Carte blanche sur la lutte contre le coronavirus: «Sortons tous de nos pantoufles si douces...»

Carte blanche sur la lutte contre le coronavirus: «Sortons tous de nos pantoufles si douces...»
AFP.

L’épidémie de covid a repris de la vigueur avec, pour conséquence, une très importante surcharge de travail pour tout le personnel soignant.

Si notre système de santé est l’un des plus performants au monde pour ses activités traditionnelles, il est beaucoup moins bien adapté aux situations de catastrophe comme l’est une pandémie.

Une unité de soin ne peut être évaluée par le nombre de lits à disposition mais, avant tout, par le nombre de personnes qualifiées qu’il est possible de mobiliser pour prodiguer des soins de haute qualité.

Être médecin, infirmier(ère) ou kiné n’immunise en rien contre un agent infectieux. Tout au contraire, ces personnes sont bien plus exposées que le citoyen lambda qui ne fréquente pas les unités de soins dont question : que faire lorsque le nombre de ces professionnels de la santé a été drastiquement réduit car infectés ou épuisés physiquement ou psychiquement ? En pareille situation, l’unité de soin doit tout aussi drastiquement réduire son activité voire fermer…

Des choix douloureux

La prise en charge des patients victimes de la pandémie implique, dans un premier temps, le report d’actes médicaux non essentiels et non-urgents mais, dans un second temps, elle implique la nécessité de faire des choix d’ordre éthique auxquels le corps médical est relativement peu habitué : faut-il attribuer le dernier lit des soins intensifs à un patient gravement atteint de covid au point de suffoquer ou bien l’attribuer au patient qui, au même moment, est en train de rompre l’anévrisme de son aorte ?

Chaque citoyen de Belgique doit (re)prendre conscience qu’il jouit de l’exceptionnel privilège d’être soigné de manière la plus optimale qui soit quelle que puisse être sa situation sociofinancière, privilège dont ne bénéficient absolument pas plus de 90 % de nos semblables sur terre…

Si des choix sont à faire dans un proche avenir, ils se feront exclusivement sur base de paramètres médicaux au sens large du terme ; JAMAIS sur base du statut sociofinancier des patients concernés !

Anticiper !

Les politiciens que nous avons élus ont non seulement le devoir de prendre les mesures sanitaires les mieux adaptées à la situation du moment mais surtout, celui d’anticiper l’évolution de cette situation sur base de l’expertise des médecins spécialisés en maladies infectieuses et en épidémiologie. Leur préoccupation première doit être la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui et se trouvera probablement demain le personnel soignant : c’est vers lui que doivent être orientés les efforts d’exception que la situation impose : c’est la priorité absolue par rapport à des soutiens à d’autres secteurs, éminemment respectables mais non-essentiels à la vie.

Trop de tâches administratives

Bien au-delà de ce nécessaire refinancement, se pose la question fondamentale du type de tâches qui sont demandées aux professionnels de la santé : jeune chirurgien, je travaillais main dans la main avec des infirmières qui consacraient 90 % de leur temps à véritablement soigner les patients. Aujourd’hui, les infirmier(ère)s qui leur ont succédé sont obligé(e)s de remplir des papiers ou de pianoter sur un clavier d’ordinateur… 50 % de leur temps loin du lit du patient et donc, 50 % du personnel soignant détournés de leur tâche première !

Evaluer la « vraie rentabilité »

Car, la réalité (bien réelle) d’aujourd’hui est qu’au-delà des discours officiels vantant la qualité des soins, le mot « euro » est devenu le veau d’or absolu de notre système de santé comme le mot « dollar » l’a toujours été de l’autre côté de l’océan (pas de dollars, pas de soins de qualité…), réalité incompatible avec l’esprit des dispositions médico-sociales initiées chez nous durant la dernière guerre mondiale. Ainsi, la vraie « rentabilité » d’un médecin ne s’évalue pas par le nombre d’euros qu’il a généré pour le compte de l’hôpital, mais bien par le pourcentage de patients l’ayant consulté qu’il a aidé à guérir d’une très grave maladie, par le temps qu’il a passé à leurs côtés, par le nombre de fois qu’il leur a pris la main pour leur signifier son dévouement à leur égard…

La qualité des soins, elle est essentiellement offerte à tous par les membres de l’unité de soin qui, humblement et souvent dans la discrétion, ont gardé leur idéal initial, celui d’aider les autres sans calculer.

Soutenir un enseignement de qualité

La seconde priorité de nos politiciens est de veiller à ce qu’un enseignement de qualité puisse continuer à être dispensé par nos enseignants qui, depuis la première vague du début de cette année, ont eu largement le temps de transcrire leurs cours en un format informatique permettant l’enseignement interactif à distance. Mais, a-t-on équipé nos écoles des moyens logistiques requis durant les six derniers mois ? Rien n’est moins sûr… Un élève d’aujourd’hui est pourtant la principale richesse de demain…

Une responsabilité collective

C’est le moment de (re)prendre pleinement conscience de notre condition d’être humain, faible devant certaines agressions externes mais capable de formidables actions de solidarité.

Le combat contre ce virus ne sera gagné que si TOUS les habitants de notre pays démontrent qu’ils sont capables d’être des citoyens responsables d’eux-mêmes et de tous ceux qu’ils sont amenés à côtoyer. Sans cette mobilisation massive, la victoire demeurera un leurre et, entre-temps, un certain nombre d’entre nous auront disparu… Pour cela, nous devons tous « sortir de nos pantoufles si douces » en étant les acteurs de cette mobilisation aux dépens de notre « petit confort d’enfants gâtés » qui paraît bien dérisoire en pareille situation.

Un virus sans frontières

Le virus ne connaît pas les ridicules frontières établies par les humains : hier, il « se plaisait » dans la ville d’Anvers ; aujourd’hui, il réside principalement à Bruxelles et en Wallonie ; demain, préférera-t-il l’air de la côte ou celui des monts de Flandre ? Nul ne peut savoir.

Le temps n’est point à la discorde de quelque nature mais bien à la solidarité franche et vraie.

Toute notre attention, tout notre soutien moral et tout notre soutien actif à chacun des membres du personnel soignant de notre minuscule pays, d’Arlon à Ostende et de Mouscron à Saint-Vith !

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