Carte blanche: «Interdire les armes nucléaires: un rôle pour la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne»

Carte blanche: «Interdire les armes nucléaires: un rôle pour la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne»
Belga

Le 22 janvier, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entre en vigueur. Ce Traité interdit aux États parties le développement, la production, l’essai et le stockage des armes nucléaires. Il interdit également l’utilisation et la menace de l’utilisation des armes nucléaires. Jusqu’à présent, le Traité compte 51 États parties, 35 autres États l’ont déjà signé. On peut s’attendre à un nombre croissant d’États signataires et ratificateurs. Le Traité vise à éliminer juridiquement une menace substantielle pour notre planète : l’utilisation des armes nucléaires en temps de guerre, ce qui entraînerait des conséquences humanitaires et écologiques catastrophiques.

Un besoin de démarches concrètes

Nos gouvernements – nous vivons en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne – n’ont pas signé, ni a fortiori ratifié, ce Traité. Les Pays-Bas étaient présents lors des négociations, les deux autres sont restés à l’écart. Nos gouvernements se disent ouvertement en faveur d’un monde sans armes nucléaires, conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Il est évident qu’il nous attend une tâche difficile mais se contenter de répéter cet objectif ne nous mènera pas très loin. Cet objectif ne peut être atteint que par des démarches concrètes.

Nous aimerions que la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne accueillent le TIAN, dans le but d’y adhérer à un moment opportun. On énumère quatre bonnes raisons pour ce faire. Tout d’abord, ce changement de comportement s’accorderait avec l’agenda politique de ces gouvernements visant un monde sans armes nucléaires. Deuxièmement, cela leur permettrait de participer à la concrétisation des futurs développements relatifs au fonctionnement du Traité. Troisièmement, ce serait dans l’intérêt de notre population : les sondages indiquent, à plusieurs reprises, qu’une grande majorité partage cette opinion. Finalement, cela renforcerait mutuellement aussi bien le Traité que le TPN.

Une relique de la Guerre froide

En outre, nos trois pays se trouvent dans une situation particulière. Les trois « pays hôtes » accueillent des armes nucléaires américaines sur leur territoire. Ces armes nucléaires tactiques sont censées être employées par les avions de chasse des pilotes belges, néerlandais ou allemands. Cette pratique a été critiquée à plusieurs reprises, et dans nos trois pays, des résolutions parlementaires permettant leur renvoi ont été approuvées. Le TIAN interdit de façon explicite le stationnement des armes nucléaires sur le territoire d’un autre pays. Nous sommes convaincus que ces armes nucléaires ne sont qu’une relique de la Guerre froide, sans aucune utilité militaire. Nos gouvernements devraient insister sur leur élimination auprès des Etats-Unis et, de cette façon, mettre fin à l’implication potentielle de nos citoyens dans une guerre nucléaire.

La balle est dans le camp de l’Otan

En menaçant sans cesse d’utiliser des armes nucléaires, par l’intermédiaire de l’Otan, nos gouvernements essaient de garantir la sécurité avec des armes inhumaines pouvant entraîner des conséquences atroces. Une telle doctrine ne peut assurer une sécurité durable sur le long terme. L’Otan doit entamer un débat sur des stratégies de dissuasion non nucléaire effectives. Par ailleurs, nous encourageons les Etats-Unis et la Russie à prolonger le traité New Start et à engager des négociations bilatérales sur un traité faisant suite au New Start, comprenant également les armes nucléaires tactiques.

Rien qu’une valeur symbolique ?

Malheureusement, nos trois gouvernements critiquent le TIAN. Le Traité est quelquefois présenté comme un outil revêtant une importance purement symbolique et est parfois même considéré comme une menace pour la sécurité internationale. Selon nous, ces arguments sont faux. Le Traité est un instrument légal qui lie les États parties. Le Traité d’interdiction totale des essais nucléaires n’étant toujours pas entré en vigueur suite au refus des Etats-Unis et de la Chine de le ratifier, c’est le premier instrument à interdire effectivement les essais nucléaires. Les États non parties subissent également des conséquences non négligeables suite à l’adoption du Traité. Le secteur financier, comme les fonds de pension (entre autres, le fonds gouvernemental aux Pays-Bas) et les banques (comme CBC et Deutsche Bank), a déjà décidé de ne plus financer des entreprises liées à la production des armes nucléaires, en faisant référence explicite au TIAN. Les actions des adversaires démontrent aussi la valeur « symbolique » de ce Traité. En décembre dernier, l’Otan a publié une déclaration dans laquelle elle a fulminé contre le Traité. Pourquoi l’Otan réagirait-elle d’une telle façon si le Traité n’avait qu’une valeur symbolique ?

Une opportunité à saisir

La première réunion des États parties sera la première activité liée au Traité. La Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne devraient saisir cette opportunité pour entamer des négociations avec les États parties, bien qu’en tant qu’observateurs. Cette démarche ne les engage à rien. Mais cela marquerait un tournant par rapport au ton condescendant actuel vis-à-vis le Traité et ses États parties. L’accord de coalition belge constitue dans ce sens un bon début. La diplomatie internationale bénéficierait d’un ton plus constructif. Ça sera aussi positif pour la Conférence d’examen du TNP, qui aura lieu très bientôt.

En résumé, l’Europe occidentale devrait considérer le TIAN comme un message des États non dotés d’armes nucléaires, étant que la promesse de poursuivre l’élimination nucléaire devrait être prise plus au sérieux. La Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne devraient agir de concert afin de mettre fin au stationnement des armes nucléaires américaines sur leur territoire, et de signer le TIAN aussi vite que possible en termes politiques.

*Les trois auteurs sont actifs dans le mouvement Pugwash Conferences on Science and World Affairs.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches