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«Enseignement hybride: bridons le nombre d’élèves par classe»

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Pendant les vacances de Toussaint, il avait été décrété que les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles devaient changer leur mode de fonctionnement, ce bon vieux coronavirus ayant repris du poil de la bête. Un enseignement hybride allait être mis en place : « Pour les 2e, 3e et 4e degrés, l’hybridation des apprentissages est organisée pour limiter le nombre d’élèves présents simultanément dans les écoles à 50 % de la population habituelle », voilà ce que prévoyait, entre autres, la circulaire. Autrement dit, hormis le premier degré, la moitié des élèves doivent depuis lors être présent-es à l’école.

Face à cette injonction, plusieurs scénarios étaient possibles. À l’Institut de l’Assomption, la direction a choisi de diviser les classes en deux. Résultat ? En présentiel, quatorze élèves maximum par classe. Quel pied ! Si cette dynamique hybride est loin d’être parfaite, elle donne toutefois matière à penser. Une semaine après la mise en place de ce nouveau mode opératoire, une élève est venue vers moi et m’a dit : « Pour la première fois depuis le début de l’année, j’ai l’impression que les professeur-es voient réellement notre visage. » Et pour tout vous dire, j’avais la même sensation. On se rencontrait enfin, malgré les masques qui effacent une partie de notre humanité. C’est comme si quelque chose s’était débloqué. Les demi-groupes nous ont permis de réinvestir l’espace et de le faire exister différemment. Le rapport à l’autre et à la parole s’est soudainement transformé, des voix jusqu’alors invisibles se sont fait entendre, l’effet de groupe n’a plus eu autant de poids, les plus bruyant-es étant presque gêné-es par cette intimité soudaine.

À côté de cela, j’ai constaté qu’avec une classe aussi réduite, il était possible de mettre en pratique des méthodes pédagogiques autres, plus innovantes, plus ludiques, plus proches de ce qui nous avait été enseigné lors de l’agrégation. Combien de fois ne nous sommes pas dits, derrière nos bancs universitaires, que oui, oui, cette piste didactique est super mais néanmoins irréaliste puisqu’elle fait fi des 26, 27, parfois 29 élèves présent-es dans une même classe, et qu’elle oublie le possible chaos que cela pourrait engendrer. Depuis novembre pourtant, le fossé entre la théorie et la pratique s’est réduit. J’interroge tou-te-s mes élèves sans exception et plusieurs fois par cours. Je vais tou-te-s les chercher, ce qui, avant les demi-groupes, était beaucoup plus compliqué. J’ai les moyens de relire, en classe, chacune de leur production et même de les entendre. Mais au-delà de ça, je vois tout. Je vois les forces, les lacunes, l’éveil, le désintérêt, l’investissement, la flemme, tout. Et quand vous avez ces clefs-là en main, vous savez sur quel terrain jouer et comment vous adapter. N’est-ce pas cela, se centrer sur l’essentiel ?

Alors évidemment, je n’oublie pas que le revers de la médaille, c’est l’enseignement à distance pendant une semaine entière, la (dé)pression de suivre les cours depuis un ordinateur (ou un téléphone pour certain-es), la difficulté, voire l’impossibilité, de répondre à l’injonction à l’autonomie et à la motivation, la perte de gout pour l’école ou le dégout encore plus prononcé pour celle-ci. Non, je n’oublie pas le décrochage scolaire qui, telle une épée de Damoclès, pend au-dessus de nombreuses têtes et en tranche certaines. J’ai aussi bien conscience qu’il s’agit de mon point de vue, qu’il s’est construit au sein même de cette microsociété qu’est « l’Institut de l’Assomption », qu’il ne fait certainement pas l’unanimité, mais tout de même, cette situation vient me conforter dans une idée maintes fois évoquée par le monde professoral : il faut nous octroyer la possibilité de donner cours à de plus petites classes. C’est plus efficace et plus humain.

Il y a peu de temps, j’ai écouté un podcast présenté par Charlotte Pudlowski. Il était question d’y explorer le rapport à la parole au sein d’une classe*. La conclusion de l’émission était la suivante : « En classe, exister, c’est forcément prendre la parole. »

Donnons-leur cette possibilité-là, « exister ».

*Pudlowski Charlotte, « Comment réussir à se parler entre élèves et prof ? », dans Fracas, 17 septembre 2020, https ://open.spotify.com/episode/1AG5WV06I7ijJ4ynIUVuzx?si=_NqN8kjFSgi7UiblcTWnPQ

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