Carte blanche: «Une bulle d’autonomie et de responsabilités»

Carte blanche: «Une bulle d’autonomie et de responsabilités»

La pandémie a touché tous les membres de notre société, soit de manière directe par la maladie, soit de manière indirecte par les mesures prises pour contrôler la transmission du virus. Étant donné que le virus est nouveau pour l’humanité, de nombreuses disciplines scientifiques tentent de comprendre l’épidémie, ses causes et ses effets et comment en protéger le plus grand nombre. Depuis près d’un an, diverses mesures ont été prises par le gouvernement, guidé par les scientifiques. Du lockdown au semi-lockdown, aux ajustements des stratégies de tests, de la durée de la quarantaine, du transport gratuit ou non gratuit des personnes, et des loisirs de nos plus jeunes concitoyens. Ces mesures sont définies sur des bases scientifiques et reposent sur l’observation, l’analyse et la modélisation des données de l’épidémie. L’évaluation de l’impact des mesures repose sur le suivi très attentif des mêmes paramètres, le nombre d’infections, d’hospitalisations et de décès. Leur impact au-delà de ces paramètres est insuffisamment mesuré, ou insuffisamment pris en compte.

A quoi aspirent les citoyens, de quoi ont-ils désespérément besoin et comment seront-ils affectés par les mesures ? Plusieurs groupes ont déjà sonné l’alarme sur la santé mentale des citoyens. Les personnes de tous âges et de tous horizons subissent un impact très important des mesures strictes que nous suivons tous. Perte de revenus ou de travail, perte de perspectives de « récupération » dans tous les secteurs, démotivation parmi les étudiants qui représentent notre avenir, difficultés à relativiser les problèmes par déficit de liens sociaux et d’opportunités d’activités culturelles et de loisirs… Globalement, le sentiment de subir à la fois l’épidémie et les mesures imposées et de vivre un cauchemar éveillé. De cette détresse et de cette perte d’autonomie grandit un rejet des contraintes venues d’en haut et imposées à la base de la société. Ce rejet risque de compromettre l’efficacité des mesures mises en place pour contrôler l’épidémie et, au-delà, de rompre plus encore les liens sociaux.

Un sentiment grandissant émerge qui nous indique que la voie choisie jusqu’ici pour contrôler l’épidémie ne suffira pas et qu’une seconde voie est nécessaire. Cette seconde voie devrait permettre de restaurer le sentiment d’autonomie des citoyens et leur donner un rôle actif dans la conception et la mise en œuvre des actions prévenant la transmission du virus. Peut-on concevoir que le dépistage du virus et la gestion de l’écartement des personnes infectées soient également pris en charge par les citoyens ? L’exemple du récent festival en Espagne indique à la fois un désir et peut-être une possibilité d’aller dans cette voie. Une telle approche passe obligatoirement par la prise d’une responsabilité importante des citoyens. Cette responsabilité serait partagée mais pourrait être portée de manière plus particulière par des citoyens prenant en charge l’organisation de réunions de personnes solidaires.

Plus constructive et moins punitive

L’exemple des campagnes de prévention de l’alcoolémie au volant nous démontre que cette approche est possible. A l’instar des Bob et des Bobette, conducteurs responsables, des Sophie et des Alexander pourraient prendre en charge l’organisation de réunions de personnes après avoir vérifié qu’elles ne sont pas porteuses du virus, par exemple à l’aide de tests rapides, et pourraient assurer le suivi des participants pour vérifier l’absence de transmission. Si elle pouvait être mise en œuvre efficacement, cette approche permettrait l’organisation de réunions culturelles, sportives, amicales, familiales mais ouvrirait également une piste pour les activités professionnelles et éducatives (universités…) impliquant des contacts. Cette stratégie aurait un coût qui pourrait être pris en charge par les personnes plus aisées et par des mécanismes de soutien aux personnes moins favorisées. Ce coût devra être calculé mais il semble a priori négligeable par rapport aux dommages considérables auxquels nous assistons et même par rapport aux dépenses consenties par la plupart des citoyens pour enrichir la qualité de leur vie quotidienne en dehors de cette période de pandémie.

Au plus grand nombre, cette seconde voie, construite à partir de la base de la société, pourrait paraître plus constructive que l’approche de contrôle et punitive qui est dominante aujourd’hui. Elle pourrait former un terrain fertile de créativité et de réinvention des contacts sociaux et de la vie de tous les jours. Elle ne devrait bien sûr pas exclure les acteurs impliqués dans la mise en œuvre et le contrôle des mesures décidées par le gouvernement mais au contraire permettre de construire des interactions qui ne seraient plus à sens unique mais qui seraient basées sur le respect de l’autonomie, la responsabilité et la confiance. La nature des bulles en serait transformée et une contrainte pourrait devenir un espace créé pour parler, écouter, jouer et s’entraider, autonomes et responsables.

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