Mode d’emploi: les langues, atout indémodable et de plus en plus incontournable sur le marché de l’emploi

Parler une langue étrangère, c’est une chose. Mais rédiger, c’est plus compliqué.
Parler une langue étrangère, c’est une chose. Mais rédiger, c’est plus compliqué. - DR

C’est une fameuse récompense pour Guillaume François. A la mi-novembre, ce Wallon originaire de la région de Huy a décroché un CDI à Genk, dans une entreprise spécialisée dans le développement de solutions pour la gestion du personnel. A première vue, rien de très original. Sauf que derrière ce contrat, se cache un challenge devant lequel plus d’un francophone aurait probablement fait marche arrière. « Depuis que j’ai intégré l’entreprise début septembre en tant que stagiaire, personne ne m’a adressé la parole ni en anglais, ni en français. C’est du néerlandais non-stop. Je serais parti au Canada, à Rome ou à Berlin, ça revenait au même », s’amuse le jeune homme bientôt trentenaire, désormais installé dans le Limbourg et qui récolte aujourd’hui le fruit de ses efforts. « Mon néerlandais est maintenant parfaitement automatisé, fluide. Je sais parler de ce que je veux à qui je veux à n’importe quel moment ». Un nouvel atout dans ses bagages qui lui a permis de décrocher son fameux contrat et de rajouter une ligne « en or » selon lui, sur son CV.

Mission accomplie pour Guillaume donc et expérience positive de plus pour le programme d’immersion linguistique organisé par le Forem et auquel a participé le jeune homme. Celui-ci permet à des demandeurs d’emploi ou à des étudiants de partir plusieurs semaines en Flandre ou à l’étranger au sein d’écoles de langue ou d’entreprises.

Un critère dans 30 % des offres d’emploi

Cours intensifs, modules de conversation d’affaires, simulations d’entretien d’embauche en anglais ou néerlandais, la multiplication des outils liés à la maîtrise des langues proposés par l’organisme public wallon illustre une réalité décidément indémodable et qui s’amplifie : la nécessité de maîtriser une ou plusieurs langues étrangères pour évoluer sur le marché du travail. « On le voit dans les offres d’emploi, la connaissance des langues fait partie des critères de recrutement. Il reste quelques emplois où on ne parle pas du tout d’autres langues, mais ça devient rare », constate Isabelle Popelier, formatrice anglais et néerlandais au sein du Forem. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil aux petites annonces pour s’en convaincre : sur les 535.000 offres d’emploi diffusées l’année passée par le Forem, plus de 30 % évoquaient la connaissance d’une langue étrangère. Une estimation basse – l’employeur ne mentionne pas toujours dans l’offre les connaissances linguistiques requises – mais aussi moyenne : dans le secteur de la logistique par exemple, 80 % des annonces exigent la connaissance de l’anglais. Mais le constat est général. « Je le répète chaque année, les langues sont grandement importantes car en Belgique, nous avons une économie très ouverte sur l’extérieur. Et ça ne fait que s’accentuer », insiste de son côté Nathalie Mazy, Country Manager au sein du cabinet Mercuri Urval, qui travaille surtout avec des profils élevés.

Un investissement pour toute la carrière

Une carte à jouer lors de la recherche d’emploi d’abord. « Clairement, ceux qui maîtrisent plusieurs langues se placent plus rapidement et plus facilement dans les short list finales. Le marché de l’emploi étant tellement tendu pour le moment, ceux qui sont unilingues mettront plus de temps à trouver ». Mais le bagage est aussi précieux tout au long de la carrière. « A profil égal, dans certains organismes parastataux, on va clairement mettre les collaborateurs dans une autre grille barémique s’ils parlent une langue. Dans le privé, ça se fait très peu. Et jusqu’à un certain niveau de fonction, ne parler que la langue de la région ne pose pas de problème. Mais passer un niveau de responsabilité, si on est dans un groupe international notamment, il va falloir parler l’anglais pour communiquer avec les collègues à l’étranger. On n’a pas forcément d’augmentation de salaire grâce aux compétences linguistiques, mais on a des promotions, des opportunités de carrière. C’est donc un investissement qui vaut la peine pour le développement professionnel », assure Mathieu Gryson, chef de département chez ManpowerGroup.

Le trio gagnant : anglais, allemand, néerlandais

Sur quelle langue tabler ? Tout dépend de la fonction, du secteur d’activité, de sa situation géographique. Mais sans grande surprise, l’anglais, l’allemand et le néerlandais sont systématiquement cités par nos interlocuteurs. « L’anglais est considéré comme quelque chose presque d’acquis, de normal, comme le fait de pouvoir se servir d’un ordinateur », illustre Isabelle Popelier. « Le néerlandais est un vrai atout, l’allemand aussi. Les personnes qui ont le néerlandais ou l’allemand en plus de l’anglais trouvent très très rapidement un emploi ». Et côté niveau ? Pas de panique. Selon une enquête réalisée par le Forem en mai 2020, les entreprises wallonnes n’exigent pas de connaissance approfondie. « Elles utilisent parfois le mot “bilingue” alors qu’un niveau intermédiaire avancé suffira pour décrocher un emploi, voire être fonctionnel dans le job », précise l’organisme wallon. Notre formatrice, elle, observe que les francophones ne se défendent pas si mal sur le terrain. « Pour l’anglais, pas mal de personnes se débrouillent en voyage ou regardent des films en VO. Il y a donc une évolution à l’oral et la compréhension a progressé chez beaucoup de monde. Par contre, rédiger est plus compliqué. Pour le néerlandais, il y a malheureusement un désintérêt par rapport à la langue. Peu de personnes ont un bon niveau. Or les besoins sont présents. Donc c’est là qu’il y a un trou entre la demande des entreprises et les compétences des demandeurs d’emploi. C’est là où il y a du travail ». A bon entendeur…

Dans certains secteurs, un must-have!

Cécile Danjou

Le Forem a relevé quatre catégories professionnelles pour lesquelles les exigences linguistiques sont plus marquées. Dans les services administratifs d’abord, près d’une offre d’emploi sur quatre mentionne au moins une compétence linguistique. Pour l’assistant(e) en direction, le comptable ou le secrétaire spécialisée, le néerlandais reste la première langue demandée avant l’anglais. Les cadres dirigeants, ensuite, n’ont guère le choix : la majorité des employeurs recherchent des candidats bilingues, voire trilingues et la langue la plus souvent renseignée est le néerlandais suivi par l’anglais. La maîtrise de la langue de Shakespeare apparaît comme un préalable indispensable dans les métiers liés à l’informatique. Enfin, les langues ont également une place prépondérante dans le secteur de la vente, plus particulièrement pour les opérateurs call center et les attachés commerciaux. Au niveau géographique, c’est dans le bassin du Brabant wallon que l’exigence des langues est la plus marquée, et particulièrement celle du néerlandais. Le bassin de Verviers arrive en deuxième position : 20 % des offres d’emploi de l’arrondissement verviétois exigent une connaissance de l’allemand. La proximité avec la région germanophone n’y est évidemment pas pour rien.

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