du Bauhaus de Dessau, construit entre 1925 et 1926 selon les plans de l'architecte et directeur du Bauhaus Walter Gropius, était destiné à accueillir l'école d'art, de design et d'architecture du Bauhaus créée à Weimar.
Le bâtiment du Bauhaus de Dessau, construit entre 1925 et 1926 selon les plans de l'architecte et directeur du Bauhaus Walter Gropius, était destiné à accueillir l'école d'art, de design et d'architecture du Bauhaus créée à Weimar. - DPA.

Chicago, Tel Aviv, Ascona, Dessau, Kaliningrad. Paul Klee, Kandinsky, Anni Albers, László Moholy-Nagy, Iwao Yamawaki. Le « Bauhaus d’État », fondé à Weimar en 1919 par Walter Gropius et ses amis, est rapidement devenu un mouvement international pour l’architecture, l’art et le design. Il exerce une influence sur la pensée créative, le mobilier et les paysages urbains dans le monde entier depuis plus d’un siècle. En combinant l’art et la fonctionnalité, l’ingéniosité avant-gardiste du Bauhaus a littéralement contribué à façonner la transition sociale et économique vers une société industrielle et vers le XXe siècle.

Cent ans plus tard, nous sommes confrontés à de nouveaux défis mondiaux : le changement climatique, la pollution, la numérisation et une explosion démographique qui devrait faire passer la population mondiale à dix milliards de personnes d’ici au milieu du siècle. Ces évolutions vont de pair avec une croissance économique apparemment illimitée au détriment de notre bien-être, de notre planète et de nos ressources naturelles limitées.

Bâtiments et infrastructures sont responsables d’au moins 40 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Les constructions modernes font largement appel au ciment et à l’acier, dont la production consomme une énorme quantité d’énergie et libère même directement du CO2 par des réactions chimiques.

Repenser et replanifier

Tous les indicateurs pointent dans la même direction : nous devons repenser et replanifier. Et l’Europe peut et doit jouer un rôle de premier plan à cet égard. C’est pourquoi nous avons fait du pacte vert pour l’Europe notre priorité. Celui-ci ouvre de nombreuses perspectives nouvelles et constitue notre nouvelle stratégie de croissance. L’objectif global est de faire de l’Europe le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050.Pour cela, il ne suffira pas de réduire les émissions. Il nous faut un modèle économique qui restitue à la planète ce qu’il lui prend grâce à une économie circulaire alimentée par les énergies renouvelables.

Mais je veux que ce soit davantage qu’un projet environnemental ou économique. Le pacte vert pour l’Europe doit également – et particulièrement – être un nouveau projet culturel pour l’Europe. Chaque mouvement a son propre cachet. Ce changement systémique doit donc avoir sa propre esthétique – qui alliera design et durabilité.

C’est pourquoi nous allons lancer un nouveau mouvement Bauhaus européen – un espace collaboratif et créatif où architectes, artistes, étudiants, scientifiques, ingénieurs et concepteurs œuvrent ensemble à faire de cette vision une réalité. Le nouveau Bauhaus européen jouera un rôle moteur pour concrétiser le pacte vert pour l’Europe d’une manière attrayante, innovante et centrée sur l’humain. Il s’agira d’un mouvement fondé sur la durabilité, l’accessibilité et l’esthétique afin de rapprocher le pacte vert pour l’Europe des citoyens et de faire en sorte que le recyclage, les énergies renouvelables et la biodiversité deviennent des évidences.

Plus qu’une simple école d’architecture

Pour les citoyens, le pacte vert pour l’Europe doit être une réalité à sentir, à voir et à vivre. Par exemple, grâce à un secteur de la construction qui utilise des matériaux naturels comme le bois ou le bambou. Ou grâce à une architecture qui adopte des formes et des principes de construction proches de la nature, qui tienne compte d’emblée des écosystèmes, et qui permette et prévoie la durabilité et la réutilisabilité.

Le nouveau Bauhaus européen doit également tirer parti de l’autre grande tendance révolutionnaire de notre siècle. La numérisation change de plus en plus notre façon de penser et d’agir. À l’avenir, les maisons, les établissements et les villes fonctionneront mieux grâce à leur « double numérique ». Les simulations informatiques permettront d’améliorer les décisions de conception en matière d’utilisation efficace des ressources, de réutilisabilité ou d’effet sur l’environnement et le climat local. L’objectif est de rendre les villes neutres sur le plan climatique et plus vivables.

À l’instar du mouvement historique du Bauhaus qui s’est répandu dans le monde depuis Weimar, le nouveau Bauhaus européen doit être plus qu’une simple école d’architecture qui utilise des technologies et techniques nouvelles. Le succès sans précédent du Bauhaus n’aurait pas été concevable sans le pont jeté vers le monde de l’art et de la culture ou vers les défis sociaux de l’époque. Le Bauhaus historique a prouvé que l’industrie et une conception de qualité pouvaient améliorer la vie quotidienne de millions de personnes.

Style et durabilité de pair

Le nouveau Bauhaus européen doit lancer une même dynamique. Il doit montrer que ce qui est nécessaire peut également être porteur de beauté, et que le style et la durabilité peuvent aller de pair. Nous devons tourner le dos à nos vieilles habitudes et adopter un nouveau point de vue. Le nouveau Bauhaus européen créera l’espace nécessaire à cet effet.

Au cours des deux prochaines années, cinq projets relevant du Bauhaus européen seront créés dans différents pays de notre Union. Il s’agira d’une première étape. Tous ces projets viseront à la durabilité, mais selon des axes différents. Ils pourront ainsi être axés sur les matériaux de construction naturels et l’efficacité énergétique, sur la démographie, sur la mobilité tournée vers l’avenir ou encore sur l’innovation numérique efficace dans l’utilisation des ressources ; dans tous les cas, ils s’inscriront dans une démarche culturelle et artistique. Ils constitueront des laboratoires de création et d’expérimentation ainsi que des points d’ancrage pour les industries européennes, formant ainsi le point de départ d’un réseau européen et mondial qui portera les effets économiques, écologiques et sociaux bien au-delà du projet Bauhaus individuel.

Je souhaite que le nouveau Bauhaus européen soit à l’origine d’un mouvement créatif et interdisciplinaire qui élabore des normes tant esthétiques que fonctionnelles, en synergie avec les technologies les plus avancées, l’environnement et le climat. En combinant durabilité et conception de qualité, nous donnerons au pacte vert pour l’Europe un élan, même au-delà de nos frontières. Le nouveau Bauhaus européen doit stimuler le débat sur les nouvelles méthodes de construction et les nouvelles conceptions architecturales. Il doit tester et apporter des réponses pratiques à cette question éminemment sociale : à quoi peut ressembler, pour les Européens, une vie moderne en harmonie avec la nature ? Il contribuera à rendre notre XXIe siècle plus beau et plus humain.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Opinions