«Cher.e.s responsables politiques»

«Cher.e.s responsables politiques»

Nous savons que la situation est complexe, nous tâcherons donc de vous adresser un message nuancé à la hauteur des enjeux. Face à l’urgence et à la crise, nous mesurons la difficulté de devoir arbitrer seul entre l’indispensable et le dispensable, décider seul de ce que l’on doit sauver, et ce que l’on sacrifie provisoirement, définir ce qui est « essentiel » de ce qui ne l’est pas.

Permettez-nous de questionner aujourd’hui cette notion d’« essentiel ». Car c’est de cette définition que dépend le monde d’aujourd’hui, mais surtout celui de demain.

Car comment comprendre la fermeture de tous ces hôpitaux en région bruxelloise ces dernières décennies ? Ces coupes budgétaires qui rendent nos soins de santé défaillants ? Cette politique d’austérité menée à l’encontre de notre bien-être durant toutes ces années ?

Plusieurs mois se sont écoulés au cours desquels nous attendions des moyens octroyés aux hôpitaux pour se préparer autant que possible à cette « deuxième vague ». Nous attendons toujours…

Ce constat nous met face à une implacable vérité : la santé est aujourd’hui « essentielle », mais elle n’a pas toujours été traitée comme telle.

En ces temps où les raccourcis peuvent être délétères, rappelons que les mauvaises décisions qui ont pu être prises dans le domaine de la santé ne tiennent pas à l’incurie des « politiques ». Les mauvais choix témoignent de l’incurie d’un « système », dont les politiques n’ont été que les bons petits soldats. Un système qui a privilégié, bien trop souvent et dans tous les domaines de la société, le marchand au détriment du non-marchand, la logique de l’optimisation au détriment du principe de précaution. Nous en payons aujourd’hui les conséquences.

Et pendant toute cette crise, nous continuons à peaufiner des protocoles efficaces sur les tournages de nos films, et dans nos cinémas (pourtant aujourd’hui à l’arrêt). Nous ne souhaitons pas être l’orchestre d’un Titanic condamné à sombrer. Au même titre que bien d’autres secteurs, nous voulons contribuer à l’effort collectif pour éviter l’iceberg tant qu’il est encore temps. Mais permettez-nous cette mise en garde…

Ne considérez jamais la culture comme une variable d’ajustement soumise au marché, comme vos prédécesseurs l’ont fait hier pour la santé. Car si vous malmenez la culture comme d’autres, plus tôt, ont maltraité les soins de santé (fermeture des théâtres et cinémas, délocalisation de nos talents, arrivée de grosses plateformes internationales, négligence de nos productions locales, etc.), c’est toute la société que vous risquez d’ébranler. Chèr.e.s responsables politiques, voulez-vous vraiment à nouveau faire ce pari dangereux ? Nous ne pensons pas.

Nous pensons que la crise doit faire de vous des femmes et des hommes politiques responsables. De celles et de ceux qui comprennent les limites de l’ancien monde, et redéfinissent les champs de « l’essentiel » et du « non-essentiel ». De celles et de ceux qui s’engagent à défendre les secteurs du non-marchand, sans vouloir sans cesse les évaluer à l’aune de critères marchands. Puissent vos choix refléter vos espoirs, et non vos peurs.

En 2017, une grande mutuelle belge affirmait avec aplomb : « Un hôpital sur quatre peut fermer sans problème ». Voilà où nous mène le pragmatisme rationaliste quand il joue aux grands prédicateurs. Même si l’ampleur de la pandémie ne pouvait pas être totalement anticipée, c’est nous toutes et tous qui en payons injustement les frais aujourd’hui. Il est temps désormais de changer de paradigme. On vous le dit avec autant de bienveillance que de vigilance démocratique. Prenez des mesures fortes, à la hauteur du moment historique que nous vivons actuellement. Et sauvez la culture, elle ne peut pas être la victime collatérale d’une gestion mercantile qui a fait son temps.

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