Carte blanche sur les dispositions covid dans l’enseignement: «Le prochain code sera-t-il orange sanguine?»

Carte blanche sur les dispositions covid dans l’enseignement: «Le prochain code sera-t-il orange sanguine?»
Belga.

Comme tou-tes les enseignant-es du secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, j’ai appris par la presse que dès ce mercredi, les cours passeront en distanciel jusqu’aux congés d’automne. Je suis en colère. Et ce n’est pas à cause de l’idée du distanciel en elle-même.

Depuis mars, on balade les enseignant-es, les directions et l’ensemble des équipes éducatives ainsi que les élèves et leurs parents de circulaire en circulaire.

Nous avons accepté le confinement non préparé. Nous avons accepté les rallongements à durée indéterminée. Nous avons accepté le retour à l’école précipité. Mais maintenant, la coupe est pleine.

En juin, on nous présentait un code couleurs qui permettrait d’organiser la rentrée de manière sereine pour tou-tes. La couleur choisie fut annoncée quelques jours avant la rentrée, laissant nos collègues-horairistes s’essayer à divers scénarios qui ne seront jamais utilisés.

Enseignant et gendarme à la fois

En septembre, peu d’entre-nous ont reçu les deux masques promis et ne parlons pas des travaux espérés. Nous avons donc fait notre rentrée dans nos classes remplies, sans distanciation physique possible et pas toujours avec une aération suffisante. Nous sommes rentré-es, un peu (beaucoup) perdu-es, souvent avec la boule au ventre mais heureux-ses de revoir nos classes et de pouvoir – enfin – redonner cours dans des conditions, presque, normales.

Petit à petit, nous avons créé de nouvelles habitudes et en plus de notre rôle d’enseignant-e, nous avons endossé avec plus ou moins de facilité celui de gendarme : « Remets ton masque sur ton nez ! Lavez-vous les mains en rentrant en classe ! N’oubliez pas de désinfecter votre banc ! » La vie scolaire a repris son cours et malgré les inquiétudes des équipes, des élèves et des parents, cela faisait du bien de reprendre notre rythme et de ne plus travailler uniquement face à un écran.

Une situation ingérable

Rapidement, la réalité de la seconde vague nous a rattrapés : des élèves en quarantaine, des enseignant-es en quarantaine, des éducateur-rices en quarantaine … Des classes et des salles des profs qui se vident même avec tous nos efforts. Et puis, des classes qui ferment, des années qui ferment et même, des écoles qui ferment. Malgré ces avertissements, le code jaune tenait bon, il n’était pas question d’un retour au distanciel.

Mais comment gérer les classes de nos collègues absent-es en maintenant toutes les règles de distanciation et sanitaires ? Mais comment gérer l’apprentissage des élèves absent-es tout en continuant à donner cours à plein temps ? Aucun support proposé, aucune aide concrète apportée ! Nos représentant-es semblaient croire que faire l’autruche était la solution toute trouvée. Comme souvent, c’est la débrouille et la coopération au sein des équipes qui nous permettent de garder la tête hors de l’eau.

Des profs qui en voient de toutes les couleurs...

Puis coup de théâtre. Un passage au code orange ? Non. Les écoles apprennent via les médias que les vacances d’automne vont être prolongées de deux jours pour permettre aux enseignant-es fainéant-es … Oups, pardon, fatigué-es, de reprendre des forces. Une fois encore, les enseignant-es sont montré-es du doigt : « Ils ont eu six mois de vacances et ils sont fatigués après seulement deux mois de cours ? » Une décision ministérielle que nous n’avons pas revendiquée et qui n’a pas été défendue par nos syndicats. Merci pour ces miettes mais on ne les a pas demandées.

Il y a quelques jours, l’annonce du tant attendu code orange. Enfin, pas tout à fait orange, plutôt orange clair puisqu’il est « adapté ». On rit jaune (sic) entre nous en se demandant si le prochain s’appellera orange sanguine. On en est là. A attendre la prochaine décision de nos représentant-es comme s’il s’agissait de blagues Carambar.

Deux jours pour tout (ré)organiser

Et dimanche soir, coup de grâce. Les cours se feront en distanciel en Fédération Wallonie-Bruxelles pour tout le secondaire, mercredi, jeudi et vendredi avant les congés. Cette fois encore, on apprend cette nouvelle dans la presse et en plus, un dimanche soir à 19h30. On n’aurait peut-être pas dû en rire.

Cela nous laisse deux jours. Deux jours pour préparer psychologiquement nos élèves et leurs parents. Deux jours pour être certain-es qu’ils ont tout le matériel à disposition. Deux jours pour adapter nos cours au distanciel. Deux jours où, en même temps, nous serons dans nos classes à enseigner.

Deux jours pour être prêt-es sans moyens humains, financiers et matériels supplémentaires.

Les raisons de la colère

Mais de quoi avons-nous réellement besoin pour ne pas être noyé-es par le tsunami covid-19 ?

Nous avons besoin de masques gratuits pour tou-tes. Nous avons besoin de moins d’élèves par classe. Nous avons besoin de lavabos dans les classes et de gel hydroalcoolique en suffisance. Nous avons besoin de personnel supplémentaire comme des éducateurs ou du personnel d’entretien. Nous avons besoin de matériel pour permettre aux élèves de travailler à distance.

Nous avons besoin d’être écouté-es et d’être entendu-es.

Je suis en colère car encore une fois, je ne suis que le pantin de personnes qui oublient qu’elles travaillent pour les citoyen-nes de demain et ceux-celles qui font tout pour leur permettre d’évoluer et grandir dans les meilleures conditions possibles.

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