Carte blanche: «Plus virulent que le virus, c’est le retour de la haine»

Carte blanche: «Plus virulent que le virus, c’est le retour de la haine»
Photonews.

Va te mettre en quarantaine », serait-il devenu le nouveau « ferme-la » ? Sur les réseaux sociaux ce matin, mes yeux encore mi-clos se sont posés sur un fil d’actualité Facebook qui a le mérite de sortir illico de la torpeur ; à un post qui visiblement ne le satisfaisait pas, un « ami » invite son auteur à s’enfermer dans le silence en s’extirpant de tout échange. « Va te mettre en quarantaine, et ne reviens jamais ». Le couperet est tombé. Le silence plutôt que le débat. Tout sauf la confrontation des vues. Plongée imminente dans un univers où le bon sens semble avoir déserté le moral des troupes, comme la bienveillance que l’on cherche encore, d’ailleurs.

Agressivité verbale et comportementale

Dans les entreprises, les commerces, les cercles familiaux ou amicaux, tout porte à croire qu’en marge des élans solidaires, elle est revenue, comme la peste ou un virus par vague. C’est le retour de la haine.

Plus les mois passent, plus l’agressivité verbale et comportementale s’immisce dans nos relations déjà tendues par une temporalité qui se vit sur le fil. Une contestation systématique qui vient comme une crise d’ado, en pire. On vit l’opposition, on la respire, on la transpire. De tous côtés de la barrière, dans ou en dehors des bulles, on est toujours l’autre de quelqu’un.

La menace : un tout, partout

C’est que, alors que la crise devient pérenne, nos mécanismes d’adaptation se jouent de nous, humains au coude à coude avec nos propres turpitudes. La menace devient un tout, partout. On ne distingue plus le vrai du faux, le juste milieu devient une abstraction noyée dans ces liasses d’informations que nous nourrissons autant qu’elles nous nourrissent. Nous semblons avoir désormais besoin de l’autre pour le juger, le critiquer, l’affubler de toutes les misères du monde, de nos souffrances les plus récentes comme de nos maux les plus anciens. Comme si le Mal, bien que diffus, était soudain incarné. Face à l’insaisissable, projeter sans discernement sur un tiers l’incompréhension et la frustration contenues sous nos masques semble être devenu l’échappatoire ultime, la soupape de décompression.

Le refuge des vieilles certitudes

Le temps nous semble certes trop long, insaisissable. Nos cerveaux qui fuient l’ennui adorent se réfugier dans de vieilles certitudes, fussent-elles inopérantes. Alors que nous cherchons à combler les heures, nous pouvons toujours compter sur ces schémas cognitifs puissants mais tout aussi inefficaces pour survivre. Nous pourrions en venir à nous entre-tuer, par le mot ou par les maux, épris d’une peur qui sidère et fige toute éthique ou morale pourtant essentielles au vivre ensemble. Je t’agresse donc je suis.

Nous sommes au pic de la vague, mais ainsi bien mal embarqués si la haine souffle le chaud et le froid dans nos interactions sociales.

Ce ne sont pas les règles ou les gestes barrière qui entravent notre liberté, c’est la manière dont nous orientons négativement nos perceptions autant que nos actions. Et si pour devenir plus libres, nous réapprenions à faire l’éloge de la douceur ?

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches