«La région du Caucase en proie à la violence: les Arméniens du Nagorno-Karabagh ont droit à la vie, leur autodétermination est légitime»

«La région du Caucase en proie à la violence: les Arméniens du Nagorno-Karabagh ont droit à la vie, leur autodétermination est légitime»

Le silence assourdissant de la communauté internationale face à la violence qui embrase le Nagorno-Karabagh nous amène à prendre la plume. En tant que parlementaires et académiques, plusieurs d’entre nous ont pu découvrir ces dernières années cette région montagneuse, le Nagorno-Karabagh, qui entretient de façon vivace un véritable régime démocratique. Sur place, les échanges avec les représentants de la majorité tout comme de l’opposition, les rencontres avec les acteurs d’un réseau associatif indépendant et bien implanté, tout comme les discussions avec les médias d’obédiences diverses nous ont démontré le caractère indubitable de cette démocratie. Et donc, enclavé aux confins de l’Azerbaïdjan, de la Turquie et de l’Iran, des « modèles » de pouvoirs forts pour ne pas dire totalitaires, le Nagorno-Karabagh, appuyé par l’Arménie, fait réellement figure d’exception démocratique. Si la communauté internationale perdure dans son silence, elle signera l’arrêt de mort d’une population d’origine arménienne qui ne demande qu’à vivre en paix et faire valoir son droit à l’autodétermination. Une revendication légitime face à l’histoire qui ne les aura pas épargnés.

Les faits parlent d’eux-mêmes

Les Arméniens d’Azerbaïdjan ont été soumis de façon répétée à des massacres organisés, entre autres à Soumgaït (25-27 février 1988), Kirovabad (23 novembre 1988), Bakou (12-19 janvier 1990), et Maragha (10 avril 1992). On doit constater que, depuis la chute de l’URSS, leur sécurité n’a pas été garantie dans le territoire de la République d’Azerbaïdjan. Pire, depuis des années, les autorités azerbaïdjanaises tiennent une rhétorique prônant la « destruction » des Arméniens. La destruction systématique des villes et des infrastructures civiles et religieuses arméniennes en Azerbaïdjan ne permet pas de penser que les populations arméniennes connaîtront la sécurité dans, le cas échéant, un nouvel environnement géré par l’Azerbaïdjan.

Le travail de mémoire a été refusé par la Turquie

« Il n’y a pas de paix durable sans justice or la justice ne se négocie pas » a déclaré le prix Nobel 2018, le docteur Denis Mukwege. Les Arméniens sont en attente de cette paix durable.

Plus d’un siècle après le génocide des Arméniens par les Turcs, la non-reconnaissance de ces faits par la Turquie place la communauté arménienne en grand danger. D’abord en Turquie même. Même si les Arméniens et les Turcs partagent une vie commune de longue date, ceux qui affichent leurs origines arméniennes ne se sentent plus en sécurité. Faut-il rappeler l’assassinat du journaliste et écrivain arménien Fırat Hrant Dink le 19 janvier 2007 à Istanbul devant les locaux de son journal bilingue Agos.

Aujourd’hui, la Turquie du président Erdogan, dans une démarche impérialiste, soutient politiquement et militairement l’Azerbaïdjan. Elle matérialise ce soutien, entre autres, par l’envoi de djihadistes en provenance de Syrie sur le terrain des combats.

Le territoire du Nagorno-Karabagh ne peut être abandonné sous peine de mettre tout le peuple arménien en danger

A l’instar d’autres frontières modernes, fruits de décisions arbitraires, le Nagorno-Karabagh a été attribué arbitrairement à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan en 1923 par une décision de Joseph Staline au mépris de la composition démographique du territoire et avec la volonté, précisément, de se ménager des entités démographiques non homogènes. Or, le territoire du Nagorno-Karabagh fait partie intégrante du territoire historique des Arméniens.

Rappelons que sa population a manifesté à plusieurs reprises au cours du XXe siècle sa volonté d’affranchissement de sa tutelle azerbaïdjanaise. Elle a déclaré son indépendance le 2 septembre 1991 et ce, dans le cadre des procédures prévues par le droit soviétique accompagnant l’effondrement de l’URSS et les déclarations d’indépendance de ses anciennes Républiques.

Depuis l’indépendance, les autorités du Nagorno-Karabagh, en ayant instauré un régime démocratique confirmé par de nombreux observateurs (1), garantissent la sécurité et la prospérité culturelle et économique de leurs habitants.

Agir est un choix et une nécessité

L’offensive lancée le dimanche 27 septembre 2020 par l’armée azerbaïdjanaise à l’encontre du Nagorno-Karabagh est une agression inacceptable violant les principes humanitaires. Cette agression s’est étendue sur le territoire arménien. Le peuple arménien est donc mis en danger par ses deux principaux voisins : l’Azerbaïdjan et la Turquie.

Cette violence, dont est aujourd’hui principalement victime la population du Nagorno-Karabagh, met également en péril un régime démocratique et impose une réaction de solidarité de tous les démocrates.

Le silence de la communauté internationale sur la vraie responsabilité des dernières hostilités équivaut à consentir à la violence de l’Azerbaïdjan.

Dès lors, il faut que l’Europe et ses États, en particulier la Belgique, agissent afin de faire valoir le respect intégral du droit international humanitaire et particulièrement le droit qui s’applique aux populations mises en danger, et de faire respecter le cessez-le-feu décidé le 10 octobre dernier.

Nous attendons dès lors de nos autorités la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Arméniens du Nagorno-Karabagh ; c’est la seule possibilité de garantir la sécurité de la population et c’est la solution pour pacifier la région. Ce droit à l’autodétermination est d’ailleurs considéré par les trois coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE comme un des trois piliers des négociations pour une résolution pacifique du conflit.

Ne pas réagir, c’est laisser l’Azerbaidjan et la Turquie mettre fin à la présence des Arméniens au Nagorno-Karabagh, c’est condamner les Arméniens, et, à travers eux, la démocratie.

(1) Dont la majorité des signataires de cette carte blanche.

*Signataires : Naher Arslam, président de la Fédération des Assyriens de Belgique ; Alexia Bertrand (MR), députée, cheffe de groupe au parlement bruxellois ; Dr Marc Braun, anesthésiste ; Prof. Bernard Coulie, recteur honoraire UCLouvain ; Georges Dallemagne (cdH), député ; Prof. Pierre d’Argent, professeur de droit international UCLouvain ; Emmanuel De Bock (DéFI), député, chef de groupe au parlement bruxellois ; Jean-Claude Defossé, journaliste d’investigation, ancien parlementaire Écolo ; Julie de Groote (cdH), juriste, ancienne présidente d’Assemblée parlementaire ; Serge de Patoul (DéFI), député honoraire ; Hervé Doyen (cdH), bourgmestre, député honoraire ; Josy Dubié, reporter, sénateur honoraire Écolo ; André du Bus (cdH), député honoraire ; Alda Greoli (cdH), députée ; Pierre Kompany (cdH), député-bourgmestre ; Marc Loewenstein (DéFI), député ; Nara Nojan, artiste ; Fatoumata Sidibe (DéFI), députée honoraire ; Prof. Matthias E. Storme, professeur ordinaire de droit KULeuven ; Simone Susskind (PS), ancienne sénatrice ; Prof. Edoardo Traversa, professeur de droit fiscal et européen UCLouvain.

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