«Appel pour une diplomatie urgente et active pour prévenir un drame humanitaire au Tigré (Éthiopie)»

«Appel pour une diplomatie urgente et active pour prévenir un drame humanitaire au Tigré (Éthiopie)»

Ayant une expérience de décennies de coopération au développement humanitaire (A. Crismer) et académique (J. Nyssen) avec l’Éthiopie et le Tigré, nous lançons un cri d’alerte pour prévenir un drame humanitaire.

Au Tigré, la région septentrionale de l’Éthiopie, une crise humanitaire d’envergure menace. Le développement dans la région n’a cessé de progresser depuis la fin de la guerre civile en 1991, mais ces réalisations sont maintenant gravement menacées. Le 4 novembre 2020, un conflit militaire a éclaté entre les forces armées du gouvernement fédéral éthiopien et le gouvernement régional du Tigré. Les tensions entre les deux parties se sont intensifiées ces derniers mois, mais le conflit armé fait ouvertement rage depuis la semaine dernière.

Très peu d’informations sont fournies sur l’évolution du conflit et son impact sur la population civile. La semaine dernière, l’état d’urgence a été déclaré dans la région, de sorte qu’aucun journaliste n’est autorisé dans la région (deux fois la taille de la Belgique, 6 millions d’habitants). Nous ne pouvons pas communiquer avec nos collègues, parents et amis sur le terrain. Les réseaux électriques, internet et téléphoniques ont été fermés par l’armée. Toutes les banques du Tigré sont fermées, tout comme les routes reliant le Tigré au reste du pays. Un siège médiéval, pour ainsi dire. Tout indique qu’en une semaine, de nombreux civils ont perdu la vie, que beaucoup d’autres ont été blessés et que la plupart des gens au Tigré et dans d’autres parties de l’Éthiopie ont peur pour leur avenir. Plus de 7 7.000 personnes ont déjà fui au Soudan en quelques jours.

La sécurité alimentaire au Tigré était déjà critique avant le conflit armé actuel. Un fléau de criquets pélerins avait déjà détruit une grande partie de la récolte ces derniers mois. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a signalé dans son Desert Locust Bulletin de novembre 2020 de nombreux essaims dans le nord-est de l’Éthiopie. La lutte contre les essaims de criquets a également été entravée par les mesures contre la pandémie du Covid-19. La saison des récoltes 2020 devrait bientôt commencer, mais il reste peu à récolter – alors que les réserves de l’année dernière ont déjà été épuisées. Nous craignons que les greniers restent vides cet automne. Quatre-vingt pour cent des citoyens du Tigré sont des agriculteurs qui vivent de leurs récoltes, et même sans guerre, les dommages causés par les criquets entraîneraient la famine si l’aide alimentaire n’était pas fournie au Tigré.

Aujourd’hui, le conflit militaire rend le traitement des zones détruites par les criquets encore plus difficile qu’il ne l’était déjà. La dotation des budgets du gouvernement fédéral au Tigré a été interrompue en septembre 2020, ce qui a rendu difficile le fonctionnement des autorités locales. Par-dessus tout, le Productive Safety Net Programme financé par la communauté internationale a tout simplement été interrompu, entraînant la perte de leur aide alimentaire vitale à un million de personnes dans le Tigré.

Des centaines de personnes sont déjà mortes dans cette escalade du conflit, mais nous craignons que des milliers d’autres meurent de faim si l’aide humanitaire n’est pas autorisée. Le Tigré se dirige vers une grande famine, semblable à la terrible catastrophe de 1984-1985.

Nous appelons le gouvernement belge, ainsi que l’Union Européenne, à demander un cessez-le-feu immédiat, ne serait-ce que pour mettre en œuvre les opérations d’aide de l’ONU et pour être en mesure de fournir de la nourriture et d’autres aides humanitaires à la population civile**.

Une pression internationale ferme peut privilégier la négociation plutôt que la violence. Sinon, nous craignons que notre prophétie ne devienne une réalité.

*Cet appel a été préparé par douze scientifiques de toute l’Europe, dont le professeur Jan Nyssen (Département de Géographie de l’Université de Gand), qui a effectué la plupart de ses recherches scientifiques dans cette région. En date du 16 novembre, l’appel a reçu le soutien de 1960 personnes, dont plusieurs recteurs d’universités belges. Le Docteur André Crismer connaît le Tigré depuis 1987 et est membre de l’Association Tesfay (http://www.tesfay.be/).

** Ethiopia: Tigray Region Humanitarian Update, Situation Report No. 2, 11 November 2020 https://reliefweb.int/report/ethiopia/ethiopia-tigray-region-humanitarian-update-situation-report-no-2-11-november-2020

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches