Mode d’emploi: relancer l’emploi wallon avec «Tremplin 24 mois +»

«Tremplin 24 mois+» a notamment pour objectif de répondre aux besoins de personnel dans des secteurs comme l’aide aux personnes ou l’accueil de la petite enfance.
«Tremplin 24 mois+» a notamment pour objectif de répondre aux besoins de personnel dans des secteurs comme l’aide aux personnes ou l’accueil de la petite enfance. - Bruno d’Alimonte.

La crise du Covid-19, par sa durée mais aussi son intensité, met à mal de nombreux emplois ainsi que l’accès à ces derniers, en particulier pour les publics fragilisés. Pour relancer l’emploi et surtout protéger les secteurs essentiels, le gouvernement wallon a adopté une série de nouvelles mesures. Parmi celles-ci figure « Tremplin 24 mois + ». Portée par la Vice-Présidente et ministre de l’Emploi, Christie Morreale, cette mesure de relance vise à mettre au travail des chercheurs et chercheuses d’emplois depuis plus de 24 mois dans quatorze secteurs d’activité, où les besoins de main-d’œuvre se sont accentués en raison de la crise du Covid-19. « Son objectif est double : il vise à la fois à insérer des publics fragilisés sur le marché de l’emploi tout en apportant des réponses aux besoins criants de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels tels que les services d’aides aux personnes à domicile, l’accueil de l’enfance, les circuits courts, les petits commerces alimentaires de proximité ou encore le secteur de l’aide alimentaire et de la lutte contre le sans-abrisme », développe la Ministre.

Une mesure complémentaire

Une mesure de soutien saluée par le Forem. « Au fil de la crise, de nombreux secteurs se sont retrouvés en grande difficulté. C’est le cas, par exemple, de l’aide à la jeunesse ou aux personnes âgées, situées aussi en première ligne des secteurs fortement impactés par cette crise sanitaire. La situation de nombreux demandeurs d’emploi s’est également aggravée voire complètement dégradée, les éloignant chaque jour un peu plus de leur entrée sur le marché du travail. C’est donc une bonne chose que de nouvelles mesures d’aide viennent s’ajouter à celles dont nous disposons déjà », estime Claude Frederickx, directeur des aides publiques et incitants financiers au Forem. « Tremplin 24 mois + » sera développé complémentairement aux nombreuses mesures de soutien déjà prises par les autorités pour aider financièrement les entreprises et les institutions ainsi que pour protéger l’emploi des personnes.

Concrètement, une subvention de 1.000 euros par mois pendant 24 mois sera accordée aux employeurs qui, d’ici fin juin, engageront une personne qui remplit un certain nombre de conditions. A cette subvention, viendra s’ajouter une activation des allocations de chômage de 500 € par mois pendant 1 an, 250 € pendant 6 mois et 125 € pendant 6 mois. « D’après les estimations, cette mesure d’aide à l’emploi budgétée à hauteur de plus de 4 millions d’euros devrait permettre à au moins 600 personnes plus fragilisées de décrocher un emploi en 2021. Il s’agit d’un nouvel outil pour relancer l’emploi de ces personnes qui bénéficient très peu des dispositifs d’aides existants, alors qu’elles sont les plus lourdement touchées par la crise sanitaire », précise la ministre Morreale.

Cette mesure entrera en vigueur à la mi-décembre. Le Forem assurera, quant à lui, un accompagnement aux entreprises afin qu’elles puissent effectuer les démarches nécessaires à son obtention. « Nous sommes occupés à mettre en place une page web entièrement dédiée à cette nouvelle aide, elle devrait être très prochainement accessible. Les employeurs pourront y trouver toutes les explications et conditions requises pour pouvoir bénéficier de l’aide “Tremplin 24 mois +”. Un formulaire en ligne y sera également déposé. Nos conseillers seront tout à fait à même d’aiguiller les entreprises ou institutions intéressées et de répondre à leurs éventuelles questions », confie Claude Frederickx.

5 millions de chèques ALE gratuits

Parallèlement à cette nouvelle mesure, 5 millions de chèques ALE gratuits seront mis à disposition des établissements pour aînés, des structures d’hébergement pour personnes handicapées et de santé mentale. La mise en circulation de ceux-ci sera destinée à aider ces établissements à engager des aides ménagères et du personnel logistique supplémentaires. Ces chèques serviront également à soutenir les institutions et le personnel dans diverses tâches telles que la distribution des repas, les activités au profit des résidents, le nettoyage accru, l’application des mesures d’hygiène et de désinfection des lieux, l’aide aux équipes (para)médicales dans la préparation du matériel, l’aide logistique liée à l’aménagement des lieux ou encore la gestion des stocks.

formation continue: trois leviers d’action

Pa.Ml

Parmi les aides et incitants à la formation continue des travailleurs, le congé-éducation constitue la mesure à laquelle le Forem consacre la plus grosse part budgétaire. En 2019, 23.476.683 euros ont été déboursés pour dispenser 1.102.191 heures de formation à pas moins de 16.277 travailleurs bénéficiaires. « 2.281 entreprises ont utilisé ce levier de formation l’an dernier. Le congé-éducation est un droit octroyé aux travailleurs de s’absenter de leur travail, tout en conservant leur rémunération, pour suivre des formations reconnues. Ces formations ne doivent pas nécessairement avoir un lien avec l’activité professionnelle du travailleur. Le nombre d’heures octroyées varie de 80 heures à 120 heures par année scolaire selon le ou les types de formations suivies. Ce nombre peut atteindre 180 heures pour assister à une formation menant au CESS, à une formation de base ou à un métier en pénurie », précise Claude Frederickx, directeur des aides publiques et incitants financiers au Forem.

Au volet formation, on retrouve également le chèque formation, un système mis en place par la Région wallonne pour stimuler la formation dans les PME et chez les indépendants. « Les formations visées ont un caractère généraliste et transférable visant l’augmentation des compétences et les capacités des travailleurs. Un chèque-formation correspond à une heure de formation pour un travailleur. Sa valeur est fixée à 30 euros comprenant une intervention publique de 15 euros par heure. Des déclinaisons du chèque formation existent en chèque formation langues et chèque formation éco-climat », détaille Claude Frederickx.

Le crédit-adaptation constitue le dernier levier de formation disponible. Il a pour objectif de soutenir financièrement les actions de formation spécifiques que les entreprises organisent pour leurs travailleurs dans le but de les maintenir à niveau ou de développer leurs compétences. « La formation peut, par exemple, viser l’adaptation à un nouveau poste de travail, l’utilisation d’un nouvel outil ou encore la mise en place de système de management de la qualité Les entreprises peuvent ainsi obtenir une intervention forfaitaire horaire par travailleur allant de 9 euros pour les PME, à 6 euros pour les autres entreprises », étaye le directeur des aides publiques et incitants financiers au Forem.

Mode d’emploi - Ces aides et incitants financiers qui stimulent l’emploi wallon

Par Pa.Ml

Cindy Ferlisi, conseillère entreprises au Forem (à g.), accompagne les employeurs qui sollicitent des aides financières particulièrement précieuses dans la période actuelle.
Cindy Ferlisi, conseillère entreprises au Forem (à g.), accompagne les employeurs qui sollicitent des aides financières particulièrement précieuses dans la période actuelle. - Forem

Laurie Spilette est à la tête de l’entreprise VDD Industrie, un atelier d’usinage spécialisé dans la fabrication de pièces mécaniques sur mesure, situé à Gosselies. Embaucher du personnel, était il y a peu encore un véritable casse-tête pour cette gérante : « Notre entreprise exige des métiers bien précis, particulièrement celui de tourneur-fraiseur. A plusieurs reprises, j’ai tenté de recruter des ouvriers, cela s’est à chaque fois soldé par un échec. À ce poste, outre la maîtrise technique, on doit être capable de lire des plans, d’utiliser des programmes. Bien souvent, ces profils vraiment qualifiés sont en pénurie. Quand j’ai fait le calcul de ce que cela me coûtait en termes de charges pour engager un ouvrier qui, au final, n’était pas qualifié, j’ai changé de méthode », confie-t-elle.

La solution, elle l’a trouvée il y a deux ans auprès du Forem et d’une conseillère entreprises. Résultat : elle parvient à recruter cinq ouvriers dont deux font aujourd’hui toujours partie de son personnel. « Je savais que des avantages existaient mais je ne savais pas où trouver les informations. J’ai donc décidé de m’adresser au Forem. Ma conseillère m’a orienté vers un Plan Formation-Insertion (PFI) et la subvention Sesam. Le premier m’a permis de réduire mes charges salariales tout en me permettant d’avoir le temps de former la personne pour qu’elle corresponde à nos attentes une fois engagée. La seconde représente un gros avantage financier puisque qu’elle me permet de recevoir une compensation financière de manière trimestrielle. L’accompagnement du Forem, tout comme ces aides, sont aujourd’hui très précieuses pour les entreprises, surtout dans le contexte actuel », explique Laurie Spilette.

2 milliards de financement

Sur les 2,5 milliards d’euros du budget total du Forem en 2020, pas moins de deux milliards ont été consacrés au financement de ces aides. 32 conseillers spécialisés dans les aides publiques et les incitants financiers, auxquels s’ajoutent également 279 conseillers entreprises accompagnent, quant à eux, les employeurs dans leurs démarches. « On effectue d’abord une analyse de la société pour voir de quels montages financiers ils peuvent bénéficier. Les aides peuvent concerner l’emploi ou la formation mais varient également en fonction du profil de l’entreprise, si elle appartient au secteur marchand ou non marchand par exemple. On regarde s’ils rentrent dans les conditions tout en les mettant en garde sur ce qu’ils doivent respecter sur le long terme pour ne pas avoir de surprise », développe Cindy Ferlisi conseillère entreprises au Forem.

Parmi les aides à l’emploi les plus plébiscitées figure la fameuse subvention Sesam, une aide répondant à un objectif de croissance de l’emploi d’une entreprise. Elle permet, en effet, aux petites et moyennes entreprises de développer leurs activités par l’octroi d’un incitant financier d’une durée maximale de 3 ans lors de l’embauche de personnel supplémentaire.

Plus de 7.000 travailleurs bénéficiaires

En 2019, 6.887 entreprises ont sollicité cette subvention pour un total de 7.379 travailleurs bénéficiaires. « Cette aide est réservée au secteur non marchand. Elle cible les indépendants et PME de moins de 50 travailleurs. Pour pouvoir y prétendre, le travailleur que l’entreprise prévoit d’engager doit être inscrit comme demandeur d’emploi auprès du Forem à la veille du contrat de travail financé par le dispositif Sesam. La subvention est alors octroyée de manière dégressive sur trois ans à raison de 10.508 euros la première année, 7.881 euros la deuxième et 5.255 euros la troisième », détaille Cindy Ferlisi. Pour peu que le travailleur engagé corresponde à des critères complémentaires, une majoration de 2.675 euros par an peut également être octroyée à l’employeur. C’est notamment le cas si le travailleur est un demandeur d’emploi de moins de 25 ans ou de 55 ans et plus, mais aussi s’il n’est pas titulaire d’un certificat de l’enseignement secondaire du 2e degré (CESI). Un travailleur enregistré à l’Aviq et ayant fait l’objet d’une décision d’intervention de sa part permet également à l’employeur de prétendre à cette majoration. Parmi les leviers poursuivant l’objectif de sortir le demandeur d’emploi de sa situation, on notera également l’existence d’Impulsion -25 ans et Impulsion 12 mois +. Ces deux aides correspondent à des allocations de travail octroyées respectivement à des jeunes demandeurs d’emploi de moins de 25 ans moins qualifiés et aux demandeurs d’emploi inoccupés depuis au moins 12 mois.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Mode d'emploi