«Rappelons nos valeurs et refusons l’Europe forteresse»

«Rappelons nos valeurs et refusons l’Europe forteresse»

Compte tenu des enjeux cruciaux de certains dossiers, et alors que se tiennent d’importantes rencontres européennes, j’entends rappeler que le contexte sanitaire et la peur qu’il suscite ne sauraient nous faire oublier nos valeurs, principes et engagements.

Quatre thématiques appellent, de notre part, une position claire : l’Union européenne y joue son avenir et sa cohésion. Or, je constate que le sens de l’humain et l’esprit de solidarité sont en train de se déliter. Je m’en inquiète, car nous avons plus que jamais besoin, et de l’un, et de l’autre. Il ne saurait y avoir de prospérité juste et durable, ni même de paix, sans respect de nos valeurs fondatrices.

1. L’accessibilité des vaccins. À l’heure où les firmes pharmaceutiques annoncent, les unes après les autres, l’arrivée de leur vaccin anti-Covid-19, nous devons savoir ce que fera l’Europe pour rendre ceux-ci accessibles à tous – y compris aux pays les plus pauvres, en Afrique et ailleurs. Ces vaccins, ces traitements, doivent pouvoir profiter aux hommes et aux femmes du monde entier sans nulle distinction de fortune. Dans le sillage de l’appel lancé par Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, des positions solidaires ont été défendues lors du dernier G20. Depuis lors, celles-ci ont été appuyées par le Premier Ministre Alexander De Croo et la Ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès au Parlement fédéral, ainsi que par le Haut représentant et Vice-Président de la Commission européenne, Josep Borrell. À présent, il faut passer de la parole aux actes. Comment l’Union européenne compte-t-elle faire pour honorer ses engagements en la matière ? Comment la Belgique va-t-elle y contribuer et participer à l’effort de solidarité ? Il faut des actes et pas seulement des discours !

2. Une Europe plus forteresse que jamais. Le nouveau « Pacte migratoire » a été présenté par la Commission européenne. Ce Pacte est très largement en contradiction avec nos valeurs, nos principes, de même qu’avec l’Histoire de l’Europe. On passe à une migration « à la carte » : on choisit ses migrants en fonction de leurs talents et de leurs mérites. La dimension de solidarité est absente. Disons-le : l’eldorado européen, l’Europe terre d’asile, c’est fini ! Il sera désormais beaucoup plus difficile d’entrer en Europe – notamment pour y trouver refuge, s’y former, s’y construire un avenir. Bien plus que par le passé, c’est l’idée d’une Europe forteresse, repliée sur elle-même, qui prévaut. Est-ce l’Europe que nous voulons ?

Quatre points nourrissent mes très vives inquiétudes :

- La mise en place d’une politique de filtrage : les contrôles seront dorénavant effectués avant les frontières européennes pour dissuader un maximum les candidats à l’exil.

- L’accent mis, d’une part, sur le retour des migrants refoulés dans leur pays d’origine, avec l’appui direct de ceux-ci, d’autre part sur la possibilité renforcée, pour les États les moins solidaires, de payer (sur le principe du pollueur-payeur) leur refus d’accueillir des migrants.

- Le principe de sélection des migrants distinguant les « bons » migrants qui répondent aux besoins et attentes des États européens et les autres… qui n’ont plus aucune chance de rentrer légalement en Europe.

- L’absence de travail avec les pays d’origine des migrants pour identifier les causes du départ et renforcer les partenariats – sur le plan économique en particulier. En d’autres termes le volet « asile et migration » ignore complètement le volet « partenariat et développement ».

3. Fonds européens et plan de relance économique. Les États membres doivent transmettre à la Commission européenne la version finale de leur plan de relance pour la fin du mois d’avril 2021. Où en est la Belgique ? Qu’en sera-t-il de la répartition des fonds entre les Régions ? Par ailleurs, la Pologne et la Hongrie s’opposent au mécanisme permettant de suspendre les fonds européens en cas d’atteinte à l’État de droit, et ont dès lors mis leur veto au plan de relance de 750 milliards d’euros. Comment faire pour empêcher ce chantage inacceptable ? Quelle position la Belgique entend-elle tenir face au veto de ces deux pays ? Impossible de le nier : c’est ici que se joue une grande part de l’avenir de l’Union européenne – dans la cohérence à ses valeurs et dans la promotion de l’État de droit.

4. Politique agricole commune. La Commission européenne prépare une nouvelle PAC, mais la concertation semble faire largement défaut. En effet, les fermes familiales, les petits agriculteurs sont, une fois de plus, les grands oubliés du projet – au bénéfice exclusif des multinationales agroalimentaires. Force est de constater que le clivage entre les villes et les campagnes ne cesse de se creuser. Or, cette politique agricole de l’Union européenne va contribuer à le renforcer de plus belle. Les conséquences s’annoncent lourdes sur le plan tant social que politique. En effet, n’ignorons pas combien le déséquilibre villes-campagnes a joué un rôle majeur dans la victoire du BREXIT ou encore dans la première élection de Donald Trump – et même lors du dernier scrutin présidentiel aux États-Unis. Accentuer ce déséquilibre, qu’on le veuille ou non, c’est faire le jeu des populistes et de tous les extrêmes ; c’est accroitre les tensions et le sentiment d’exclusion ; c’est saper les bases d’une société cohérente et équilibrée.

Il est urgent de défendre nos valeurs fondatrices. Il en va de notre cohérence et de l’avenir de l’Europe.

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