« Premier génocide du 21e siècle?»

« Premier génocide du 21e siècle?»

Une nouvelle guerre cruelle et meurtrière embrase, depuis plusieurs semaines, la région du Caucase, aux confins de l’Europe. Dans les deux camps, (arménien et azéri), les victimes se comptent déjà par centaines et peut-être par milliers.

Et… l’Europe ferme les yeux et se tait dans toutes les langues !

Pourtant, un petit peuple y lutte, tout simplement, pour sa survie. Il s’agit des quelques 150.000 Arméniens du Haut Karabakh, un territoire grand comme moins d’un tiers de la Belgique, berceau historique de la civilisation arménienne. Ce petit territoire, fut attribué à l’Azerbaïdjan, par Staline, en 1923, contre la volonté de la majorité écrasante d’Arméniens peuplant ce territoire montagneux qui souhaitaient leur rattachement à l’Arménie voisine.

Au moment de la dislocation de l’URSS au début des années 90, et la montée des nationalismes dans toutes les anciennes républiques soviétiques, les Arméniens du Haut Karabakh proclament leur indépendance en septembre 1991, (la république d’Artsakh), indépendance refusée par l’Azerbaïdjan. Des pogroms anti-arméniens éclatent dans plusieurs villes d’Azerbaïdjan, (Sumgaït, Bakou, entre autres), faisant de nombreuses victimes. On assiste alors à une épuration ethnique croisée, entre Arméniens et Azéris.

Une guerre cruelle et sanglante éclate provoquant massacres et crimes de guerre, de part et d’autre. Les Arméniens en sortent vainqueurs, établissent un corridor les reliant à l’Arménie, et occupent d’importants territoires azéris en en chassant des dizaines de milliers d’Azéris qui y vivaient et peuplent, aujourd’hui encore, des camps de réfugiés. Une trêve fragile, souvent violée depuis, s’impose en 1994. Toutes les tentatives internationales qui tentent, depuis, d’imposer un compromis et l’installation d’une paix durable échouent.

En droit international, (et même si ses habitants l’ont toujours très majoritairement contesté), le Haut Karabakh fait donc partie intégrante de l’Azerbaïdjan.

C’est pour faire se prévaloir de ce droit que l’Azerbaïdjan a brutalement repris les hostilités qui ont déjà fait de nombreuses victimes civiles et militaires.

La guerre en cours est particulièrement inégale entre les belligérants.

L’Azerbaïdjan, au contraire de l’Arménie, dispose, en effet, des ressources considérables (pétrole et gaz) de la mer Caspienne et rééquipe son armée d’armes modernes et sophistiquées (drones tueurs) principalement israéliennes. Il reçoit aussi le soutien sans failles de la Turquie d’Erdogan qui dispose de la 2e armée de l’OTAN. Le nouveau calife qui règne à Ankara agite ainsi, une fois de plus, la puissante fibre nationaliste turque (les Azéris sont des turcophones principalement chiites) pour faire oublier les difficultés économiques qui plombent son régime autoritaire de plus en plus contesté en Turquie même. Il poursuit aussi son grand dessin néo-ottoman et panturc de rassembler sous sa houlette, tous les peuples turcophones d’Asie centrale, (Azéris, Kazakhes, Ouzbèkes, Turkmènes, Kirghizes et même… Ouïgours).

Erdogan rêve aussi d’étendre son emprise sur d’autres territoires, autrefois ottomans, (Syrie, Libye, Irak,) où ses troupes et ses mercenaires s’activent. Il vient aussi d’affirmer que « Jérusalem est notre ville » (sic) Enfin il menace la Grèce, dont il conteste les frontières maritimes internationales, pour exploiter les gisements de pétrole qui se trouvent en Méditerranée et refuse obstinément de retirer ses troupes qui occupent le nord de Chypre, l’un des états membre de l’Union européenne !

En un mot comme en cent, cet homme, (qui a explicitement fait référence à Hitler comme modèle !) cet homme est dangereux !

On comprend donc l’angoisse des Arméniens, menacés d’être militairement débordés et massacrés sans merci, comme ce fut le cas lors du terrible génocide turc de 1915-1917 qui fit largement plus d’un million de victimes arméniennes innocentes (hommes, femmes, enfants, vieillards), génocide toujours non reconnu par la Turquie.

L’Arménie, ce petit pays martyr, peuplé de chrétiens, est le seul qui s’oppose encore au rêve mégalomane du nouveau calife d’Ankara.

L’Europe assistera-t-elle une nouvelle fois au génocide d’un peuple sans broncher ?

Il faut arrêter cette boucherie dans le Caucase, aux portes de l’Europe, et imposer un compromis comportant, à la fois, une réelle autonomie garantie pour les Arméniens du Haut Karabakh et une solution pérenne pour les milliers de réfugiés azéris.

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