Carte blanche: «0,7% de nos richesses pour l’aide au développement»

Carte blanche: «0,7% de nos richesses pour l’aide au développement»
AFP.

Aujourd’hui, nous aurions pu célébrer la fin de l’extrême pauvreté dans le monde. A la place, nous devons regretter que la communauté internationale n’ait pas honoré ses engagements en matière d’aide au développement. En effet, le 24 octobre 1970, les pays « économiquement avancés » s’étaient engagés à consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide au développement « pour 1975 au plus tard », dans une résolution des Nations Unies. Cinquante ans plus tard, seuls cinq pays honorent aujourd’hui cet engagement : la Suède, le Danemark, le Luxembourg, la Norvège et le Royaume-Uni. Les quatre premiers dépassent même largement l’objectif des 0,7 %.

La Belgique sous la moyenne

De son côté, la Belgique avait adopté en 2002 une loi visant à atteindre les 0,7 % en 2010. Cet objectif fut quasiment atteint, vu que l’aide belge représentait 0,64 % du RNB en 2010. Mais depuis lors, l’aide au développement est devenue une des principales variables d’ajustement budgétaire du gouvernement belge. Avec seulement 0,416 % du RNB consacré à l’aide au développement en 2019, la Belgique est aujourd’hui sous la moyenne des donateurs européens et entourée de pays voisins qui font tous, sans exception, mieux qu’elle.

Pourtant, l’aide au développement est un outil unique, car contrairement aux autres flux financiers, elle est un financement concessionnel, adapté aux contextes risqués et qui peut être investi directement dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités, en ciblant prioritairement les personnes les plus vulnérables. Elle est particulièrement indispensable dans les pays les moins avancés et les Etats fragiles qui ne sont pas en mesure de mobiliser des recettes suffisantes pour assurer les services sociaux de base à leur population. Elle peut également favoriser l’adaptation des pays en développement au changement climatique et l’éradication des grandes pandémies.

Un bienfait pour les donateurs aussi

L’aide au développement, lorsqu’elle est allouée efficacement et en quantité suffisante, peut faire la différence. Le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et la malaria a ainsi permis de sauver plus de 27 millions de personnes depuis sa création. L’aide au développement a aussi permis de quasiment éradiquer la polio, en faisant vacciner chaque année des centaines de millions d’enfants. En outre, depuis 2000, environ 34 millions d’enfants supplémentaires ont pu aller à l’école grâce à l’aide au développement. Plus généralement, l’étude d’impact d’un demi-siècle d’aide au développement démontre qu’elle a contribué à réduire la pauvreté et à accroître les investissements, l’espérance de vie et la scolarisation.

Plus généralement, la coopération internationale et le développement durable sont liés aux principaux enjeux mondiaux actuels, tels que les inégalités et la pauvreté, le changement climatique, les pandémies, les migrations ou la souveraineté alimentaire. A cette aune, l’aide au développement n’est pas seulement allouée dans l’intérêt des pays en développement, mais aussi dans celui des pays donateurs, qui ont intérêt à garantir la prospérité et la paix dans leur voisinage, afin d’éviter les « effets boomerang » qui se multiplient dans un monde de plus en plus interdépendant.

Renforcer la coopération internationale

La crise actuelle rend l’aide au développement plus nécessaire que jamais. Le choc économique provoqué par le coronavirus va plonger en 2020 jusqu’à 150 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté selon la Banque mondiale et jusqu’à 132 millions de personnes supplémentaires dans la malnutrition selon la FAO. Face à une pandémie et à une récession mondiale, les problèmes des uns sont les problèmes des autres. C’est pourquoi on ne répondra pas efficacement à ces enjeux globaux sans renforcer la coopération internationale.

Une implication belge indispensable

Pour toutes ces raisons, il est impératif que les pays donateurs respectent leur engagement de mobiliser 0,7 % de leur RNB à l’aide au développement. C’est la demande qui a notamment été adressée au gouvernement belge en janvier 2018 par l’Appel des 111 personnalités belges – dont les recteurs des universités, les responsables des syndicats et des mutuelles, des dirigeants d’entreprises et des artistes.

A ce sujet, l’accord du nouveau gouvernement Vivaldi stipule qu’« une trajectoire de croissance contraignante sera définie et mise en œuvre à partir de 2021 afin d’atteindre, d’ici à 2030, la norme convenue au niveau international, soit 0,7 % du RNB ». Dans ce but, la Belgique doit adopter au plus vite un plan de croissance crédible pour concrétiser cet engagement.

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