L’hommage de Pierre Mertens à Marc Metdepenningen: «Rendez-vous est pris»

L’hommage de Pierre Mertens à Marc Metdepenningen: «Rendez-vous est pris»

Mon cher Marc,

Je me demande, si la chronique judiciaire – va savoir pourquoi ? – ne figure pas en bonne place au nombre des registres littéraires que je prise le plus ?

Après tout, lorsque Mauriac et Camus se sont distraits de la littérature pour se découvrir journalistes, ne fut-ce pas souvent pour y évoquer des procès politiques ourdis durant la Guerre d’Algérie ?

Lorsque j’enquêtais, à la fin des années 60, en Grèce, pour le compte de la Ligue belge des Droits de l’Homme, sous le régime des Colonels, le grand écrivain Stratis Tsirkas me disait : « Si tu as un peu de temps, rends-toi au tribunal le jour, pour prendre la mesure de la répression, et dans les tavernes, la nuit, pour entendre la musique de la résistance… Déjà, tu sauras l’essentiel sur ce pays… »

Tu es de ceux, Marc, qui ont rendu au genre du compte rendu d’audience ses lettres de noblesse. Je me souviens que ce qui m’a en partie consolé de l’action intentée, un jour, contre moi, par l’inénarrable Bart De Wever, ce furent souvent les commentaires que tu en fis, avec autant de style que de pertinence.

Depuis lors, dans un sens, nous ne sommes plus quittés.

Lorsque nous nous sommes croisés à Mons, lors du procès Wesphael, le dialogue a décuplé. Et nous nous sommes revus à maintes reprises, pour évoquer la violence conjugale, bien sûr, mais aussi le terrorisme sous toutes ses formes, et surtout les grands principes que ces affaires suscitent : les ambiguïtés de la Cour d’assises, la présomption d’innocence, la détention préventive, les peines incompressibles, la primauté du droit international etc., etc. Nous n’épuisions jamais les sujets et nous promettions de nous revoir avant longtemps.

Désormais, à chaque fois qu’un litige de quelque importance sera déclenché, je me demanderai à coup sûr : « Qu’en aurait-il pensé ? » et, machinalement, je chercherai sans doute encore ta signature dans les colonnes de ton journal… Oui, cela se passera ainsi. Et qu’on cesse d’assurer que personne n’est irremplaçable. Ton secret, c’est que ta plume s’accompagnait d’une vision du juridique.

A chaque fois que je m’interrogerai sur une « vérité judiciaire », cela sera encore en ta compagnie.

Rendez-vous est pris.

Fidèlement,

Ton Pierre

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