Sondage: quel sera le «nouveau mot de l’année»?

Depuis le printemps dernier, des termes comme «confinement» se sont imposés dans le langage. De là à en faire des gagnants annoncés?
Depuis le printemps dernier, des termes comme «confinement» se sont imposés dans le langage. De là à en faire des gagnants annoncés? - reuters

La fin d’année approche à grands pas et avec elle, même si les derniers mois n’ont cessé de bouleverser les habitudes, l’heure des traditionnels bilans. Sur le plan linguistique, voilà plusieurs années que le quotidien Le Soir et le centre de recherche Valibel (UCLouvain) mènent l’opération du nouveau mot de l’année avec la curiosité de ceux qui aiment observer comment une langue évolue, s’infléchit, se transforme au fil du temps.

Comme lors de l’édition 2019, la RTBF participe à l’opération : depuis l’appel aux publics jusqu’à la sélection finale du mot. Un tel aréopage a eu l’année passée l’avantage de sonder encore un peu plus largement la Belgique francophone.

Une opération en deux phases

Comment se passe concrètement le processus qui mènera à la désignation du nouveau mot de l’année 2020 peu après Noël ?

En deux phases, comme les habitués de l’opération en ont désormais pris le pli depuis 2015, année de la première édition. Dans une première – qui s’étirera cette année jusqu’au 3 décembre –, les lecteurs du Soir et les auditeurs de la RTBF formulent leurs propositions dans un sondage accessible sur les sites des deux médias en veillant à les accompagner d’une courte définition. Dans une seconde – qui démarrera le 9 décembre cette fois –, les linguistes du centre Valibel soumettent à un jury composé de personnalités du monde des lettres la liste des mots proposés qui rencontrent les critères de sélection. Après discussion, dix d’entre eux sont retenus parmi les plus pertinents ou les plus originaux. Aux lecteurs du Soir, aux auditeurs et aux téléspectateurs de la RTBF et aux internautes des deux médias de faire ensuite leur choix avant Noël.

Des premiers pas de l’opération à son terme, c’est Michel Francard, linguiste et chroniqueur du Soir, qui porte l’opération. Elle a selon lui le mérite de « s’appuyer sur les propositions du public et de rendre celui-ci conscient de l’évolution du français ».

Précisément, celle-ci devrait être marquée en 2020 par les événements exceptionnels que le monde est en train de vivre : la crise sanitaire et son lot interminable de conséquences.

« À situation exceptionnelle, créativité exceptionnelle », affirme Michel Francard. « Il est certain que de nombreuses propositions feront référence aux “mots du covid”, puisque le “nouveau mot de l’année” est étroitement lié à l’actualité qui justifie son apparition. Le jury espère néanmoins que le choix des internautes dépassera les inévitables confinement, déconfinement, reconfinement . La créativité a été de mise à l’occasion de la pandémie, il serait intéressant de la retrouver dans l’éventail des suggestions pour le “nouveau mot 2020”. »

Un mot en lien avec le covid ?

La force de diffusion des nouveaux termes est sans doute un autre trait marquant de la période actuelle. Michel Francard en convient : « Nous sommes dans le contexte d’une pandémie qui est évoquée chaque jour dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans nos conversations quotidiennes. Les mots qui lui sont liés disposent donc d’une diffusion inédite, bien au-delà de notre environnement proche. Mais aussi au-delà des frontières et des langues : la mondialisation du covid, c’est aussi celle du discours sur cette pandémie. »

Pour autant, pourrait-on parier sur un futur nouveau mot de l’année émanant du registre sanitaire ? Michel Francard en doute beaucoup : « Cela m’étonnerait, mais une surprise est toujours possible. Quelles que soient les propositions, il est important de garder à l’esprit une autre ambition du “nouveau mot de l’année”, qui a été atteinte lors des éditions précédentes : il s’agit d’identifier un mot qui présente de grandes chances de s’installer durablement dans le vocabulaire français. Être une trouvaille pittoresque ne suffit donc pas : il faut s’imposer dans l’usage général. En privilégiant, si possible, des formes qui s’intègrent facilement en français : mieux vaut exploiter les ressources de cette langue plutôt que de calquer des innovations venues d’autres langues. »

Déjà la sixième opération

M.C.

Le « nouveau mot de l’année » s’est désormais installé parmi les habitudes annuelles. Depuis son lancement, l’opération a déjà « couronné » cinq mots et s’apprête dans un peu plus d’un mois à souligner l’usage à succès d’un sixième.

En 2015, le verbe « spoiler » était mis en exergue comme l’action de révéler le dénouement d’une série, d’un film et ainsi gâcher le plaisir de ceux qui n’en auraient pas encore eu connaissance.

L’actualité politique européenne s’imposait en 2016 avec le succès de « brexit ». Depuis lors, le terme a connu un usage abondant…

« Fake news » était couronné en 2017. Donald Trump était arrivé quelques mois plus tôt à la Maison-Blanche. Sa façon de jouer avec la réalité pour l’éluder le plus souvent était abondamment commentée et pointée comme le marqueur d’une nouvelle ère. Trois ans plus tard, Donald Trump a été battu mais l’on sait déjà que les fake news lui survivront.

En 2018, la victoire de « malaisant » venait rappeler l’existence dans l’ancienne langue française du verbe « malaiser » et enrichir la gamme des adjectifs témoignant de la gêne, du malaise. A l’époque, le terme s’était déjà largement diffusé chez les jeunes. Leurs aînés ont depuis lors appris à l’apprivoiser.

Enfin, en 2019, « chill » (« froid », « cool ») l’emportait. C’était quelques jours avant l’entrée dans une année 2020 qui n’allait cesser de démontrer que, chill, elle l’était au fond bien peu…

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