Carte blanche: «Non, le covid-19 n’a pas créé un nouveau monde permettant les déficits publics»

La crise de la dette souveraine grecque avait éclaté en octobre 2009 et avait secoué toute la zone euro.
La crise de la dette souveraine grecque avait éclaté en octobre 2009 et avait secoué toute la zone euro. - EPA.

De hauts responsables publics affirment que le virus covid-19 a apporté comme acquis un changement fondamental en économie : l’abandon de la contrainte européenne sur l’endettement public. Un coup de baguette magique, un nouveau monde qui autoriserait à l’avenir des déficits élevés.

Le bon sens appelle à garder raison.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un nouveau monde. Les traités européens autorisent un déficit public plus élevé pour soutenir une économie en forte récession. La croissance négative du produit national en 2020 en est le cas. Un point de comparaison est l’endettement nécessaire des nations européennes pour financer l’effort de guerre en 1940-1945.

Cette situation temporaire n’implique pas, comme le laissent penser certains discours, un abandon des contraintes budgétaires. En voici les raisons.

On parle souvent du problème du remboursement de la dette dans quelques années. En réalité la dette publique n’est pas réellement remboursée. Au contraire des particuliers qui empruntent sur le marché hypothécaire et assurent un remboursement complet, le Trésor public, quand un emprunt arrive à échéance, émet un nouvel emprunt pour rembourser le précédent. On parle de « roll over » de la dette. Bien sûr, l’opération de refinancement est seulement possible si les investisseurs sont prêts à investir dans les nouveaux emprunts. On aborde ici la question essentielle : la confiance des investisseurs dans l’Etat. Si la confiance est absente, les nouveaux investisseurs font défaut pour le refinancement et c’est le début de la crise souveraine. On l’a vu récemment en Grèce et des tensions apparaissent régulièrement sur la dette italienne. En conséquence l’Etat doit éviter un endettement excessif qui érode la confiance.

La comparaison est faite avec le Japon dont la dette publique atteint 246 % du PNB, bien au-delà de la contrainte européenne de 60 %. La comparaison n’est pas tout à fait valable pour deux raisons : le Japon contrôle sa monnaie et peut éventuellement en créer pour rembourser sa dette publique. La Belgique ne contrôle pas l’émission de l’euro. Deuxièmement, la dette publique du Japon est détenue à 94 % par des Japonais qui sont contents d’investir en yen, échappant au risque de change sur devise étrangère. La dette publique belge est détenue à 47 % par des Belges. Dans la zone euro, un investisseur en emprunt belge peut facilement passer dans un emprunt allemand dans la même devise si la confiance est perdue. Le Mécanisme Européen de Stabilité peut procurer un refinancement en cas de perte de confiance mais son intervention est limitée par le contrôle légitime des partenaires européens.

Finalement, nos pays ayant une monnaie commune et devant donc mériter la confiance des partenaires, il est légitime pour la Commission européenne d’étudier la soutenabilité de leur endettement, tenant compte du vieillissement de la population et des dépenses attendues sur les pensions et frais de santé. La règle de l’endettement à 60 % n’est certainement pas sacro-sainte et mérite d’être revue dans le contexte de taux d’intérêt plus bas et du taux de croissance attendu du PNB. De plus, une distinction devrait être faite entre dépenses publiques de fonctionnement et dépenses d’investissement productif en éducation, recherche ou infrastructure qui assurent la croissance de demain.

La confiance, une donnée difficilement quantifiable

Le maintien impératif de la confiance permettra d’assurer le refinancement de la dette lorsqu’un emprunt public arrive à échéance. Un débat au niveau européen est nécessaire pour indiquer le point d’ancrage, le niveau d’endettement public qui rencontre l’accord des partenaires de la zone euro. Ce n’est pas une science, c’est un art car la confiance est un phénomène en partie psychologique qu’il est difficile de quantifier avec précision. Au vu de cette incertitude, le bon sens demande d’être prudent avec l’endettement pour maintenir cette confiance et permettre à l’avenir un financement public supplémentaire lorsque les circonstances le demandent.

S.V.P., arrêtons de dire que le covid-19 a créé un nouveau monde permettant les déficits publics. Les contraintes sur la confiance n’ont pas changé mais un débat européen s’impose pour revoir les paramètres qui assurent un risque limité de crise souveraine.

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