Carte blanche: «Pour un plan de relance avec ceux et celles qui font la Wallonie»

Carte blanche: «Pour un plan de relance avec ceux et celles qui font la Wallonie»

Get up Wallonia a été lancé il y a quelques mois. Annoncé comme LE plan de relance wallon, il se base sur une démarche collective présentée comme innovante et capable de mobiliser et de revivifier la Wallonie après la catastrophe du Covid.

Nous sommes ravis qu’un tel travail existe et qu’il se base sur une consultation large. Nous espérons que ce plan est un prolongement de la dynamique installée par ce gouvernement qui offre davantage de perspectives à de nombreux secteurs. Cependant, en tant qu’acteur de l’économie sociale depuis plus de 40 ans, nous sommes en questionnement sur ce processus à deux niveaux, au point de douter sur l’issue de cette consultation.

1. Un plan de relance post-Covid sans analyse des causes de cette catastrophe et de ses effets

Depuis des mois, les analyses se succèdent. Si nous ignorons toujours l’origine du Covid, de nombreux experts pointent le rôle des dérèglements climatiques couplés à un désinvestissement dans la recherche fondamentale dans l’émergence de ce virus. En dehors de cette origine, nous savons depuis plusieurs mois que les coupes budgétaires dans les soins de santé et dans les hôpitaux, les nouvelles politiques de management qui gèrent à la prestation et pressurisent le personnel soignant, le manque de réflexion collective sur la relocalisation de l’économie (difficulté à produire rapidement des masques, dépendance à des entreprises étrangères et centralisées dans quelques pays pour de nombreux produits médicaux et pharmaceutiques…), la marchandisation de la santé et de l’aide aux personnes dépendantes sont quelques-uns des facteurs ayant aggravé la situation.

A côté de ça, les conséquences de la crise ont été amoindries par des politiques de redistribution très actives tout en lâchant du lest sur la conditionnalité. Les services publics et les associations sont en première ligne pour gérer la crise et pour venir en aide à toutes celles et tous ceux qui aujourd’hui encore ont perdu un peu, beaucoup voire tout dans cette crise. Les travailleurs et les travailleuses de première ligne dans les hôpitaux, les maisons de repos, les supermarchés, les crèches, les écoles, les éboueurs, les postiers, le personnel des transports en commun, les entreprises réellement essentielles… souvent sous-payés, avec des horaires décalés, des tâches lourdes et pénibles, ont été notre bouée de sauvetage à tous.

Comment se fait-il que les métiers et fonctions essentielles soient mal payés ? Comment se fait-il que les effets de la crise soient contrés par les structures et les mécanismes d’aides qui sont sous-financés, décriés et critiqués depuis plusieurs décennies ?

Tout plan de relance devrait commencer par répondre à ces questions.

2. Un plan de relance avec les mêmes acteurs

Notre seconde déception réside dans les acteurs. Tout d’abord, le consultant choisi : PricewaterhouseCoopers (PwC). On ne peut qu’être surpris, en entendant les volontés du gouvernement wallon, d’avoir désigné ce consultant qui a été éclaboussé par les révélations de LuxLeaks pour avoir facilité l’évasion fiscale de certains de ses clients et qui est à la commande de tous les gros projets de consultance depuis 40 ans, avec ces 3 autres amis (Deloitte, EY, KPMG). En effet, il est expérimenté, mais avons-nous besoin de ceux qui ont participé à la création des conditions de cette crise ? C’est comme si on voulait relancer les banques après la crise financière de 2008 et qu’on demandait à BNP Paribas Fortis et Deutsche Bank de nous guider.

PwC s’est entouré de consultants extérieurs bruxellois et français, principalement, dont aucun n’a une expertise forte dans sa connaissance du territoire wallon, de l’action sociale ou de l’insertion alors que ces questions sont pointées comme éléments essentiels du plan de relance.

Parallèlement, trois task forces ont été créées autour de trois thématiques : environnement, économie et social. On peut s’étonner qu’elles soient traitées séparément. Comment aborder ces sujets individuellement alors que les décisions de l’un affectent les autres ? Faire de la relocalisation sans se demander quelles seront les compétences nécessaires, qui formera les travailleurs ou l’impact sur l’environnement n’a que peu de sens. Ou bien, faire de la transition écologique sans se demander si tous les publics pourront profiter de cette transition ou si celle-ci peut s’appuyer sur des acteurs économiques…

Au-delà, on peut s’étonner des acteurs autour de ces tables. Evidemment, il y a les partenaires sociaux, essentiels. Il y a des acteurs institutionnels, il aurait été intéressant d’élargir cette notion pour aller chercher des acteurs un peu différents. Mais c’est surtout dans les acteurs de terrain que nous sommes déçus. Pas de médecins, d’infirmières, de directrice de l’aide à domicile ou de maison de repos, pas de caissières ou de facteurs, pas de conducteur de bus ou de SDF, pas de travailleurs de maisons médicales, pratiquement aucun directeur d’association de première ligne ou de collectifs de défense des acteurs de la santé, des personnes en situation de précarité, pas d’entreprises d’insertion ou de travail adapté, pas de coopératives citoyennes, pas d’ouvrier ou de puéricultrice, pas d’enseignants… Bref, des acteurs qui, collectivement, travaillent et construisent des projets sociaux, environnementaux, démocratiques et économiques, ici, en Wallonie avec tous les Wallons et les Wallonnes, quel que soit leur diplôme, leurs revenus, leur situation.

Les citoyens et citoyennes sont appelés à s’exprimer, à donner des idées. Des influenceurs sont mobilisés pour attirer et inciter les jeunes à prendre la parole lors de la consultation, mais ils ne sont pas autour de la table de ces task forces. La diversité sociale, culturelle et d’âge ne s’y fait que peu sentir.

Comment créer du changement, comment innover, comment évoluer si on ne s’appuie pas sur ceux et celles qui font la Wallonie depuis toujours ? Comment relancer si, dès le départ, on repart avec les mêmes références ? Est-ce cela que nous voulons pour nous relever ?

Dans les prochains jours, les prochaines semaines, nous espérons que le gouvernement wallon va faire évoluer sa démarche pour mieux intégrer ceux et celles qui hier, aujourd’hui et demain ont été, sont et seront les acteurs de terrain et les victimes de ces plans conçus sans eux. Il est encore temps d’agrandir ces Task forces et de les faire travailler ensemble.

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