Carte blanche: «Le Mexique doit être soutenu dans son combat contre les armes à feu»

Les autorités mexicaines saisissent (et détruisent) un nombre de plus en plus élevées d’armes à feu qui passent clandestinement leurs frontières.
Les autorités mexicaines saisissent (et détruisent) un nombre de plus en plus élevées d’armes à feu qui passent clandestinement leurs frontières. - Reuters.

Depuis l’expiration de l’interdiction fédérale des armes d’assaut (Federal Assault Weapons Ban – AWB) en 2004 aux États-Unis, un flux croissant d’armes à feu, y compris des armes semi-automatiques, circule librement sur son marché, avec un impact direct sur le Mexique, son voisin de la frontière sud. Depuis cette date, le Mexique a connu une augmentation extraordinaire des crimes, non seulement des homicides et de la violence armée, mais aussi des trafics illicites et différents types d’extorsions.

En 2018, le Center for American Progress a identifié qu’entre 230.000 et 280.000 armes entrent illégalement chaque année au Mexique, soit plus de 600 par jour. Mis en perspective, des sources officielles estiment que 2,5 à 3 millions d’armes sont entrées illégalement au Mexique au cours de la dernière décennie. Seules 332.689 d’entre elles ont été saisies à des gangs criminels ou récupérées dans le cadre de programmes sociaux. Avec plus de 3.000 km de frontière terrestre entre les États-Unis et le Mexique et des traversées quotidiennes de plus de 25.000 personnes, arrêter ce flux illicite est une tâche très difficile.

Le crime organisé peu désarmé

Malheureusement, le crime organisé s’est facilement adapté aux restrictions imposées dans le cadre de l’épidémie Covid-19. Selon une étude de Latinus, plus de 12 millions d’armes à feu ont été achetées au cours des 12 derniers mois, soit une augmentation de 134 % des ventes, incluant le dark web, ou via des tunnels, des véhicules sans pilote et des drones.

Selon diverses études, les États-Unis comptent 5 fois plus d’armes que l’Inde et 8 fois plus que la Chine. Sur 10 citoyens américains, 4 posséderaient au moins une arme à feu, soit 393 millions d’armes légères et de petit calibre. Ces armes représentent 46 % de toutes les armes légères et de petit calibre dans le monde. Les USA accueillent également 46 des principaux producteurs d’armes à feu et exportent 33 % du total des exportations mondiales.

30 % des armes saisies au Mexique sont européennes

Les fabricants d’armes à feu européens ont pris note de cet énorme marché aux réglementations souples et ont établi des usines ou accordé des licences ; tandis que d’autres exportent régulièrement des armes à feu, des pièces, composants et munitions vers des armureries américaines qui les vendent au grand public.

Les estimations officielles des cinq dernières années montrent que 30 % des armes à feu saisies au Mexique étaient européennes, principalement introduites via les États-Unis, provenant de six producteurs : Espagne, Italie, Roumanie, Autriche, Allemagne et Belgique, dans cet ordre.

Une puissance de feu

Malheureusement, cette puissance de feu a alimenté les principaux gangs criminels. Plusieurs incidents récents démontrent la grande capacité de nuisance de ces armes à feu, comme le crime de haine massif à El Paso, au Texas, commis en août 2019 avec un fusil semi-automatique roumain causant 23 morts et 23 autres blessés ; le suicide d’un garçon de 11 ans dans une école de Torreón, en janvier dernier après avoir tué un enseignant et blessé plusieurs élèves ; et une embuscade ratée en juin dernier sur le Ministre de la Sécurité à Mexico, où 34 fusils de calibre.50 – capables d’abattre un hélicoptère –, 5 fusils barrets, des grenades et plus de 400 tirs ont été tirés en quelques secondes.

Le Gouvernement mexicain a défini comme une priorité d’arrêter ces flux illicites, d’où qu’ils viennent, et de contrer la puissance de feu des bandes criminelles et leur impact mortel sur la société.

Des pourparlers en cours

Cette question a été abordée dans les conversations entre le président mexicain Andrés Manuel López Obrador et le président Donald Trump en juillet dernier. Le Mexique a également encouragé, dans le cadre de la Convention contre la criminalité transnationale organisée de l’ONU, à renforcer l’analyse des risques et du contrôle des licences, le suivi des munitions, la réglementation des armes et composants imprimés en 3D, ainsi que de leur trafic illicite via les services postaux et le dark web.

Avec les pays européens, plusieurs initiatives sont soulevées bilatéralement, avec pour résultat que l’Office fédéral allemand de contrôle des exportations (BAFA) a demandé à l’entreprise SIG Sauer de se conformer aux art. 7 et 8 du Traité sur le commerce des armes (TCA) de l’ONU. Le programme CoArms a également été étendu par l’Allemagne et la France aux Caraïbes afin de récupérer les armes à feu des mains des civils, et le renforcement d’autres programmes de coopération de l’UE dans la région, comme le PAcCTO qui a pour objectif de renforcer les capacités nationales.

Appel aux gouvernements européens

Le 3e Dialogue de haut niveau sur la justice et la sécurité entre le Mexique et l’Union européenne, prévu pour le début de l’année 2021, offrira aux autorités européennes et mexicaines l’occasion de conclure des accords communs, notamment pour la surveillance des détournements d’armes à feu vers le crime organisé.

Mais le soutien des gouvernements européens et de leurs industries d’armes à feu constitue certainement un premier pas, afin que ces armes ne finissent pas entre de mauvaises mains, avec un engagement fort en faveur de la défense des droits de l’homme, des réglementations nationales conséquentes et une coordination accrue en matière de sécurité.

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