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Carte blanche: On ne bâtira pas le futur de la Catalogne avec un discours de confrontation

Les Catalans seront appelés aux urnes ce 14 février pour renouveler leur parlement.
Les Catalans seront appelés aux urnes ce 14 février pour renouveler leur parlement. - Reuters

Le 14 février prochain, dès huit heures du matin, et pendant douze heures, des urnes distribuées aux quatre coins de la Catalogne recevront des bulletins de vote pour décider la composition de son prochain Parlement. Seuls les masques et des mesures de prudence sanitaire dans le cadre du Covid rendront cet exercice légèrement différent des autres élections qui ont eu lieu sur notre territoire, et dans l’ensemble de l’Espagne, depuis le retour de la démocratie il y a plus de 40 ans.

La volonté collective des Catalans décidera à nouveau de son gouvernement, dans le respect des solides libertés garanties par la Constitution espagnole. Et – on le sait déjà – ces élections vont montrer à nouveau l’énorme complexité politique d’une société très riche en histoire et très diverse dans sa composition.

On verra, certes, l’élection de représentants qui demandent une rupture avec le reste de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Espagne. Et on verra élire des voix d’autres forces qui ne croient pas qu’une telle rupture puisse contribuer en rien à l’amélioration de la vie des Catalanes et des Catalans. Des voix qui, bien qu’en suivant des patrons idéologiques différents, basent leur offre politique sur quelque chose de plus que le débat des identités ; sur d’autres priorités, communes à celles qui inquiètent les citoyens partout en Europe : qui et comment peut mieux gérer cette pandémie ? Comment allons-nous sortir de cette énorme crise qui a détruit une bonne partie des fondements de notre économie et de notre emploi ?

Mais comme il est facile de comprendre, la presse ou les dirigeants d’autres pays ont parfois un peu de mal à discerner les enjeux de ce qui se passe à l’intérieur d’une société lointaine qu’on connaît mal. Dans le cas particulier de la Belgique, il se peut aussi que le fait d’accueillir certains personnages en quête constante de notoriété locale puisse contribuer à des distorsions et des déformations de la perspective.

La première frontière politique de ceux qui se présentent aux élections catalanes ne sera pas dessinée entre ceux qui sont pour ou contre le respect du système constitutionnel, mais plutôt entre ceux qui donnent la priorité au conflit social comme seul discours politique et ceux qui ont des propositions à faire (plus de droite ou plus de gauche) pour construire et bien gérer un futur collectif meilleur que ce présent dangereux et triste.

Avancer en travaillant ensemble

C’est là où la première bataille se joue et celle qui divise aussi profondément le champ de l’indépendantisme. Et ce futur collectif, personne, aucun parti ne pourra l’imposer. Il faudra travailler ensemble, à travers des sensibilités diverses, si l’on veut avancer et bâtir quoi que ce soit de positif. Nous avons une société profondément divisée : c’est un fait. Des dirigeants politiques sont en prison, pour des faits qui violaient consciemment la loi pénale, mais qui avaient sans doute le soutien d’une partie très importante de la population. Des millions de Catalans – aussi enracinés dans notre pays que les familles des indépendantistes les plus radicales – rejettent toute idée de rupture politique, économique ou sociale avec les autres peuples d’Espagne avec lesquels nous avons consolidé des liens durant des siècles. En plus, il ne s’agit pas de deux blocs, comme on essaye faussement parfois de le présenter. Il s’agit plutôt de toute une palette de couleurs et de sensibilités politiques, certainement pas d’un match de foot avec des hooligans de chaque côté.

L’autre grand élément déterminant de ces élections est de voir qui propose de travailler avec une volonté de création de ponts, de dialogue généreux dans le respect des lois (mais aussi avec la volonté légitime de les revoir et de les changer) et qui, par contre, préfère la « confrontation », la collision constante, le tout ou rien ; le populisme, en somme, qui préfère cacher la réalité, toujours complexe et nuancée, et naviguer sur les vagues des émotions bâties sur la tension permanente et les promesses qu’on sait impossibles. Cette deuxième option, malheureusement, est toujours là ; c’est aussi l’option qui prétend présenter un pays et une société imaginaires, qui n’existent pas. Il s’agit d’une adaptation locale de ce qu’on a bien connu outre-Atlantique, une sorte de « make Catalonia great again », dans laquelle ils seraient, eux, les seuls vrais patriotes en combat avec des traîtres infidèles alliés à un ennemi extérieur, présenté comme la cause de tous les maux.

Les amis de la Catalogne et de l’Espagne en Europe peuvent toujours apporter leur contribution s’ils le veulent et avoir des sympathies pour les causes des uns ou les batailles des autres. Mais, entre démocrates, on peut demander quelque chose : ne soutenez jamais les pyromanes. Non, le futur de la Catalogne ne pourra jamais passer par un discours de confrontation, qu’il soit prêché à Barcelone ou depuis le confort protégé de Waterloo.

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