«Au-delà du Brexit: les pouvoirs locaux doivent jeter des ponts pour protéger les communautés et les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne»

«Au-delà du Brexit: les pouvoirs locaux doivent jeter des ponts pour protéger les communautés et les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne»

Au Royaume-Uni comme dans l’Union européenne, les collectivités locales et régionales se préparent à vivre des fêtes de Noël et de nouvel an inédites. En temps normal, nos services publics sont très sollicités dans le cadre de ces festivités, mais cette année nous gérons aussi la crise du coronavirus. Le Brexit s’ajoute à ce mélange explosif. À quelques semaines seulement de la fin de la période de transition, l’espoir de parvenir à un accord commercial complet existe mais reste mince. De nombreuses communautés risquent de subir des retombées et perturbations importantes, la question étant de savoir laquelle sera la plus durement touchée, quand et de quelle manière nous pourrons l’aider. Une seule certitude : le retrait du Royaume-Uni de l’Union n’empêchera pas les villes et les régions de s’appuyer sur les quatre décennies de leur partenariat, tant pour atténuer l’impact du Brexit que pour renforcer la coopération dans le but de relever les défis communs.

Il ne faut jamais oublier que les gouvernements britanniques précédents ont contribué à construire l’Union européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui, avec son processus décisionnel démocratique, sa législation, ses fonds et ses programmes. Pourtant, les trois ans et demi de négociations ont été empreints d’un esprit de destruction, plus que de construction, allant jusqu’à des menaces de violation du droit international. Les négociations ont été lentes, laborieuses, dénuées de confiance et davantage motivées par l’idéologie politique que par le pragmatisme économique, laissant aux régions et aux villes la charge d’en assumer les conséquences. Personne ne peut toutefois se permettre un nouvel effondrement des économies régionales, d’autant moins en période de pandémie. Une étude publiée par l’École d’économie et de sciences politiques de Londres (London School of Economics) et l’organisation UK in a Changing Europe (le Royaume-Uni dans une Europe en mutation) prévoit qu’un Brexit sans accord pourrait avoir des effets trois fois plus importants que la pandémie sur l’économie britannique.

Une étude du Comité européen des régions a quant à elle montré que les régions des désormais 27 États membres seront touchées de manière très variable. Il y a encore trop d’inconnues, notamment au sujet des flux commerciaux, des contrôles aux frontières et de la liberté de circulation des personnes de part et d’autre de la Manche. Au sein de l’Union, certains secteurs seront particulièrement affectés, comme ceux de l’alimentation, des véhicules de transport, des machines et de l’électronique. Quant aux régions tout spécialement exposées aux perturbations commerciales, elles s’étendent sur l’ensemble du continent, des régions d’Irlande jusqu’en Bulgarie, en passant par la Wallonie ou la Flandre. Et les régions les plus vulnérables se trouvent naturellement au Royaume-Uni et notamment Londres, même si c’est dans une moindre mesure. Les gouvernements britannique et européens doivent impérativement évaluer en permanence l’impact régional et offrir un soutien financier aux régions impactées.

Le nouvel accord nous indiquera uniquement les éléments sur lesquels les deux parties peuvent s’accorder à ce jour, sous la pression d’une catastrophe économique plus importante que la pandémie. Il nous fournira relativement peu d’informations sur l’avenir à moyen et à long terme. Que pouvons-nous faire ? Notre qualité de dirigeants politiques des villes et des régions nous impose de nous poser la question sans relâche. Et lorsque, comme aujourd’hui, ceux qui occupent la première place de notre système politique sont défaillants ou rencontrent des difficultés, il devient encore plus important que les responsables politiques aux niveaux régional et local tentent d’améliorer la situation en partant de la base.

Qu’il s’agisse de soutenir le tourisme ou de s’unir pour lutter contre le changement climatique, de trouver des solutions pour maintenir le flux des échanges commerciaux par-delà les frontières ou de la question migratoire, les pouvoirs locaux et régionaux doivent continuer à travailler ensemble pour construire des communautés résilientes durables. Le Brexit aura des conséquences pour toutes nos régions et nos villes qui doivent toujours œuvrer conjointement, mettre en commun leurs compétences et se tourner vers l’avenir. A cette fin, les régions et les villes de l’UE et du Royaume-Uni ont récemment créé un groupe de contact destiné à déterminer la manière dont nous prévoyons de maintenir une coopération étroite.

Le Brexit a toujours été envisagé comme un processus, et non un changement instantané. Même lorsqu’un point final aura été mis à la phase actuellement en cours, il faudra encore de nombreuses années pour établir de nouvelles frontières, pour comprendre les implications de cette séparation et de ses conséquences pour nous et nos communautés. Les villes et les régions du Royaume-Uni et de l’Union européenne devront travailler main dans la main pour trouver les moyens de faciliter le processus et d’en atténuer l’impact sur nos communautés respectives. Le Brexit ne doit pas entraver les efforts que nous déployons pour coopérer sur des questions qui revêtent une importance mutuelle. Nous exhortons les acteurs politiques au Royaume-Uni et de l’UE à agir comme nous le faisons : réfléchir à la manière de nouer des relations ambitieuses qui répondent aux besoins de nos concitoyens et de notre temps. Nous représentons au mieux les intérêts des citoyens par le dialogue, le compromis et le multilatéralisme, et non par un nationalisme replié sur lui-même. C’est dans cet esprit que nous, dirigeants des villes et des régions, sommes déterminés à continuer à travailler ensemble, malgré le Brexit.

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