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Les 100 chroniques les plus touchantes de Julie Huon publiées dans un recueil

Entretien

Julie Huon, c’est une plume surchauffée de pop culture, dont l’étoffe ne laisse personne indifférent. C’est un esprit zazou capable de faire chanter les choses humaines et de fouetter la curiosité. C’est une journaliste libre dans sa tête et dans son style comme un hula-hoop. A la rédaction, Julie ne mord jamais. Elle illumine de son talent fou. Elle zigzague entre les vagues du stress quotidien. La lire et la relire est une fête, que nous avons le plaisir de partager en boucle avec nos lecteurs. Dans ses chroniques de La vie en pause, Julie a dessiné des sourires au rouge à lèvres sur les masques du confinement. Le Soir est fier de publier aujourd’hui le livre des cent textes les plus cool de la pandémie, que l’autrice a enrichi de dessins persos pour nous faire la plus joueuse des « Kinder Surprise ».

En relisant toutes tes chroniques pour la création de ce livre, quelles images te sont venues en tête ?

J’en suis, ce vendredi, à ma 192e chronique. La première était parue le 13 mars. Au départ, le rédacteur en chef m’avait demandé d’en écrire une par jour, pendant trois semaines, parce qu’on pensait que l’épidémie ne durerait que trois semaines. J’ai finalement écrit 69 chroniques de La vie en pause . Après le déconfinement, j’en ai publié 94 autres de La Vie devant toi . Puis, on a reconfiné, le 2 novembre, et je suis repartie dans La Vie en pause, saison 2 . Tout relire pour en choisir cent a été très touchant. Je me suis rendu compte qu’on avait déjà oublié ce qu’on avait vécu, qu’au mois d’avril, on ne pouvait même plus sortir la voiture du garage. Je m’étais fait arrêter en faisant mes courses. La police m’avait demandé où j’allais. En relisant ça, je me suis dit « Mon dieu mais d’où on vient ! »

Entre actualité, vie quotidienne et pop culture, comment as-tu opéré la sélection des textes ?

Le café du coin qui fermait, c’était déjà le début d’une histoire, tant la vie semblait devenue dérisoire. Ces chroniques s’intéressent aux détails de nos vies dans le but d’alléger le quotidien. Un lecteur m’a dit : « On apprend tous les jours quelque chose avec vous ». Tous les jours ? Je n’en suis pas sûre. En fait, on a tous lu plein de bouquins pendant le confinement. On a gonflé nos playlists Spotify. On s’est gavés de podcasts et de séries Netflix. J’aime partir de petits détails tout pointus pour aller vers l’universel. Mais certaines chroniques écrites dans l’urgence étaient pourries, comme celles rédigées au milieu de la nuit quand je n’arrivais pas à dormir. Heureusement, il en restait plein qui marchaient très bien. Je pense, par exemple, à la dernière, L’hors-saison . Pauline, une éditrice du journal, m’avait dit au moment du reconfinement : « Voilà c’est reparti : confinement, collection automne-hiver ! » Et j’ai pensé à Une saison en enfer , d’Arthur Rimbaud. Je ne connaissais évidemment pas les vers par cœur. J’ai été relire les premières lignes et pouf ! Je tenais quelque chose ! Ces chroniques sont souvent des conversations enrichies d’associations d’idées. Il n’y a pas de volonté d’érudition. Certains sujets peuvent rester très remuants. Je me sentais fort émue, quand j’écrivais que l’avantage de mourir en novembre, c’est qu’on peut être quinze à l’enterrement, alors qu’en avril, on ne pouvait être que cinq.

Tu n’as jamais connu de panne d’inspiration ?

A fond ! J’en ai eu ! Quand l’inspiration n’est pas là, certains artistes la cherchent en marchant. Le scénariste de bande dessinée des Tuniques bleues et des Femmes en blanc, Raoul Cauvin, la trouve en dormant dans son canapé. Moi, c’est dans mon bain, je suis certaine que personne ne va venir me déranger. Je regarde le ciel par la fenêtre, ça prend forme dans ma tête et c’est écrit ! Maintenant, les chroniques vont s’arrêter le 31 décembre. Ne pleurez pas. En 2021, on part sur de nouvelles bases. Je commençais à me répéter. Même s’il se passe vraiment tous les jours des trucs incroyables, toutes les premières fois ont déjà un peu eu lieu : la première fois où on est retournée au théâtre, au café, au musée, au ciné…

Tout ce qu’on lit s’est réellement produit ?

Absolument tout ce que j’ai écrit est vrai. Je sais que ça fait peur parfois ! Je change les prénoms mais la moindre de ces histoires est arrivée à quelqu’un, y compris les plus bizarres comme celle de la lavette recyclée en masque, ou celle de cette fille au supermarché qui avait scotché ses lunettes sur son visage pour se préserver du danger d’un éventuel filet d’air contaminé… Je mets évidemment à part celles où mon chien, ma 2CV, mon sac à main m’ont parlé ! Quoiqu’en y réfléchissant… J’ai eu beaucoup de réactions qui montrent que les gens ont osé rire du covid à tout âge. Il y a une forme de politesse du désespoir dans ces chroniques.

Tu as le sentiment d’avoir réussi à créer un style attachant et inimitable pour ces chroniques ?

Je n’ai pas cherché à le faire. C’est écrit à la Huon. J’ai constaté que celles qui fonctionnaient le mieux sont les plus écrites, celles où je délire le plus, où j’ose aller le plus loin. Celles qui partent vraiment en cacahuètes, en sucettes, en couilles : je laisse le lecteur choisir le mot le plus adéquat ! Ce sont les histoires où l’on entre dans ma tête sans guillemets, sans italiques. Même si je n’écris jamais à la première personne. Le journal m’a laissé toute liberté et j’ai parfois choisi d’éviter les sujets trop polémiques.

Tu as réalisé tous les dessins d’illustration des textes toi-même ?

J’ai toujours aimé gribouiller. Mon papa était dessinateur. Les graphistes du Soir qui ont réalisé la maquette du livre, Pascale et Isabelle, avaient vu mes petits Instagram pendant le confinement et le déconfinement. Je n’ai pas fait d’école d’art mais sur Instagram, le dessin fonctionne à l’émotion. Je croquais au bic des trucs sans prétention mais qui collaient bien aux chroniques. Dans le livre, il y a donc de mes petits crobards qui se baladent partout, parfois même en grand sur une double page. Certains ont été créés pendant #Inktober, ce challenge sur Instagram où, pendant tout le mois d’octobre, tu dois poster un dessin par jour. J’ai ajouté un coronavirus et un pangolin tout neufs, une taupe aussi. Je n’ai pas beaucoup dormi en novembre !

«Il s’est passé un truc incroyable», Julie Huon, Le Soir, 128pages, 12euros.
«Il s’est passé un truc incroyable», Julie Huon, Le Soir, 128pages, 12euros.

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