«Sortie du nucléaire: ça sent le gaz pour l’environnement»

«Sortie du nucléaire: ça sent le gaz pour l’environnement»

L’annonce vient de claquer tel un pavé dans la mare. Engie, résigné suite aux discussions menées avec le gouvernement sur la prolongation des centrales nucléaires, met à l’arrêt ce projet sur lequel aucune certitude n’a pu être apportée. Dans ce contexte de double crise sanitaire et économique, qui en masque temporairement une troisième – climatique – autrement plus profonde, la décision du principal producteur du pays semble, pour la première fois, concrétiser le calendrier de sortie du nucléaire pourtant inéluctable. Si la prise de conscience est récente, la certitude demeure : l’abandon prématuré de nos centrales nucléaires aura des conséquences néfastes sur notre société.

En matière d’environnement, la décarbonation de la production d’électricité est incontestablement un enjeu majeur de la transition énergétique. L’abandon brutal de l’énergie nucléaire, peu émettrice en CO2, entraînera une forte hausse de nos émissions sur la prochaine décennie. C’est donc la moitié de notre production d’électricité qui sera en grande partie remplacée par des énergies fossiles, telles que le gaz.

Sur le plan économique, l’arrêt de la production risque de dévitaliser l’ensemble de la filière nucléaire qui contribue fortement à la création d’emplois de qualité et au rayonnement de notre pays à l’international. Par ailleurs, le mécanisme de rémunération de la capacité (CRM), en cours d’élaboration, ira inévitablement puiser dans les caisses de l’état pour financer le remplacement de capacités de production opérationnelles, amorties et rentables. Le citoyen belge financera donc indirectement le mécanisme, et payera pour une décision contraire au souhait d’un avenir décarboné. Pour compléter le tableau, le recours massif à l’importation de gaz et d’électricité pourrait nuire à l’ensemble de l’industrie belge, d’une part à cause d’une augmentation de la volatilité des coûts énergétiques, et d’autre part par la perte d’indépendance énergétique du pays.

L’électricité constitue pourtant un des socles de notre société moderne et est essentielle dans notre vie quotidienne depuis les 30 glorieuses. Elle alimente nos appareils électroménagers, notre télévision, notre four, et de plus en plus notre voiture. Disposer d’une électricité propre, abondante, et à un prix raisonnable, est un confort auquel nous sommes devenus habitués, mais qui sera prochainement remis en question par les choix actuels. En poursuivant sur cette voie, la situation énergétique de la Belgique régresserait, tant sur le plan géopolitique qu’environnemental. Le rapport d’EnergyVille estime d’ailleurs que la part des énergies fossiles dans notre production d’électricité va doubler d’ici 2030.

La loi qui est sur le point de régir notre futur énergétique a été votée en 2003, il y a presque vingt ans, dans un contexte totalement différent de celui d’aujourd’hui. Face aux enjeux climatiques de plus en plus importants, et en réponse aux jeunes qui ont marché dans la rue pour le climat, on est en droit de se demander comment le gouvernement justifie d’entériner une vision désuète et à contre-courant. Les premières centrales nucléaires en Belgique avaient été construites dans les années 70, dans un contexte de crise pétrolière, pour réduire notre dépendance aux pétrole et autres énergies fossiles. Faire marche arrière, dans le contexte climatique actuel, est une erreur qui sera supportée par les générations futures. Le nucléaire n’est pas un frein au développement du renouvelable, mais il l’est pour les énergies fossiles. Croire qu’il faut choisir entre énergies renouvelables et nucléaire est un faux dilemme. Recourir aux énergies fossiles pour mettre à l’arrêt des centrales nucléaires apporte donc une mauvaise réponse à ce qui était un faux problème.

Face à ces choix incohérents, il ne serait pas surprenant de voir l’opinion publique apprécier un changement de cap du gouvernement sur la question nucléaire. Une autre issue est en effet possible, où la crédibilité du gouvernement, l’écologie et la sécurité d’approvisionnement sortiraient tous vainqueurs. En conservant une partie de la production nucléaire, la transition énergétique pourrait être facilitée et accélérée significativement, tout en soutenant massivement le développement des énergies renouvelables. Le nucléaire fait la fierté de notre pays depuis des décennies, pour son savoir-faire et ses inventions pionnières. Sa prolongation est la meilleure manière de nous laisser une chance dans ce défi majeur que nous, jeunes ingénieurs, partageons avec le gouvernement : la transition vers un monde prospère et décarboné.

*Sont également membres de Horizon 238 : Stéphanie Brine, Dries Peeters, Célestin Piette, Gert Pille. https ://horizon238.org/

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