«Trains: sans vision, ça déraille»

«Trains: sans vision, ça déraille»

Nous aimerions commencer par un conseil simple pour éviter ce genre de conflit à l’avenir : impliquer les passagers dans les discussions. C’est difficile à croire, mais cette décision abrupte a été prise sans aucune consultation de la société civile et des organisations de voyageurs. Pourtant, les voyageurs savent ce qu’ils veulent : une alternative de qualité à la voiture, adaptée à l’avenir. Un énième conflit médiatique n’aide personne.

Ce conflit souligne la nécessité d’une vision commune et ambitieuse pour le rail en tant qu’épine dorsale d’un système de transport public efficace, accessible et abordable. Les transports publics, et le train en particulier, jouent un rôle crucial dans la (re)construction de notre société après le coronavirus. L’amélioration des transports publics est essentielle pour évoluer d’urgence vers une mobilité durable et saine, en accord avec les grands défis sociaux et la crise climatique. L’enjeu est donc majeur !

Le contrat de service public, anciennement appelé contrat de gestion, est un instrument indispensable pour accorder les violons entre l’État et les opérateurs du rail (la SNCB et Infrabel). Ce contrat détermine, pour une période définie, les missions qu’ils doivent accomplir, ainsi que le montant des subventions accordées par le gouvernement belge. Le contrat actuel a déjà huit ans de retard ; il couvre la période 2008-2012. Le ministre Gilkinet veut discuter d’un nouveau contrat, valable pour 10 ans, dans l’année à venir. Cela déterminera en grande partie l’avenir des chemins de fer et de nos transports publics au cours de la prochaine décennie. C’est LA priorité en matière de mobilité en Belgique.

Ce conflit ne peut mettre à mal la négociation sur ce contrat essentiel. Comment faire en sorte que le train soit à nouveau un succès ? C’est le cœur du débat. L’accord de coalition indique que la vision du nouveau contrat de service public s’appuiera sur le modèle suisse avec des nœuds de correspondance. Ce modèle a déjà été appliqué au réseau ferroviaire belge par Integrato , un groupe d’experts citoyens, et améliorerait considérablement la qualité de l’offre de trains.

Dans ce modèle, les trains se croisent systématiquement dans les gares plutôt qu’au milieu de nulle part, comme c’est trop souvent le cas actuellement. Cela permet des connexions plus nombreuses, sûres et ponctuelles. Les gares deviennent des lieux de rencontre, des plaques tournantes, où sont organisés d’autres services et possibilités de transport (bus, tramways, taxis, voitures partagées, vélos, etc.). Ce sont de véritables centres de mobilité.

Le modèle suisse des nœuds de correspondance est centré sur le voyageur. Et cela nous ramène à la discussion sur les guichets. Les experts soulignent que la présence humaine et les services non numériques restent essentiels pour assurer une mobilité inclusive. Cela signifie que nous devons réfléchir attentivement au rôle des gares et des guichets dans cette nouvelle vision de l’avenir, où les centres de mobilité seront si importants. S’il est difficile de justifier financièrement le maintien de guichets très peu utilisés, les fermer sans penser à la sécurité, aux alternatives pour le voyageur ou à la présence de personnel, reflète un criant manque de vision pour les services futurs.

Une grande partie de l’agitation de cette semaine aurait pu être évitée si les (associations de) passagers avaient été impliqués. Parce que les passagers, vous et moi, avons notre propre opinion sur la question. La capacité de la Belgique à réduire ses émissions de gaz à effets de serre dépendra entre autres de sa capacité à offrir des chemins de fer convaincants et accessibles à toutes et tous, permettant à chacun de délaisser la voiture pour ses déplacements. C’est à l’aune de ces multiples enjeux cruciaux que l’on jugera de la qualité du contrat de gestion à venir.

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