«Certains clients isolés me brisent le cœur»

«Certains clients isolés me brisent le cœur»

Un témoignage recueilli par Amandine Cloot

Ma vie a changé à cause du coronavirus parce que, quand on est taxi, on a un rôle social à jouer aussi. On passe pas mal de temps à attendre. Donc, on lit beaucoup, on écoute les nouvelles toute la journée ou toute la nuit. Nos clients le savent, ils veulent débattre avec nous.

Je vous assure qu’il faut un moral d’acier ces derniers jours pour être chauffeur… Je conduis beaucoup de personnes à risque, des gens qui souffrent de diabète, par exemple, qui sont âgés, qui sont inquiets. J’ai mes soucis personnels à gérer aussi : l’horeca fermé, c’est 80 % de nos courses qui s’envolent. J’ai peur, dans quelques mois, de devoir choisir entre rembourser le crédit pour ma voiture et payer mon loyer.

Mais le plus dur, ce sont ces moments de plus en plus récurrents où j’ai le cœur brisé. Ce couple de personnes âgées, qui a une petite retraite et qui s’offre une fois par semaine, comme seule folie, un petit resto. Je les ai conduits il y a deux semaines pour « leur dernier dîner dehors, parce que le bus était plein à craquer ». Il faut bien comprendre qu’ils n’ont pas de famille pour les soutenir. Il y a beaucoup des gens seuls, isolés, des gens qui ont désespérément besoin de contacts et qui viennent le chercher chez nous. Je me dis que, ceux-là, ils ne sortiront pas indemnes, non plus d’ailleurs, de cette crise.

Personnellement, je ne veux pas céder à la psychose et je dois continuer à travailler. On est aussi un service d’utilité publique, comme les transports en commun : les taxis, quand tout est fermé et, parfois, pour 20 euros de courses par jour, ils sont toujours là. »

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