Carte blanche: «Face aux dérives populistes, la vigilance citoyenne comme rempart de la démocratie»

Carte blanche: «Face aux dérives populistes, la vigilance citoyenne comme rempart de la démocratie»
Reuters

Au-delà de l’émotion planétaire suscitée par les images abracadabrantesques du Capitole le 6 janvier dernier, il importe de passer désormais au temps de l’analyse, de la réflexion, des enseignements à tirer de cet événement inimaginable. Il importe surtout de penser aux stratégies idoines pour préserver à long terme la démocratie, la dignité des peuples et les libertés fondamentales. Disons-le sans détours : ce qui s’est passé ce jour-là, et qui restera comme l’une des traces indélébiles du trumpisme, est en réalité l’une des expressions authentiques de la dérive populiste et du complotiste.

De ces événements dignes d’un film hollywoodien, peuvent se dégager quelques éléments de réflexion pour le devenir et l’avenir des démocraties qui sont aujourd’hui partout menacées par des vagues populistes et complotistes.

Les démocraties, même les plus consolidées, sont vulnérables

Dire que les démocraties, même les plus anciennes et les plus ancrées, demeurent néanmoins vulnérables relève de l’évidence même. Cependant, il s’agit d’une évidence sur laquelle il importe désormais d’insister systématiquement et même lourdement pour cultiver la vigilance citoyenne ainsi que l’éveil permanent des peuples.

En effet, dans les vieilles démocraties, l’on a tendance à considérer la démocratie et ses institutions comme des acquis, voire comme « une assurance multirisque » ! Or, les scènes du 6 janvier au Capitole viennent sonner comme un véritable avertissement face aux menaces récurrentes que représentent la dérive populiste et ses corollaires naturels que sont le complotisme, la démagogie et les discours de haine…

Les démocraties sont partout en difficulté

Depuis plus de deux décennies, on observe de façon récurrente que les démocraties sont partout en difficulté.

Le premier type de difficultés est sans doute à lier aux crises multiples et successives que connaissent les sociétés, développées comme émergentes, notamment les crises politique, économique, financière, socio-culturelle et identitaire. La crise sanitaire actuelle due à la pandémie de Covid-19 vient s’ajouter à ces crises aux conséquences multiples.

C’est précisément sur le terrain de ces crises que prospèrent les populistes de tous bords, qui n’hésitent généralement pas à en faire leur fonds de commerce électoral. D’ailleurs, il n’est pas impossible de croire que dans la cohorte qui a profané le temple de la démocratie américaine, se trouvaient également d’honnêtes citoyens ayant été abusés par la démagogie trumpiste !

Effectivement, face à ces crises intrinsèquement complexes, la logique populiste et complotiste consiste à proposer des lectures simplistes, assorties de solutions tout aussi simplistes, en recourant souvent à la technique ancestrale du bouc émissaire tout désigné : les élites politiques et/ou intellectuelles qui seraient corrompues et à la solde des officines étrangères, des institutions internationales quelles qu’elles soient, des organisations de la société civile, etc.

Le deuxième type de difficultés découle de l’affaiblissement croissant des partis politiques traditionnels, au moment même où l’on observe la montée progressive des forces populistes et complotistes qui sont partout aux portes du pouvoir. Le trumpisme n’est en réalité qu’un épiphénomène et le déshonneur suprême infligé au grand peuple des Etats-Unis d’Amérique pourrait arriver à toute autre démocratie, jeune ou consolidée.

Une « bonne affaire » pour les autocrates du monde entier

Les images terrifiantes du Capitole auront certainement contribué à affaiblir désormais les démocraties dans leur positionnement à l’international. Assurément, elles ne pourront plus être facilement citées en modèles de bonne gouvernance et de l’exercice raisonné du pouvoir. D’ailleurs, le coup d’éclat trumpiste du 6 janvier a tout l’air d’une offrande faite aux autocrates du monde entier qui n’en demandaient pas tant. Ceux sous les cieux tropicaux, en particulier, continueront tranquillement à tripatouiller les constitutions sur mesure pour confisquer le pouvoir du peuple, verrouiller le jeu politique et empêcher toute alternance. Ils pourront aussi discréditer à moindres frais leurs adversaires politiques, accusés systématiquement d’être à la solde de l’étranger (entendez les démocraties occidentales, donneuses de leçons de démocratie et de droits humains).

D’ailleurs, ce n’est véritablement pas fortuit si dans certains Etats qui sont loin d’être des modèles de démocratie, des chaînes de télévision ont fait tourner en boucle les images ubuesques du Capitole, comme pour jeter un ultime discrédit sur la démocratie américaine et sur la démocratie en général.

Tout ce qui précède met sans conteste en difficulté des citoyens courageux qui, dans de nombreux pays, se battent au prix de lourds sacrifices pour défendre la démocratie, les droits humains et les libertés fondamentales. Il est évident que les images du Capitole resteront une épreuve non seulement pour la démocratie américaine mais aussi pour tous ceux qui, à travers le monde, croient aux valeurs de la démocratie et œuvrent inlassablement à les promouvoir.

Du positif dans tout ça !

Sans doute à leur corps défendant, Donald Trump et sa cohorte auront apporté le 6 janvier la preuve ultime et irréfutable de la grande dangerosité du populiste, du complotisme et des discours de haine qui sont non seulement une menace pour la démocratie et les libertés fondamentales, mais aussi une atteinte grave à l’honneur et à la dignité des peuples.

Tous ceux qui avaient encore des doutes à ce sujet ou qui étaient dans le déni du réel ne pourront plus se voiler la face ou continuer à faire de la haute sémantique, comme c’est souvent le cas quand on évoque la dangerosité du populisme.

Cependant, face à la réalité indéniable des menaces du populisme qui ne cesse de montrer son vrai visage, la véritable réponse doit consister à cultiver systématiquement la vigilance citoyenne pour en faire un rempart de la démocratie, de la dignité des peuples et des libertés fondamentales.

Le grand peuple des Etats-Unis ne mérite pas le déshonneur qui vient de lui être infligé par Donald Trump et sa cohorte. Et aucune autre démocratie digne de ce nom ne doit subir un tel déshonneur à l’avenir…

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