Carte blanche: «A quand une gestion politique cohérente et sensée pour préserver et requinquer l’école?»

Carte blanche: «A quand une gestion politique cohérente et sensée pour préserver et requinquer l’école?»
Belga.

Mesdames, Messieurs les ministres,

Comme vous aurez pu le constater ces derniers jours, au travers de cartes blanches notamment, la colère gronde et une lutte fomente derrière les murs des écoles. Aujourd’hui, un grand nombre d’acteurs de l’éducation décide de répondre à vos actions pour vous faire part du constat que la pandémie est une occasion, certes malheureuse, de mettre en lumière votre gestion de l’éducation. Ici, nous parlerons de votre administration et de l’école, mais cela pourrait être l’histoire de la santé, le social ou la culture, autres piliers de la vie publique qui ont été largement bradés depuis des années et qui révèlent aujourd’hui l’ampleur du désastre.

La vie de l’école en temps de pandémie

La dernière mesure en date, qui demandait aux établissements scolaires de préparer en deux jours un distanciel pour les trois jours avant les congés d’automne, exemplifie à elle seule votre administration loin des réalités de l’école et du citoyen. Nous ne vous apprendrons pas que les élèves et les adultes ont besoin d’une politique plus transparente, de s’organiser, d’anticiper ce qui va arriver… Et non pas de recevoir comme un couperet une information essentielle en regardant le journal télévisé un dimanche soir. Face à cela, nous ressentons un grand mépris pour l’institution scolaire ainsi que tous ses acteurs qu’il s’agisse des équipes éducatives, des élèves ou même des parents.

Tout au long de la première vague, nous étions informés succinctement dans la presse des nouvelles mesures pour ensuite être baladés de circulaire en circulaire, toutes plus alambiquées les unes que les autres. Et le début de l’année scolaire n’a été que la continuité de cette balade où vous nous avez embarqués sans qu’on ait l’impression d’avoir notre mot à dire, comme ce fut le cas à la veille de la rentrée, avec le changement du code couleur décidé en juin.

A quand l’écoute des acteurs de terrain ?

Ne pensez-vous pas qu’une meilleure consultation des acteurs du terrain aurait permis que vos décisions soient plus en adéquation avec nos intérêts et besoins, et ceux des élèves par la même occasion ? Car le problème est que les écoles ne peuvent plus se consacrer à leur mission première, la pédagogie, alors que nous manquons de moyens humains, matériels, financiers et une constance, ou du moins cohérence des mesures. Nous manquons d’enseignants, d’éducateurs, de personnels psycho-médico-sociaux, de personnels d’entretiens, de locaux… Et ce, tous les jours de l’année, pas seulement pendant cette pandémie, car n’oubliez pas que, en 2018, on estimait que 40 % des écoles du réseau WBE devaient être rénovées.

Une lourde charge pour les PO

Tant que nous en sommes à discuter des moments les plus intéressants de notre promenade forcée, parlons du passage au code orange ! Orange, oui mais… adapté ! Les écoles coulent, se noient, étouffent car les élèves, professeurs et éducateurs sont en quarantaine, dommage collatéral d’une autre gestion, celle du tracing, testing et des centres PSE. Et vous, Mesdames et Messieurs les Ministres, vous remettez encore une fois la responsabilité sur les épaules des pouvoirs organisateurs afin de penser cette adaptation, avec très peu de balises.

Des classes bondées

Et ce ne sont que des observations des écoles secondaires. Mais parlons un peu du fondamental ! Des institutrices de classe d’accueil se retrouvant seules sans puéricultrice à cause de la pandémie qui n’ont plus le temps d’introduire les apprentissages. Des institutrices polyvalentes devant remplacer les institutrices référentes, qui n’ont donc plus le temps pour leurs remédiations si précieuses à des enfants qui ne parlent pas encore français. Des élèves de primaire qui se retrouvent dispatchés dans d’autres classes faute de remplacement et qui se retrouvent dans des classes bondées.

Ce que nous observons, aujourd’hui, ce sont les conséquences, mises en lumière par la pandémie, de votre politique, ou plutôt vos politiques, qui peuvent se résumer par un appauvrissement, à tous niveaux, de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les oubliés de l’École

Vous dites que l’enseignement est une priorité. Laissez-nous en douter ! Cette pandémie met en exergue la trop maigre prise en compte d’une partie essentielle de l’équation : les élèves.

Quand allez-vous, Mesdames et Messieurs les Ministres, vous adresser, écouter et vous consacrer au million d’élèves et étudiants scolarisés en Fédération Wallonie-Bruxelles, qui seront les citoyens de demain ?

Un espace anxiogène

Commençons par le début ! Comment garantir un enseignement de qualité, que disons-nous d’excellence, dans des conditions de locaux vétustes et souvent surpeuplés ? Comment un élève peut-il s’investir dans les apprentissages et se sentir en confiance dans ce contexte de pandémie s’il est collé à ses voisins dans une classe surchauffée et mal aérée ? Ah, et en plus, avec un masque qu’il devrait changer toutes les quatre heures, ce qu’il ne peut pas puisqu'’il pourrait être de ces élèves qui n’ont pas reçu de masques, et encore moins en quantité suffisante. Et ça, c’est quand ils sont en classe et pas à l’étude par manque d’enseignants et d’éducateurs ou à la maison, en quarantaine, tentant de suivre la matière avec les moyens du bord.

Comment pouvons-nous croire que pour vous l’enseignement est une priorité quand vous laissez les élèves et les équipes éducatives dans de telles conditions de travail et d’apprentissage ?

Des élèves livrés à eux-mêmes

Depuis fin mai, la situation des élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles n’a que sensiblement évolué. Les étudiants ou élèves n’ayant pas accès à un ordinateur, c’est-à-dire en moyenne un sur deux en Fédération Wallonie-Bruxelles, ne l’ont toujours pas. Les élèves devant partager un ordinateur avec leurs frères et sœurs doivent toujours le faire. Les élèves vivant dans des conditions compliquées, précaires ou maltraitantes, y vivent toujours. Les élèves ayant souffert du confinement au printemps et de la déperdition de leur école n’ont toujours pas été entendus. S’ajoutant à ces problématiques, pour certains, l’angoisse de la contamination de leurs proches en rentrant de l’école.

Quelle est votre priorité ?

Vous considérez que l’enseignement est une priorité nationale, et en effet, à nos yeux, c’en est une. Il n’est plus à prouver qu’une société doit être instruite pour avancer. Mais aujourd’hui, face à la façon dont vous traitez cette institution, face aux décisions incohérentes qui se sont succédé ces dernières semaines, nous nous posons la question de la priorité. Quelle est cette priorité ? La priorité de l’épanouissement des élèves, d’en faire des citoyens responsables ? Ou plutôt la priorité de garder des chiffres de réussite corrects ? Ou encore de libérer les parents afin qu’ils puissent continuer à travailler ?

Dans vos dernières décisions, vous semblez oublier la raison d’être des écoles. Avec le cruel manque de moyens humains et matériels, tout particulièrement, depuis la pandémie, nous ne pouvons faire convenablement notre travail. À la place, vous nous proposez un distanciel qui ne peut être organisé que par des dossiers avec questionnaires questions-réponses ou des lives où le cours ne peut se faire qu’en ex cathedra, ce qui freine l’élève dans ses apprentissages et son épanouissement pourtant essentiels à sa construction de citoyen acteur de son avenir et de celui d’une communauté.

Face au constat que nous faisons aujourd’hui de votre gestion de l’enseignement, nous nous posons la question de la société future. Qu’en sera-t-il de l’avenir de nos enfants et petits-enfants ? Un monde d’interdits où l’on peut sacrifier, dégraisser, laisser mourir des secteurs indispensables comme l’éducation, la santé et la culture, car ils ne sont pas rentables ?

Des propositions… et questions

Désormais, nous vous proposons que votre politique soit plus transparente, cohérente et préventive. En plus de ça, il nous semble essentiel que l’enseignement soit rebudgétisé et que vous preniez de réelles mesures pour améliorer les conditions matérielles et humaines de travail des élèves, des enseignants et de l’ensemble des équipes éducatives.

Nous vous laissons avec des questions qui nous semblent fondamentales, et que nous nous posons au quotidien. Lors de cette pandémie, comment permettre aux élèves vivant des conditions familiales compliquées d’accéder pleinement aux apprentissages ? Comment permettre aux élèves sans matériel informatique d’accéder pleinement aux apprentissages ? Comment éviter le décrochage scolaire lors de cette pandémie ? Comment faire en sorte que nos élèves et nos équipes gardent une bonne santé physique et mentale ? Comment remplacer nos collègues absents afin d’assurer la continuité pédagogique ? Quelles mesures allez-vous prendre pour avoir enfin une gestion politique cohérente et sensée pour préserver et requinquer un des piliers fondamentaux d’une société démocratique ?

*2.104 enseignant.es (maternelle, primaire, secondaire, enseignement supérieur et retraité.es), élèves et étudiant.es, directeur.rices d’école, membres des équipes d’école (éducateur.rices, logopèdes, secrétaires de direction…) et sympathisant.es (parents et citoyen.es) cosignent cette lettre ouverte.

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