«Electeur recherche politicien courageux pour changer d’avenir»

«Electeur recherche politicien courageux pour changer d’avenir»

Depuis longtemps une « simple » question se pose : est-ce que l’économie est au service de l’homme ou est-ce plutôt le contraire ? Le cap gardé sur l’économie par nos dirigeants politiques, malgré le décrochage entre les indicateurs économiques et les indicateurs de bien-être des personnes, permet d’apporter du grain à moudre à cette question même si la réponse est sans doute plus complexe. La dualisation croissante de la société depuis plus de 40 ans entre une élite de plus en plus petite et le reste de la population donne l’opportunité d’aller plus loin dans cette réflexion. Cette tendance s’intensifie. L’économie met donc une part de plus en plus large de la population au service d’une élite. Comment cela va-t-il se terminer ? Mal sans doute, en tout cas dans la trajectoire actuelle.

Comment en est-on arrivé là ? Le principe de base liant profitabilité des entreprises et bien-être collectif a atteint ses limites dans sa forme actuelle. Du fait d’une compétition sans précédent dans des marchés saturés, la pression sur les marges et les faibles perspectives de croissance font que l’augmentation unique du chiffre d’affaires ne permet plus une croissance des bénéfices à 2 chiffres telle qu’habituellement voulue par les actionnaires des entreprises. Cette croissance ne peut donc dorénavant être approchée qu’en contractant les coûts. Ces coûts sont habituellement principalement liés à des frais de personnel. C’est donc pour cela que les grandes entreprises, bonnes ou mauvaises années, se séparent d’une partie de leur personnel. Le travail effectué par ces personnes ne disparaît cependant pas pour autant. Ce travail est repris parfois par des machines, parfois par de nouveaux collègues moins bien payés ou par des collègues reprenant ce travail en sus de leur travail existant. Ce contexte perdurant, il n’est pas étonnant d’aboutir à une paupérisation de la société avec une part de plus en plus grande de personnes au chômage, des travailleurs en situation de précarité (une bonne partie des gilets jaunes) et des travailleurs surmenés susceptibles de développer des dépressions.

Comment pourrait-on s’en sortir ? Pour retrouver un lien étroit entre profitabilité de l’entreprise et bien-être collectif, un changement de cap s’impose. Ce cap nécessite de repenser le rôle de l’entreprise dans notre société. Les entreprises sont guidées par le profit, il faudrait donc faire en sorte que ce soit profitable pour elles de contribuer à une société plus durable. Comment ? Je proposerais de le faire en modulant les flux financiers/non financiers entrants (aide première embauche…) et sortants (impôt des sociétés, cotisations patronales…) selon la contribution de l’entreprise à une société plus durable. Une entreprise qui ne désire pas changer peut rester tel quel mais contribuera d’avantage à la collectivité par son argent, tandis qu’une entreprise qui joue le jeu bénéficiera de conditions plus favorables sur ces flux selon son niveau d’engagement. Dans ce changement, un impôt tel que les cotisations patronales serait en voie de disparition : en effet, pourquoi financer les prestations sociales uniquement par les entreprises qui continuent à employer des personnes ?

Les critères seraient à définir avec des aspects humains (notamment niveau d’emploi et qualité de celui-ci), de respect de la nature, de durabilité des produits/services offerts et financiers (notamment la limitation des dividendes). Cela pourrait conduire à la création d’un score sociétal de l’entreprise qui pourrait être utilisé tant pour la modulation des flux financiers que, par exemple, pour l’attractivité de cette entreprise pour des employés potentiels (« venez chez moi, l’humain et la nature n’est pas juste quelque chose que j’exploite »). Cette idée de score sociétal est inspirée du score social en Chine mais pour une tout autre fin. Il me semble en effet plus juste de monitorer des constructions humaines que les humains eux-mêmes. Pour les relations entre états, le même système de score sociétal pourrait être également mis en place pour favoriser les échanges entre pays partageant les mêmes types de valeurs.

Comment le mettre en place ? Mettre en place ce nouveau système n’est pas simple. S’il est cependant possible de donner une valeur économique pour l’entreprise, ne serait-il pas également possible de lui attribuer une valeur pour sa contribution à la société ? La technologie pourrait nous y aider à ce sujet. Il nécessiterait sans doute une période de transition et des moyens humains conséquents pour y parvenir et donc aussi créer de l’emploi. Nul doute qu’une résistance inouïe de la part de quelques nantis accompagnés de nouveaux experts en évasion sociétale serait également à l’œuvre pour empêcher de changer le cap actuel. Il est cependant temps que le politique propose une transition crédible avant que l’humanité s’effondre dans un système féodal et totalitaire. Ce sera ensuite à chacun à voter.

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