Carte blanche: «Il n’y a pas que dans l’horeca que les assiettes vont rester vides»

Carte blanche: «Il n’y a pas que dans l’horeca que les assiettes vont rester vides»
J.-B. Nadeau.

Comme annoncé par des nombreux virologues, le coronavirus revient au grand galop depuis quelques semaines, obligeant les gouvernements de tous les pays européens à réinstaurer des contraintes pour que la situation sanitaire n’explose pas dans les hôpitaux. Celles-ci se prennent dans l’urgence et de façon inégalitaire selon les secteurs et les débats sont à chaque fois vifs quant à leurs bien-fondés en regard, notamment, des conséquences économiques qu’elles engendrent.

Regarder dans le rétroviseur est toujours utile pour comprendre pourquoi on est arrivé là. Bien entendu, personne n‘aurait pu prévoir qu’une crise sanitaire mondiale et économique d’une telle ampleur surviendrait. Mais des signaux alarmants étaient présents en termes d’augmentation des inégalités, de mesure de la pauvreté ou encore d’étranglement de nos services de soins de santé. Ils ont été trop ignorés, des choix politiques à court terme, et reposant uniquement sur des logiques budgétaires ont été posés et ont contribué à diminuer nos capacités collectives de résilience et de solidarité. L’objet du propos ici n’est pas de commenter les choix des gouvernements, mais plutôt d’attirer l’attention sur une réalité qui reste malheureusement trop souvent ignorée et qui concerne des milliers de personnes qui payent, elles aussi, un lourd tribut des suites de la crise du covid, sans pour autant bénéficier d’aides publiques.

Tous protégés contre l’appauvrissement ?

Prenons l’exemple de la récente décision du gouvernement belge de fermer les restaurants pour un mois. Cette décision aura des conséquences économiques et sociales dommageables pour des sous-traitants, des travailleurs « à la tâche », des entrepreneurs qui contribuent au fonctionnement de ce secteur. Des mesures visant à compenser les conséquences négatives ont été annoncées pour soutenir le secteur horeca. Elles sont justifiées et nécessaires. Mais l’histoire est-elle pour autant réglée pour « tout le monde » et toutes les parties prenantes sont-elles considérées ou protégées de la même manière ? Prenons l’exemple d’un restaurant qui ferme pour un mois : pour fonctionner, celui-ci doit faire appel à des personnes chargées d’effectuer le nettoyage tous les jours. Il fait peut-être aussi appel à différents fournisseurs, cavistes, brasseurs, maraîchers… Il emploie du personnel : serveurs, commis, plongeurs, etc. dont beaucoup sont engagés sous forme de contrats de très courte durée ne leur permettant bien souvent pas d’avoir accès aux mécanismes du chômage alors qu’ils cotisent.

Des voix peu entendues

Toutes ces personnes ne font pas entendre leur voix de la même manière que les travailleurs représentés par leurs fédérations patronales. Pourtant elles sont de plus en plus nombreuses dans un marché du travail qui évolue et dont Le Soir nous rappelait encore il y a peu qu’il faut accompagner sa mue.

Faut-il pour autant qu’elles soient pénalisées ? N’est-il pas temps, au regard des conséquences négatives de cette crise, de moderniser notre droit du travail et nos systèmes de protection sociale pour une prise en compte pleine et totale de toutes les formes d’emploi pour ne laisser personne sur le carreau ?

Une question de justice sociale

Lorsqu’on accompagne les carrières professionnelles de milliers de travailleurs qui s’inscrivent dans ces « nouvelles réalités de travail », c’est une question de justice sociale d’enfin prendre à bras-le-corps ce problème. Des solutions existent et n’attendent que d’être activées : ouverture des règles liées aux dispositifs de chômage en particulier en vue d’y intégrer toutes les formes d’emploi ; adaptation des aides économiques mises en place par les Régions pour tous les travailleurs, y compris pour ceux qui entreprennent dans des formes innovantes telles que des entreprises partagées ; à l’instar de ce qui a été fait dans d’autres pays, mettre en place un revenu de remplacement aligné sur les montants octroyés aux indépendants et ce pendant toute la durée de la crise du covid.

Le monde du travail a évolué et il évoluera encore : que ce soit au niveau de nos modes de travail en regard du télétravail ou de l’impact du numérique pour ne citer que ces deux dimensions, du sens qu’on accorde à son travail, des secteurs « porteurs » qui se doivent d’intégrer aujourd’hui plus qu’hier des considérations écologiques. Mais il n’est plus acceptable que le niveau de protection sociale soit différent. Il ne faut plus attendre pour offrir à chaque travailleur un socle commun de protection sociale, conformément aux engagements européens pris dans le cadre du Socle Européen des droits sociaux. Nous appelons le gouvernement fédéral à explorer dès à présent ces pistes de solution et à les mettre en application.

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