Carte blanche: «La formation au développement de l’esprit critique doit faire partie de la formation initiale des enseignants»

Carte blanche: «La formation au développement de l’esprit critique doit faire partie de la formation initiale des enseignants»
Mathieu Golinvaux.

Alors qu’un avant-projet de décret modifiant le décret du 7 février 2019 définissant la formation initiale des enseignants est actuellement en première lecture au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous y constatons l’absence de cours de philosophie et de citoyenneté en tant que compétence nécessaire pour faire face aux situations de remises en cause des savoirs et des valeurs qui fondent la société démocratique et ce dans toutes les disciplines. Il nous paraît urgent que la formation initiale et continue des enseignants l’intègre et permette véritablement aux futurs enseignants de toutes les disciplines d’être en mesure de développer quotidiennement et sans crainte les valeurs qui fondent le socle commun de la vie en société, notamment le droit à la liberté d’expression, de conscience, le droit de croire ou de ne pas croire, l’égalité des sexes, le respect de l’Etat de droit, tout ce que garantit la laïcité.

Une vague de terreur

Trois semaines après l’ouverture du procès de l’attentat de la rédaction de Charlie Hebdo, le vendredi 16 octobre 2020, le terrorisme islamiste frappe une nouvelle fois la France. A Conflans, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, est assassiné en pleine rue pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves lors d’un cours sur la liberté d’expression dans le cadre du programme scolaire. A Nice, le 29 octobre, dans un contexte international tendu entre la France, la Turquie et plusieurs pays musulmans, un sacristain et deux femmes sont sauvagement assassinés par un jeune homme âgé de 21 ans dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption. Ces assassinats surviennent après un trop long cortège funèbre d’attentats qui ont frappé la France : l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, Charlie Hebdo, le Bataclan, des terrasses de café à Paris, l’Hyper casher, le prêtre Hamel dans son église, la promenade des Anglais à Nice, le marché de Noël à Strasbourg, la rue Appert le 25 septembre 2020. Et en Belgique : le Musée Juif de Bruxelles le 24 mai 2014, le métro de Bruxelles et l’aéroport de Zaventem le 22 mars 2016, Liège le 29 mai 2018. D’autres pays, européens et partout dans le monde, ont été aussi durement frappés. Les exécutants sont jeunes, natifs ou non mais empreints de radicalisme religieux.

Faire revenir la paix

Dans les classes, les professeurs sont souvent bien démunis pour aborder cette actualité ou enseigner des savoirs qui ne correspondent pas aux croyances des élèves, croyances exacerbées et manipulées par les réseaux sociaux. Face à l’agressivité manifestée sous de multiples formes allant jusqu’aux menaces ou au refus silencieux dans le meilleur des cas, il est urgent de venir en aide au monde enseignant. Ce n’est pas par la violence que la paix reviendra mais par l’éducation.

S’unir autour de valeurs communes

Après l’assassinat du professeur Samuel Paty, le Centre d’Action Laïque a rappelé une nouvelle fois la nécessité d’être unis autour de valeurs communes, démocratiques et respectueuses des droits et libertés de chacun. C’est l’une des missions prioritaires de l’enseignement obligatoire : préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste, respectueuse de l’environnement et ouverte aux autres cultures (Décret Missions / Code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire).

Si l’école doit permettre à tous les élèves d’acquérir des connaissances et de développer des compétences, celles-ci ne peuvent se limiter, se restreindre aux seuls contenus disciplinaires. Une telle approche met inévitablement en péril les autres missions de l’école. Elle ne permet pas la construction, le développement d’un citoyen critique et responsable, ne garantit pas l’émancipation sociale des élèves.

Donner des outils pour lutter contre l’intolérance

Le développement de l’esprit critique, la capacité à construire une pensée autonome, argumentée et cohérente, la faculté de reconnaître la diversité des valeurs, des normes, des convictions et des cultures, l’habilité à distinguer les opinions, les croyances et les savoirs doivent, plus que jamais, être au cœur des pratiques scolaires. Seules ces compétences permettront de lutter véritablement contre l’intolérance et la violence aveugle et garantiront la liberté d’expression. Une telle ambition ne pourra se concrétiser qu’en soutenant les enseignants, en les outillant dans le cadre de leurs formations initiale et continue.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches