Carte blanche: «Le patronat met fin au pacte social et de facto à la paix sociale qui en découle»

Carte blanche: «Le patronat met fin au pacte social et de facto à la paix sociale qui en découle»
Photonews

Ce jeudi 14 janvier, nous apprenions avec stupéfaction que la possibilité d’augmentation de la marge salariale serait de… 0 % en 2021 et 0,4 % en 2022. Une marge impérative ce qui veut donc dire que même dans les secteurs n’ayant pas été ou peu impactés par la crise pandémique, voire pour les secteurs ayant généré des bénéfices complémentaires, il ne sera pas question de revalorisation salariale !

Cette déclaration est un véritable camouflet au visage des travailleuses et travailleurs. Elle est l’expression d’un mépris de classe de celles et ceux qui s’enrichissent. N’est-il pas scandaleux que le nombre de millionnaires ne cesse d’augmenter et que les grosses fortunes accroissent davantage leur patrimoine depuis un an tandis que les files pour les colis alimentaires, les reports de dépenses au niveau des soins de santé… explosent ! Que le patron de la FEB aille parler à ces personnes pour leur expliquer qu’ils doivent se serrer encore plus la ceinture. Que le patron de la FEB vienne au guichet d’une permanence chômage pour expliquer à une personne qui ne sait pas payer ses factures de chauffage pourquoi son allocation est plafonnée à 70 % quand elle a la chance d’avoir un contrat lui permettant d’en toucher une. Que le patron de la FEB aille expliquer à tous les intérimaires, travailleuses et travailleurs de la culture, aux étudiant·es, aux CDD… pourquoi ils n’ont plus de travail et comment ils doivent faire pour vivre avec les aumônes que le patronat accepte de leur allouer. Nous ne doutons pas que, comme au 19e siècle, il ressortira le discours sur la responsabilité individuelle, la prévoyance, sur apprendre à bien gérer son budget… tout ce discours moralisateur et culpabilisateur pour inciter les gens à se contenter des miettes que le patronat veut bien leur laisser. Un discours rendu plus sexy dans des concepts de « simplicité volontaire » alors que pour un nombre grandissant de Belges il s’agit d’une « simplicité subie » ou pour être plus précise d’une misère imposée ! Et ce sont ces personnes que la FEB et ses complices du Voka et de l’UCM, prennent en otage en enfreignant la loi et en liant la négociation pour l’enveloppe sur la liaison des allocations sociales au bien-être à celles de l’AIP. Alors que cette enveloppe aurait dû être appliquée dès le mois de septembre. Un jeu auquel le gouvernement doit impérativement mettre fin. A ce niveau on est en droit d’attendre un changement de logique et de résultat. Il est temps d’avoir l’alternative et pas seulement l’alternance. Fini de parler à l’oreille des riches, il faut écouter la voix du peuple.

Travail, vie, survie

On nous rétorquera qu’un nombre significatif de travailleuses et travailleurs, souvent celles et ceux organisés syndicalement, ont la chance d’avoir conservé leur temps plein et par là même leur salaire plein. Et que vu la restriction drastique, pour ne pas dire la suppression, de tout ce qui fait vie en société, ils ont moins de dépenses. Mais elles et ils subissent des conséquences sur le plan psychosocial dues à la dégradation des conditions de travail dans un climat anxiogène ou à la perte des rapports sociaux notamment. Ils et elles sont réduits à un boulot-dodo usant mentalement. Des réalités dont nous ne connaîtrons l’ampleur et les conséquences réelles que dans plusieurs mois ou plusieurs années ! Et que dire de l’épée de Damoclès de la maladie qui leur pend sous le nez. C’est un marathon qu’il nous faut courir et pas le 100 mètres, on ne sait quand ni comment cette pandémie va se terminer.

Vivre dans une société démocratique, ce n’est pas juste travailler pour permettre à des actionnaires de se gaver en dividendes.

Nous voulons vivre dignement en travaillant, pas travailler pour (sur)vivre.

Et que dire des indépendant·es dont les revenus sont devenus inexistants et qui ne survivent que grâce à des aides d’Etat. Un Etat si décrié ces dernières années, une sécurité sociale jugée si luxueuse que l’offensive idéologique et politique libérale en a fragilisé le financement… et qui depuis un an fait que la population de notre pays ne se trouve, pas encore, plongée totalement dans la misère. Même si comme nous l’avons déjà dit plus haut, sa proportion dans ce cas ne cesse d’augmenter.

La main invisible du marché

Pense-t-on réellement que c’est par l’appauvrissement salarial, car avec un tel chiffre on ne peut même plus décemment parler de simple modération salariale, qu’on va relancer l’économie ? Qui, demain, va aller au restaurant ? Qui va demain aller dans les magasins ? Des magasins déserts durant cette période de soldes tant par crainte des gens que par manque de moyens. La solution du patronat face à des gens se maintenant avec peine la tête hors de l’eau. Non pas une main solidaire tendue pour les en sortir mais la main invisible du marché bien réelle quand il s’agit de leur enfoncer la tête sous l’eau !

La mort de la paix sociale

Face à cette énième provocation, le temps est venu pour les organisations syndicales d’arrêter d’être des amortisseurs, d’être celles qui mettent tant bien que mal de l’huile dans les rouages d’une concertation sociale de plus en plus grippée par les sabotages du patronat. Il y a 76 ans les prédécesseurs du patron de la FEB&Co avaient compris que la sécurité sociale, les augmentations salariales et la concertation sociale n’étaient pas des coûts mais des sources de richesse. Qu’il n’y avait pas des « charges sociales » mais un mécanisme de solidarité bénéfique à toute la société. Il est temps de leur rappeler que sans une hausse généralisée du niveau de vie, c’est l’explosion sociale qui vient, dont le mouvement des Gilets jaunes n’était qu’un coup de semonce bien faible.

Pour nous, c’est clair. Au-delà de ne pas accepter de s’inscrire dans le jeu de dupes dans lequel on voulait nous entraîner, une marge impérative indécente est synonyme de dépôt d’un préavis de grève générale interprofessionnelle couvrant tous débrayages qui pourraient surgir de la part des travailleuses et travailleurs.

Le pacte social est mort. La paix sociale qui l’accompagne aussi !

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