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Carte blanche sur les restrictions sanitaires: «La culture est sûre»

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Sylvain Piraux

Nous connaissons tous, dans toute l’Europe et dans le monde entier, l’impact effroyable du covid sur nos sociétés. Nous comprenons la nécessité de protéger les plus fragiles et c’est pour cela que nous interagissons en prenant le plus de précautions possibles. Aucune personne sensée ne remet en question les mesures qui favorisent ce comportement. Aussi, ce plaidoyer n’est-il d’aucune façon une demande d’assouplissement qui pourrait mettre en danger la santé physique de certains d’entre nous.

Il s’agit en revanche d’un plaidoyer pour la culture. Car les êtres humains sont plus que des corps physiques. Les humains ont besoin de bien-être psychique et de réconfort, de beauté et de récits qui les relient. La cultura es segura est le slogan qu’on entend en Espagne. La culture est sûre. Lorsqu’on a demandé au poète espagnol Federico García Lorca ce dont il aurait besoin s’il en venait à avoir faim, il a répondu : « Ne me donnez pas un pain, mais un demi-pain et un livre. » Il avait compris qu’il fallait aussi nourrir son âme.

Une profonde lassitude

Ce n’est pas la première fois dans l’Histoire que les théâtres sont fermés. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des fermetures temporaires. Puis il eut les conséquences des attentats terroristes dans plusieurs villes européennes. Mais cela demeure de grandes exceptions. Il ne faudrait jamais en arriver à considérer cette situation comme normale. Le malaise sociétal que provoque le coronavirus depuis maintenant des mois pèse sur tout un chacun. Les gens ressentent une profonde lassitude et se sentent déprimés, sinon dépressifs. Aucun antidépresseur n’agit mieux que le fait d’être ensemble dans des conditions de sécurité. Eh bien, nous sommes en mesure de l’offrir.

Les efforts pour faire travailler et répéter les équipes en toute sécurité, pour accompagner et canaliser les flux de spectateurs, pour maintenir les distances de sécurité dans les théâtres existent bel et bien. Tous les plans pour faire vivre la culture en toute sécurité sont élaborés. Nous suivons minutieusement les mesures.

La culture est essentielle, partout

La carte culturelle de l’Europe est morcelée : dans certains pays et certaines villes, les théâtres sont ouverts, dans d’autres, ils sont fermés. Sans aucune perspective pour le moment. C’est assez particulier. À Bruxelles, les théâtres modernes sont aussi bien ventilés qu’à Porto. Et la gestion du public à Paris et à Amsterdam est équivalente à celle de Barcelone.

L’approche de la crise du coronavirus diffère d’un pays à l’autre. La culture est toutefois essentielle partout. Cela, nous en sommes tous convaincus. Car aussi préoccupés que nous soyons – à juste titre – de la santé physique de la population, il faut aussi prendre en compte le bien-être psychique.

Colorer le monde

Nous sommes tous liés et connectés les uns aux autres grâce aux réseaux de coopération européens. Between lands, Opéra Europa, Prospero, European Theatre Convention. C’est dans ce contexte que s’inscrit ce plaidoyer.

Nous demandons une concertation à l’échelle européenne et une vision de ce que la culture représente et peut signifier en ces temps particulièrement difficiles et historiques. Nous demandons que ceux qui sont en mesure de travailler en toute sécurité puissent le faire. Nous demandons l’autorisation pour nos professionnels de pouvoir voyager et travailler sans mesures de quarantaine trop restrictives, bien entendu moyennant un testing régulier.

Nous demandons des récits, de la beauté, du réconfort et une perspective. Les protocoles existent. L’expertise pour les mettre en œuvre en toute sécurité aussi.

Chère Europe, aussi difficile que soit la situation, nous sommes prêts pour le travail, en toute sécurité. Il ne faut surtout jamais que nous trouvions « normal » de fermer les théâtres. Aussi, nous demandons que les théâtres soient rouverts et que nous puissions jouer. Nous prendrons soin du public comme nous l’avons toujours fait. Permettez-nous, en ces temps si sombres, dans lesquels nous avons tant besoin d’espoir, de colorer le monde avec l’imagination dont nous avons besoin pour survivre et rester humains.

*Cosignataires : Anne Goalard, directrice de young performing art lovers (France), pour Between Lands (Porto, Athènes, Reims, Barcelona, Valladolid, Bruxelles) ; Chloé Dabert, directrice de la Comédie De Reims-CDN ; Peter De Caluwe, La Monnaie ; Fabrice Murgia, Théâtre national ; Serge Rangoni, Théâtre de Liège, Between lands, Opéra Europa, Prospero, European Theatre Convention ; Milo Rau, NTGent ; Guy Cassiers, Toneelhuis ; Wajdi Mouawad, Théâtre National de la Colline (Paris) ; Giuliano Barbolini, Emilia Romagna Teatro Fondazione (Modène) ; Alfredo Sanzol, Centro Dramático Nacional (Madrid) ; Tiago Rodrigues, Teatro Nacional D Maria II (Lisbonne).

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