«Les étudiants du supérieur réussiront-ils bientôt leurs études grâce à des interventions juridiques et non plus par leur travail personnel?»

«Les étudiants du supérieur réussiront-ils bientôt leurs études grâce à des interventions juridiques et non plus par leur travail personnel?»

D’année en année, les délibérations dans l’enseignement supérieur se prolongent de plus en plus par la gestion de recours déposés par les étudiants suite à un échec. Ce type de procédure est encouragé par des avocats qui s’en sont fait les spécialistes, par les bureaux des étudiants et par la Fédération des Etudiants francophones (FEF). Il se nourrit aussi d’une pensée commune qui est que les professeurs se repaissent des échecs des étudiants, que le règne de la « culture de l’échec » doit finir, entretenue par les médias, par certains collègues ou directions d’établissement démagogiques et par les parents. Tout concorde à penser que ce n’est pas l’acquisition des connaissances qui importe, mais l’obtention rapide d’un diplôme, promesse d’emploi rémunérateur, et ce sans trop de souci quant à la validation des compétences nécessaires.

Naguère encore, ces recours étaient rares, et exclusivement justifiés par des erreurs matérielles, fautes de transcription ou perte d’une note. Cela pouvait encore se justifier.

Actuellement, ces recours abondent et ne se limitent point à des questions administratives, mais remettent quotidiennement en question la validité d’une note, ergotent pour des demi-points, ou s’emploient à analyser de menues discordances par rapport aux décrets qui président à l’organisation de l’enseignement supérieur, avec souvent une interprétation dévoyée qui vient à l’appui de la réussite forcée d’étudiants médiocres, parfois inscrits de longue date dans nos institutions (et anormalement réinscrits) sans être parvenus à créditer nombre de cours importants.

A cet égard, le décret « paysage », dont les professeurs de l’enseignement supérieur attendent une réforme urgente, prête le flanc à de tels recours. En effet, en exigeant que la note d’une unité d’enseignement résulte d’une pondération fixe des notes de chaque activité d’apprentissage qui la composent, elle favorise la négligence par les étudiants de l’activité la plus contraignante, et contraint les jurys à créditer en cas de moyenne favorable une activité non réussie, même si l’acquisition des connaissances et des compétences de cette partie de l’unité est capitale dans la formation professionnelle du candidat. L’application des règles de ce décret est également mortifère dans la mesure où elle ne peut éviter d’octroyer dans le programme annuel des modules dont les prérequis ne sont pas remplis, vu l’obligation de remplir ce programme avec 60 crédits annuels dans toutes les circonstances. Et que dire de la « réussite » à 45 crédits en première année, qui s’apparente plus à un échec (et à la garantie de catastrophes ultérieures) qu’une vraie réussite.

Certaines de nos formations sont destinées à de futurs professionnels de la santé ; j’ose imaginer que les avocats qui défendent pareille cause, ou les magistrats qui leur accordent crédit, apprécieraient peu de se faire soigner par un médecin qui ne sait pas lire un électrocardiogramme, ou par un dentiste qui n’a pas validé l’épreuve pratique de prothèse.

La menace de cette avalanche de recours rend les délibérations profondément inconfortables, contraint les jurys à devoir justifier toutes ces décisions, et accrédite l’image du professeur par essence injuste qui prend plaisir à ajourner des étudiants. Pire, il accoutume le public à penser que l’échec est justifié par la faute du professeur et non par les lacunes des étudiants et leur manque de travail. Elle s’inscrit dans une tendance lourde qui consiste à clamer ses droits en éludant ses devoirs, qui va de pair avec l’individualisme forcené qui caractérise ces années de décomposition sociétale. Enfin, elle coûte à nos institutions d’onéreux frais juridiques qu’on aurait pu consacrer plus utilement au soutien à l’enseignement.

Parlons-en des devoirs : celui des professeurs est de s’assurer en âme et conscience que l’étudiant a assimilé correctement la matière, l’a comprise, étudiée, et est capable de la mettre en pratique. Dans le domaine des sciences de la santé, c’est incontournable. Aucun acte juridique ne pourra l’en dispenser.

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