Carte blanche: les plans de «reprise», nécessaires mais encore insuffisants!

Carte blanche: les plans de «reprise», nécessaires mais encore insuffisants!
Photonews

Le gouvernement fédéral nous annonce un « plan de reprise et de résilience » mais la quasi-entièreté des mesures ou thématiques annoncées sont liées à la reprise. Quelques mois après la prise de conscience de la fragilité de notre société face à des telles crises, la question de la résilience risque de passer au second plan. Si l’ampleur de cette crise sanitaire est sans doute sans commune mesure depuis la Deuxième Guerre mondiale, de nombreuses institutions internationales nous poussent à mieux nous préparer à des futures crises. S’il ne faut évidemment pas virer au catastrophisme et à l’analyse anxiogène, il est aujourd’hui nécessaire d’admettre que notre pays était mal préparé et trop peu outillé pour faire face à la Covid-19. Or, de nouvelles crises sanitaires, de raréfaction des ressources naturelles ou liées au changement climatique nous attendent. Elles sont ce que l’auteure américaine Michele Wucker appelle des « rhinocéros gris », des événements fortement probables, à haut impact mais encore négligées.

Alerter et (bien) coordonner

Il est donc urgent que les investissements visent aussi à mettre en place des mécanismes organisationnels et législatifs comme ceux qui ont permis à certains de nos voisins de réagir plus rapidement. Que faire ? A titre d’exemple, un consortium interuniversitaire de chercheurs suggérait récemment de développer des mécanismes (et indicateurs clefs) d’alarme lorsque les signaux faibles et crédibles de crises émergent. De même, il est essentiel de disposer d’un organe de coordination multidisciplinaire, entraîné et structuré pour coordonner la crise, composé de plusieurs « comités-cercles d’analyses-recommandations-décisions-intervention-coordination communication ». (1)

Gare aux sous-investissements

Le plan de reprise identifie fort justement l’importance de soutenir de nombreux éléments d’infrastructure : investissements de mobilité tel le RER, modernisation numérique de l’administration ou encore rénovation de bâtiments publics. Il est interpellant que, dans un pays comme le nôtre, ces projets pourtant indispensables doivent attendre une crise et des financements exceptionnels pour être réellement mis en œuvre. Cela montre à quel point, face aux défis qui nous attendent, certains secteurs essentiels sont structurellement sous-financés.

De nombreuses études nationales et internationales indiquent que l’on a sans doute surestimé le rebond économique (ou plus généralement la demande) dans les mois à venir. On peut donc craindre que l’ampleur et la durée de la crise soient telles que certains secteurs risquent un effondrement. Sous-investir pourrait avoir des effets beaucoup plus importants à moyen et long termes. Et on ne peut donc que s’inquiéter en comparant la taille de nos plans de « reprise » avec ceux d’autre pays.

Trois enjeux cruciaux

Par quoi compléter ce qui est ce qui est déjà sur la table ? J’aborderai ici trois enjeux cruciaux et interconnectés : la résilience, le financement et le « momentum » du changement de comportement.

1. Les outils de gestion visant à améliorer la résilience de nos entreprises et nos régions (tests de résilience des entreprises, analyse systémique au niveau régional, etc.) doivent être améliorés et soutenus.

2. Si l’agenda européen exigeaient d’avancer urgemment sur le plan de relance, le principal défi économique à court terme concerne le financement des entreprises et la fin du moratoire sur les faillites. Des liquidités existent chez certains citoyens et dans les entreprises moins impactées ou bénéficiaires pendant la crise. L’enjeu est donc de renforcer des outils permettant de mieux connecter les entreprises en besoin avec ces fonds privés.

3. Enfin, il ne faut pas négliger les opportunités de changement de comportement dans le cadre de crises aussi profondes que celle que nous traversons. Elles sont des moments clés pour désamorcer ces blocages individuels ou collectifs qui nous empêchent d’évoluer. On l’a vu avec le télétravail qui a été adopté dans de nombreuses organisations, vraisemblablement pour longtemps. Ne devrait-on pas prioriser dans les mois à venir ces mesures qui permettraient de faire basculer certains éléments structurants, que ce soit en termes économique, social ou environnemental ?

Le plan de reprise et de résilience est nécessaire et son utilité ne peut être remise en cause. Mais il n’est que la première étape d’un réel renouveau qui ne laisse personne sur le côté et nous permette d’avancer collectivement vers une société plus durable et plus solidaire.

(1) « Etude pour une Belgique plus durable, plus inclusive et résiliente à construire après la crise de la covid 19 », ULB-ECORES-PWC (Octobre 2020) menée pour l’Institut Fédéral pour un Développement Durable (IFDD), coordonnée par Marek Hudon et Emmanuel Mossay.

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