Carte blanche: En Birmanie, la responsabilité de la Chine en jeu

Carte blanche: En Birmanie, la responsabilité de la Chine en jeu
Reuters

Ceux qui suivent depuis longtemps les évolutions de la situation politique en Birmanie le savent : un obstacle récurrent aux efforts visant la démocratisation du pays est la protection toujours accordée par l’Etat chinois à une armée qui, n’ayant jamais pu se hisser au pouvoir par les urnes, a fait chaque fois qu’elle le souhaitait usage de la force pour assurer sa mainmise. C’est encore ce qui vient d’arriver : comme en 1990, année de la première victoire massive de la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi à des élections législatives (il n’existe pas en Birmanie d’élection présidentielle), l’armée a méprisé le scrutin, écarté ceux que les Birmans ont porté au pouvoir et multiplié les arrestations préventives. Comme à chaque fois que le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) est confronté à une crise dans ce pays, trois de ses membres permanents – les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France – ont souhaité mettre l’armée sous pression mais se sont heurtés aux limites imposées par les deux autres membres permanents du Conseil, la Chine et la Russie. On aurait tort, cependant, de penser que l’Etat chinois ne suit pas avec attention les derniers développements de la situation et ne s’interroge pas sur ce qui est en train de se passer. Certes, il y eut il y a quelques jours le langage diplomatique habituel, d’une hypocrisie confondante, Pékin évoquant un « remaniement ministériel majeur » – il s’agit d’un coup d’Etat, avec mise à l’écart et traduction en justice des représentants élus d’un peuple – et déclarant souhaiter la « résolution des différends dans le cadre de la loi ». Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, évoquait en outre le souhait « que toutes les parties en Birmanie puissent résoudre leurs différends de manière appropriée ». Comme si « toutes les parties » étaient également responsables de la situation de tension actuelle et non la seule armée birmane…

Un encombrant voisin

N’y a-t-il donc rien à espérer de Pékin ? Nul doute évidemment que l’Etat chinois n’abandonnera pas sa rhétorique habituelle sur la non-ingérence des puissances étrangères dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Mais on aurait tort de croire que la relation entre Etat chinois et armée birmane procède d’une permanente lune de miel. Loin s’en faut, en raison d’abord de la profonde xénophobie des militaires birmans mais aussi de leur attachement à leur indépendance : ils « font avec » les Chinois plutôt qu’ils ne les apprécient, bien conscients cependant que cet encombrant voisin est leur meilleur protecteur. Du côté chinois, les généraux birmans jouissent de peu de considération et Aung San Suu Kyi, l’ex-dissidente à la tête du gouvernement birman jusqu’à ce putsch du 1er février 2021, leur est apparue comme une partenaire économique plus fiable. Mais cela ne saurait suffire à lui accorder le ferme soutien de Pékin dont une préoccupation majeure est l’ouverture que lui permet la Birmanie sur l’Océan Indien, un accès qui lui permet de sécuriser ses approvisionnements stratégiques en réduisant sa dépendance au détroit de Malacca.

Une armée birmane impopulaire

L’actuelle prudence chinoise quant aux évolutions possibles de la situation en Birmanie se manifeste dans la dernière déclaration du Conseil de sécurité. Kenneth Roth, directeur exécutif de l’ONG Human Rights Watch, commente le texte ainsi : « On mesure l’isolement de l’armée birmane quand on voit la Chine et la Russie approuver une déclaration du Conseil exprimant une « grave préoccupation » et demandant la « libération immédiate » de l’ensemble des personnes détenues ainsi que la fin des restrictions visant les journalistes et les activistes. » Pour le Conseil, il y a « nécessité de continuer à soutenir la transition démocratique » comme celle « de maintenir les institutions et processus démocratiques, de s’abstenir de toute violence et de respecter pleinement les droits de l’homme, les libertés fondamentales et l’Etat de droit ». Il encourage « la poursuite du dialogue et de la réconciliation conformément à la volonté et aux intérêts du peuple ».

Pékin, en effet, mesure à coup sûr le profond mécontentement de la population birmane face à ce dernier coup de force des militaires. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le mouvement de désobéissance civile initié en réaction au coup d’Etat a montré sa force, porté notamment par une génération qui a grandi dans un contexte moins martial que celui qu’avaient connu ses aînés. Le rejet de l’armée est patent, qui se traduit par un boycott des entreprises liées aux membres de cette institution. L’Etat chinois, grand protecteur de l’armée birmane, sur qui compte l’instigateur et bénéficiaire du putsch Min Aung Hlaing, observe comme nous le faisons cette impopularité et cette détermination.

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