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Carte blanche: La santé mentale et la santé sociale sont aussi primordiales

Carte blanche: La santé mentale et la santé sociale sont aussi primordiales
Photonews.

Aujourd’hui, nous avons décidé de sortir de notre habituelle réserve, parce que ce que nous vivons et observons ne nous laisse pas tranquilles. Pour être francs, cela nous inquiète même. Nous souhaitons rester focalisés sur l’essentiel, ce pourquoi nous n’entrerons pas dans tous les détails que mériteraient pourtant ces propos.

Tout d’abord, loin de nous l’idée de nier la réalité de la présence du coronavirus SARS cov-2. Loin de nous également l’idée de vouloir stigmatiser telle ou telle réaction face à l’inconnu dans lequel cette pandémie nous a projetés.

Par contre, nous sommes inquiets, d’une part, du manque de prise en compte des deux tiers de la définition de la santé que fait l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et, d’autre part, de ce qui se passe en ce moment dans notre société.

En effet, l’OMS définit la santé comme suit : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (1).

A nos yeux, cette définition est limpide. Viser la santé ne doit pas se limiter à l’acception physique de celle-ci. Les composantes mentales et sociales doivent également être prises en compte. En tant que psychologues, et donc professionnels de la santé mentale, nous sommes sensibles à ces deux aspects de la santé. Or, force est de constater que ces deux pôles sont, pour le moins, mis à mal en ce moment par la situation sanitaire que nous subissons et par les mesures prises pour y faire face.

Des effets délétères

Si la santé physique est primordiale à protéger, les deux autres le sont tout autant. L’être humain est un individu complexe et ne peut se résumer uniquement à sa réalité biologique. Il est un être social, aux sentiments complexes, aux besoins individuels, et à la psychologie singulière.

Priver un être humain de travail, de salaire, de relations sociales suffisantes et le maintenir, sans réelle trêve, dans un climat anxiogène ne peut être que délétère à moyen terme.

De plus en plus de professionnels de la santé mentale voient se profiler une vague de troubles mentaux et de crises sociales hors du commun (2).

Nous invitons très sincèrement experts et décideurs à en tenir grandement compte dans les décisions qui seront prises prochainement.

Notre souhait est le suivant : ne réduisez pas l’être humain à son aspect uniquement biologique car il est bien plus complexe que cela. Ne délaissez pas deux tiers de la définition de la santé pour ne protéger qu’un tiers de celle-ci.

Une société qui se polarise

Le second point de notre non-quiétude est sociétal. Nous constatons que notre société belge est en train de se polariser de façon de plus en plus forte. Deux pôles de la population se font face et ne se comprennent plus. Nommons d’un côté le pôle des « tenants de mesures drastiques » pour tenter d’endiguer la progression du virus et de l’autre côté, le pôle des « tenants de ceux qui ne veulent plus ou ne peuvent plus se soumettre à des règles » qu’ils ressentent comme oppressives et liberticides. Certains tentent encore, malgré tout, de faire un pont entre ces deux tendances, mais leurs voix paraissent être de moins en moins entendues.

Les dérapages de ces derniers jours sont les symptômes d’une population poussée à bout. Nous constatons également une fracture grandissante, par exemple, entre « jeunes » et « vieux » (3), ou entre les forces de l’ordre et certains citoyens.

Stop à la sur-responsabilisation du citoyen

Nous ne jetons le blâme sur aucun des protagonistes. Cependant, nous constatons que ce sont là les symptômes d’une société qui va mal, d’un malaise et de mal-être auxquels il faut urgemment s’adresser.

De surcroît, nous nous interrogeons sur le discours tenu par certains de nos responsables politiques, qui brandissent le risque d’une troisième vague comme une punition et tendent à sur-responsabiliser le citoyen, certains encourageant même la délation. Ceci n’a pour conséquence que d’activer la peur, l’angoisse, la suspicion et la culpabilité dans la population, ce qui ne nous apparaît pas être une façon opportune de soutenir celle-ci dans un combat commun.

Enfin, devons-nous sacrifier sur l’autel de la protection de la seule santé physique, la santé mentale et la santé sociale, ainsi que les fondements de la société que sont les relations humaines et l’accès à des ressources sociales décentes ? Il est urgent de se réveiller et d’anticiper l’explosion de la détresse humaine et psycho-sociale de « l’après covid ». A ce niveau, nos responsables peuvent encore tenir toutes leurs promesses !

Nous nous devions moralement de poser la question, sans présumer de la réponse qui y sera apportée.

(1) « Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19 juin-22 juillet 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, nº. 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948 ».

(2)  « La troisième vague du Covid sera mentale : l’alerte des psys » (03/12/2020).

(3) « Certains jeunes n’adhèrent plus : pourquoi confiner tout le monde alors que seuls les plus âgés ou presque en meurent ? » (16/12/2020).

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