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Mettre la Terre à l’abri de la faim avec les webtoons d’Iles de Paix

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Clément C Fabre/Kapik/Webtoon Factory

En collaboration avec la Webtoon Factory de Marcinelle, le premier éditeur belge de bande dessinée digitale, nous vous proposons de découvrir gratuitement quatre aventures inédites, inspirées par les actions de l’ONG Iles de Paix en faveur du développement d’une agriculture durable.

Ces « webtoons » semés d’humour, d’action et de science-fiction, sont des outils de sensibilisation d’un genre nouveau aux questions de sécurité alimentaire, d’agroécologie, de bouleversement climatique et d’agriculture familiale

Tout habitant de la Terre a le droit de manger à sa faim sur une planète saine. C’est l’un des préceptes fondateurs de l’Organisation des nations Unies. Pourtant, plus de 690 millions de personnes souffrent aujourd’hui de la faim. La récession économique, accentuée par la crise du coronavirus, a fait augmenter la précarité dans le monde. La majorité des victimes de la malnutrition sont des paysans, trop pauvres pour vivre de ce qu’ils produisent. Une agriculture plus durable peut contribuer à augmenter leurs revenus et leur niveau de vie.

C’est le pari de l’agroécologie fait par l’ONG belge Iles de Paix, dont l’action vise à soutenir les projets de cultures écologiques pour accroître l’autonomie alimentaire et financière des petits paysans. En Belgique comme en Afrique ou en Amérique du Sud, il s’agit de favoriser les initiatives de production locale et de diversification des cultures, afin de se prémunir des aléas climatiques comme des fluctuations de prix sur le marché mondial des denrées alimentaires.

La Webtoon Factory, une petite structure 100% belge

Entretien

Eloi Morterol est éditeur de séries chez Webtoon Factory. Il nous dévoile les mystères de cet art nouveau de la bande dessinée digitale, né en Corée, que la Belgique cherche, sans complexe, à réinventer.

Comment est née la Webtoon Factory de Marcinelle?

La société a été créée fin 2018 par Dupuis, la maison d’édition du journal Spirou. C’est une petite structure 100% belge, la première à s’être lancée dans la création de bande dessinée digitale en Europe. Les deux premiers auteurs à nous avoir rejoints dans l’aventure des webtoons sont Rours, le créateur des monstres de Bouhland , et Pierre Dheur, le bâtisseur du monde apocalyptique de Sexrunner . Depuis, la plupart des artistes qui publient chez nous sont français ou belges. Tous sont européens mais, à l’origine, les webtoons sont une spécialité coréenne. Le géant du secteur, Webtoon, est d’ailleurs coréen et vient de produire, en 2020, quelques séries avec des créateurs français, même si la majorité des titres de son catalogue restent évidemment coréens. Ils éditent des centaines de séries de webtoons, principalement des romances, avec une force de frappe commerciale démentielle. Nous n’employons encore que quatre personnes à plein-temps chez Webtoon Factory: un éditeur, un gestionnaire de projets, un expert en métadonnées (parce qu’il y en a un paquet derrière les webtoons) et un spécialiste en marketing et communication.

Le webtoon est-il un produit artistique de haute technologie?

Non, il suffit d’être un peu débrouillard. Les artistes travaillent chez eux, à la maison. L’idéal est évidemment de posséder une tablette graphique mais on peut déjà concevoir un webtoon avec des modèles de base à 200 euros. Certains auteurs préfèrent malgré tout le papier. C’est rarissime mais c’est jouable: on scanne les bandes de dessins pour les monter chez nous. En ce qui concerne les logiciels de création, il existe aujourd’hui une mise à jour de Studio Paint spécialement destinée aux créateurs de webtoons. C’est extrêmement convivial et très pratique pour envoyer le produit fini aux éditeurs. Sinon, ça marche aussi avec Photoshop. Au bout de la chaîne de production, à Marcinelle, nous avons, par contre, de puissants serveurs destinés à l’optimisation des fichiers.

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François Grenade (Iles de Paix): «Tout habitant de la planète a le droit d’être à l’abri de la faim»

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François Grenade est chargé de recherche et de plaidoyer chez Iles de Paix. Parmi les actions principales de l’ONG belge, il cite, en exergue, l’accompagnement de la transformation des systèmes alimentaires vers une agriculture plus durable.

« L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation, la FAO, souligne qu’il faut transformer nos systèmes alimentaires si l’on veut être en mesure de nourrir tous les êtres humains », explique-t-il. « Le problème de la faim dans le monde n’a cessé d’augmenter depuis cinq ans et la pandémie de coronavirus a encore aggravé la situation. Plus de 130 millions de personnes supplémentaires souffrent aujourd’hui de sous-alimentation à cause du covid. Ce n’est pas dû aux mauvaises récoltes ni à des stocks de nourriture insuffisants mais à la récession économique, qui a fait basculer davantage de personnes dans la précarité. »

Insupportablement, la majorité de ceux qui ne mangent pas à leur faim sont aujourd’hui des producteurs agricoles, des paysans pauvres, incapables de vivre de ce qu’ils produisent. L’agriculture durable entend contribuer à augmenter leurs revenus et leur niveau de vie. En favorisant les cultures écologiques et les systèmes régénératifs, elle peut permettre de réduire les dépenses en fertilisants, en pesticides, et d’accroître leur autonomie à la fois financière et alimentaire. L’agroécologie favorise la production locale, en même temps que sa diversification pour se prémunir des fluctuations de prix sur le marché mondial et des aléas climatiques.

« Iles de Paix soutient les producteurs locaux en encourageant, par exemple, l’utilisation de semences paysannes pour réduire la dépendance aux multinationales des semences et des pesticides », souligne François Grenade. « Nous sensibilisons aussi les responsables de la coopération au développement et les pouvoirs politiques locaux aux plus-values apportées par les techniques d’agroécologie dans le but de créer une spirale positive dans les systèmes alimentaires au niveau mondial. Tout habitant de la planète a le droit d’être à l’abri de la faim mais on ne pourra atteindre cet objectif qu’en préservant l’environnement et la biodiversité. L’agriculture durable n’est pas un enjeu pour les générations futures. Nous le vivons au présent : quand on parle avec les agriculteurs du Sahel ou des Andes, ils sont déjà confrontés très directement au changement climatique. »

«Combat de carottes» pour un système alimentaire durable

Par Daniel Couvreur

Un légume costaud du «Combat de carottes».
Un légume costaud du «Combat de carottes». - Webtoon Factory.

En 2020, le Baromètre des agricultures familiales, publié par Iles de Paix, SOS Faim et Autre Terre, indique que trois milliards de personnes sont trop pauvres pour accéder à une alimentation saine. Les causes de la faim sont multiples et interdépendantes. Depuis plus de trente ans, on produit suffisamment de nourriture pour nourrir l’ensemble de la population mondiale mais les systèmes politiques et économiques ne permettent pas d’optimiser l’usage des ressources alimentaires. Aujourd’hui, quatre multinationales contrôlent 90% du commerce mondial de céréales et un tiers de la production alimentaire est perdu ou gaspillé chaque année.

Partant de ces constats, l’auteur de bande dessinée digitale Thomas Charmont, a imaginé la parabole d’un Combat de carottes pour symboliser dans un webtoon, les enjeux de la lutte en faveur des systèmes alimentaires durables menée par Iles de Paix. L’ONG belge soutient la petite agriculture familiale qui, malgré le peu de considération dont elle bénéficie, reste largement majoritaire dans le monde. Selon les dernières statistiques internationales disponibles, en 2015, 475 millions de fermes, soit 84% des fermes dans le monde, travaillaient encore sur une surface de moins de deux hectares. Ces fermes d’agriculture familiale produisaient 34 % de la nourriture consommée sur notre planète.

Les chiffres du Baromètre 2020 des agricultures familiales soulignent que le système alimentaire actuel n’est pas à la hauteur des enjeux du XXIe siècle. Il est urgent de le transformer radicalement pour s’engager dans la production d’une alimentation plus durable car la faim est d’abord un problème de pauvreté. En Indonésie, l’huile de palme a, par exemple, été favorisée aux détriments des cultures nourricières pour alimenter le marché des agro-carburants. L’Indonésie est ainsi devenue le premier producteur d’huile de palme dans le monde. La production a été multipliée par dix entre 1990 et 2014, mais 8,3% de la population indonésienne souffre de malnutrition…

Iles de Paix mène des campagnes de soutien à l’agriculture familiale durable au Burkina Faso. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, 86% de la population travaille dans l’agriculture. Pourtant, 20% des habitants souffrent de la faim.

Iles de Paix soutient également des initiatives d’agroécologie au Pérou, où 28% de la population travaille dans l’agriculture. Le gouvernement y encourage les cultures de l’asperge, de la myrtille, de l’avocat, tournées vers l’exportation. En pratique, les subsides octroyés par le gouvernement péruvien bénéficient principalement aux grandes entreprises agricoles, au détriment des petits producteurs locaux. Ce ne sont là que quelques exemples de ce «Combat de carottes» que mène Iles de Paix, face au paradoxe de la faim dans le monde.

Thomas Charmont : «Opposer un légume industriel au produit local d’un agriculteur bio»

Par Daniel Couvreur

Thomas Charmon, auteur de webtoons.
Thomas Charmon, auteur de webtoons. - D.R.

Entretien

Thomas Charmont, le créateur de Combat de Carottes , vit à Paris. Ses héros de jeunesse s’appelaient Sangoku, Yoh Asakura ou Kenshin mais aussi Astérix, Garfield ou Léonard. Il a appris la bande dessinée en autodidacte, avant d’étudier le design graphique et de créer sa première œuvre sur le tas, chez Webtoon Factory, Gigayears Robot . C’est l’histoire d’un robot immortel qui cherche à mettre fin à ses jours. La saison 1 est disponible sur Webtoon Factory et la saison 2 devrait suivre dans le courant de l’année 2021.

Qu’est-ce qui vous a inspiré dans ce projet de webtoon autour de l’action des Iles de Paix ?

Comme beaucoup, j’imagine, je me pose de plus en plus de questions sur ma manière de consommer : quand manger quoi ? Auprès de qui acheter ? Quels sont les impacts sociétaux, environnementaux ou sur la santé ? Pouvoir aborder l’une de ces problématiques, via le webtoon, était une opportunité que je n’aurais pas voulu laisser passer.

Comment est née cette idée de transposer le combat pour une agriculture durable sur un ring de boxe ?

J’ai essayé de me renseigner au maximum sur les différents types d’agriculture et les moyens d’y avoir accès, mais je suis loin d’en maîtriser tous les tenants et les aboutissants. Alors, plutôt que de m’aventurer sur un terrain que je ne connaissais pas suffisamment, j’ai préféré envisager cela de la manière la plus simple qui soit : opposer un légume industriel au produit local d’un agriculteur bio. Le bio, c’est loin d’être une finalité, il y en a du bon et du moins bon, mais il me semblait que c’était une bonne porte d’entrée. Pour imager cette opposition, j’ai opté pour l’anthropomorphisme car c’est un bon moyen, pour le lecteur, de s’identifier. Et puis, comme dit l’expression, « on est ce qu’on mange ». De là est née l’idée d’un combat de boxe de carottes !

La réalisation d’un webtoon obéit à un processus complexe ?

Si je devais dégager une difficulté, ce serait la verticalité de la lecture, qui restreint parfois certaines idées de cadrage. Et en même temps, cette verticalité amène des possibilités qui n’existent pas en BD classique ! Dans l’ensemble, je ne vois pas vraiment les caractéristiques du webtoon comme des difficultés, mais plutôt comme une manière différente d’envisager la narration. C’est de la BD avant tout, mais le lien avec le jeu vidéo et l’animation me semble cohérent. Si on dessine une image, puis qu’on la reprend en ne modifiant qu’un élément de celle-ci, on se rapproche de l’animation. Et on peut voir dans la manière dont le lecteur devient « maître<» du rythme narratif, une certaine parenté avec le jeu vidéo. En BD, le lecteur est contraint de voir l’ensemble des cases d’une double page alors que dans le webtoon, il détermine lui-même la vitesse à laquelle il va prendre connaissance de l’enchaînement des cases.

Les webtoons coréens sont principalement des romances. Peut-on aborder tous les genres, tous les styles chez Webtoon Factory ?

Il suffit de regarder le catalogue de Webtoon Factory pour s’en convaincre. On peut y lire des histoires d’horreur (Rupture), des séries militantes (Satanisme & écoresponsabilité), satiriques (L’impossible Donald), sérieuses (Louise) ou totalement décalées (Whishlist). L’initiative d’Île de Paix et du Soir de faire travailler des auteurs de webtoons sur un sujet aussi important que notre façon de cultiver et de consommer est un bon exemple de cette adaptabilité du format webtoon à une grande variété de propos ! Le format de la série, propre au webtoon, a aussi ceci d’intéressant, qu’il offre une lecture plus fluide en termes de temps d’attente.

Les auteurs de webtoons rêvent-ils de voir, un jour, leurs créations publiées en albums ?

Je pense que c’est un exercice assez difficile car il faut totalement repenser la succession des cases, un simple copier-coller à l’horizontal ne suffisant évidemment pas à retranscrire le rythme tel qu’il a été pensé en vertical. Je ne suis donc pas sûr que cela ait véritablement de sens. Pour autant, et c’est paradoxal, je serais le premier à être heureux de tenir entre mes mains une adaptation papier de mon webtoon !

Est-il possible de faire carrière dans le webtoon ?

Je ne peux parler que de mon expérience personnelle mais, oui, j’arrive à vivre de la création de mon webtoon. Cela demande cependant de ne pas compter ses heures et d’être prêt à travailler jusqu’à très tard le soir ou de ne pas avoir de jours off les week-ends. Une jeune communauté des auteurs de webtoons se développe. Etant donné que c’est un format récent, peut-être encore un peu méconnu, il y a une solidarité et une émulation fortes. Si on peut se donner des conseils ou demander l’avis des autres, on est très content de le faire !

«Combat de carottes» par Thomas Charmont

Par Thomas Charmont

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Combat de Carottes par Thomas Charmont

« On est ce qu’on mange », c’est avec cette idée simple mais essentielle que j’ai décidé d’aborder le sujet du bien manger. Sous les traits de deux athlètes, deux carottes se font face. La première, grosse, brillante et calibrée, provient de la grande distribution tandis que la seconde, issue d’une petite exploitation bio est imparfaite mais meilleure d’un point de vue nutritionnel.

A la manière des films de boxe dans lesquels le héros s’est endurci physiquement et émotionnellement, la carotte bio est pleine de vie intérieure. La carotte industrielle, tel l’antagoniste dénué de tout sentiment, est au contraire une carapace vide.

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