L’appel des scientifiques pour un confinement « équilibré et proportionné»

L’appel des scientifiques pour un confinement « équilibré et proportionné»
Pierre-Yves Thienpont.

Carte blanche - « One Belgium, one health : appel à des mesures rapides, fortes et proportionnées contre un naufrage annoncé »

Huit mois d’énergie déployée pour analyser, dépister et lutter contre la pandémie de la Covid-19. Nous avons associé nos forces. Nous avons fait appel à la complémentarité de nos spécialités. Il n’existe pas qu’un expert pour lutter contre un virus pandémique. Il existe un réseau de scientifiques qui se sont unis, ont cogité et ont développé des solutions innovantes, des solutions pragmatiques, des solutions visant un seul et même objectif : atténuer les effets de la Covid-19 sur notre population. Des tests diagnostiques aux modèles mathématiques, un ensemble d’outils ont été développés pour aider nos décideurs à prendre les mesures les plus appropriées pour amoindrir les effets de la crise sanitaire et sociétale qui ébranle l’année 2020 dans le monde entier.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, tous les indicateurs montrent que le virus gagne un peu plus, jour après jour, heure après heure, du terrain. La situation est alarmante. La courbe des contaminations et celle des hospitalisations sont en croissance ininterrompue et galopante depuis la mi-septembre. La Covid-19 déstabilise tous les secteurs des soins de santé. Les hôpitaux sont au bord de la saturation. La deuxième vague a déjà dépassé l’ampleur de la première et les prévisions sont pessimistes. Nous sommes à bord d’un navire dont les cales éventrées prennent l’eau très dangereusement.

Une vague mortifère après les deux premières

La reprise rapide de l’épidémie dans le contexte automnal s’est associée à une grande difficulté à faire accepter par notre société des mesures anticipatives fortes. Le niveau sans précédent de circulation dans la communauté a dépassé la capacité opérationnelle des laboratoires. Cette situation a entraîné l’abandon du dépistage des sujets pré- et asymptomatiques, ceux-là même qui sont des vecteurs importants de la transmission. Les premières mesures annoncées ne produisent pas leurs effets. Le citoyen n’y adhère pas assez. La multiplicité des instances de décision constitue autant de freins que s’impose notre Etat fédéral. Ce dernier est dans l’incapacité de prendre des mesures rapides, cohérentes, univoques, coercitives et proportionnées à l’ampleur du drame qui se joue dans les hôpitaux. La première conséquence en est un non-ralentissement de l’épidémie. Son temps de doublement est de 7 jours depuis le 3 octobre. La deuxième, dévastatrice, est une saturation de la capacité hospitalière et compromet la prise en charge de tout patient nécessitant une admission en unité de soins intensifs, voire de simples soins. Le plafond des 2.000 lits en soins intensifs sera atteint autour du 15 novembre si la tendance actuelle ne fléchit pas. On aurait préféré pouvoir taire la troisième conséquence, celle de la vague mortifère qui accompagnera inéluctablement les 2 premières.

Nous unissons nos voix pour appeler à la responsabilité concertée et immédiate des décideurs de notre État de droit, mais aussi à la responsabilité de chacun. Un ensemble de mesures de confinement équilibré et proportionné s’impose directement à l’échelle nationale. Une adhésion de chacune et chacun est maintenant indispensable. Nous demandons par ailleurs que ces mesures soient tenues jusqu’à retrouver un niveau de circulation suffisamment faible du virus, afin que toutes les stratégies de contrôle de l’épidémie puissent à nouveau être efficaces.

Un cap précis doit être fixé. En tant que scientifiques, nous encourageons chaque citoyen à s’engager pleinement dans l’effort sans précédent qui nous est imposé. Nous réclamons fermement à nos dirigeants des mesures uniformes à l’échelle nationale. Il n’y a pas trois manières d’observer la courbe de l’épidémie en cette fin octobre 2020. Il y a une seule manière d’agir. Ensemble, de manière éclairée : barrons la route au virus vite, fort et durablement.

(1) Liste des signataires : 1. Benoît Muylkens, virologue 2. Catherine Linard, géographe de la santé 3. Nicolas Franco, mathématicien 4. Emmanuel André, médecin microbiologiste 5. Laurent Gillet, immunologiste 6. Marius Gilbert, épidémiologiste 7. Fabrice Bureau, immunologiste 8. Simon Dellicour, épidémiologiste 9. Stéphane Lucas, physicien - conception dispositifs médicaux – entrepreneur 10. Raphaël Lagasse, épidémiologiste 11. Nicolas Gillet, virologue 12. Annick Sartenaer, mathématicienne 13. François Dufrasne, virologue 14. Patsy Renard, biochimiste 15. Olivier De Backer, généticien et biologiste moléculaire 16. Lionel Tafforeau, virologue 17. Bao-Lian Su, chimiste 18. Mathias Dewatripont, économiste 19. Jean-Philippe Platteau, économiste 20. Jonathan Marescaux, écologiste moléculaire et entrepreneur 21. Sophie Vanwambeke, géographe de la santé 22. Ruddy Wattiez, biochimiste 23. Jean-Michel Dogné, pharmacologue 24. Niko Speybroeck, épidémiologiste 25. Jonathan Douxfils, pharmacien - entrepreneur 26. Damien Coupeau, virologue 27. Philippe Beutels, health economist 28. Jan Baetens, mathematical modelling 29. Sandy Tubeuf, économiste de la Santé 30. Olivier Debauche, chercheur en Intelligence Artificielle 31. Morgane Dumont, mathématicienne 32. Nicolas Vandewalle, physicien 33. Emmanuel Hanert, modélisateur 34. Geert Molenberghs, biostatisticien 35. Kurt Barbe, biostatisticien

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches