Carte blanche: Bon anniversaire mon covid!

Carte blanche: Bon anniversaire mon covid!
Belga

Eh oui, cela fait déjà un an que nous nous sommes croisés. Je t’ai tout de suite plu.

Moi je ne te connaissais pas. Je t’ai pris tout d’abord pour un petit refroidissement. Mais après 3 jours de courbatures inexpliquées, comme si chaque nuit était un rodéo où je me faisais piétiner encore et encore, sont arrivées les premières fièvres, un profond état d’épuisement et j’ai commencé à tousser, tousser et tousser encore.

Les gens parlaient de toi à la télévision. Les journalistes écorchaient ton nom au JT. Les spécialistes et chroniqueurs souriaient en voyant des régions entières de Chine confinées en se disant que jamais en Europe, on ne verrait cela… Bah on a vu…

Je me souviens aussi des autorités qui, en février, disaient que tu n’étais pas en Belgique, hormis un cas asymptomatique d’un homme revenu du bout du monde. La Ministre disait que ce n’était qu’une petite « grippette » qu’il ne fallait pas en faire tout un drame. Alors je l’ai crue. Elle était ministre et médecin ; elle devait savoir de quoi elle parlait, sinon à qui faire confiance ?

Mais aux courbatures, aux vagues de fièvre quelquefois intenses, à la perte de goût et d’odorat, et au reste sont venues s’ajouter ces asphyxies, comme de brèves noyades où je perdais pied, des mains invisibles qui te tordent le cou. Les secondes paraissent des minutes… Et les minutes des heures.

Des séquelles de ton passage

Je dors près de 16 heures par jour, ou par nuit, je ne sais plus trop ; tout se mélange. Le moindre effort est une aventure et la peur d’être privé d’air à nouveau me remplit d’angoisse. Je repense aux mots de la Ministre et je me convaincs de ne pas aller à l’hôpital…

Il m’a fallu trois semaines pour te chasser et qu’enfin les effets s’estompent. Trois semaines épouvantables. En réalité, je ne t’avais pas chassé car aujourd’hui tu es, hélas, toujours là. Je garde des séquelles de ton passage. J’ai perdu une partie de ma capacité pulmonaire et mon cœur s’emballe plus vite. Avant toi, je faisais un marathon par an, j’ai même grimpé l’Everest il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, je suis sans souffle après le moindre effort et mon cœur bat la chamade après seulement quelques marches d’escalier.

Dans nos vies de tous les jours aussi, tu t’es incrusté. Tu as, depuis notre rencontre, croisé beaucoup d’autres personnes à travers le monde. Tu as tué des gens. Certains que l’on connaissait, des amis parfois, pas toujours des vieux, d’ailleurs, contrairement à ce que certains aimeraient faire croire. On parle de toi en boucle dans les médias, et partout ailleurs, enfin sauf dans les bars ou les restaurants ; ça aussi tu nous l’as pris. Mes parents étant fragiles, je ne peux plus les voir de ta faute. De plus, cela fait presque un an que je fais du télétravail ; je ne croise les gens qu’au supermarché ou au local à poubelles de l’immeuble. C’est la première fois qu’une rencontre change aussi fondamentalement ma vie, tu peux être fier.

Je t’en veux, je m’en veux, mais pas que…

Quand je repense à février 2020, au début, je ne savais pas que c’était toi… et puis, quand l’épidémie s’est propagée, que les survivants racontaient ce par quoi ils étaient passés et que j’ai compris, j’ai eu honte d’en parler, songeant à toutes ces personnes que j’avais croisées et potentiellement exposées. Aujourd’hui, je t’en veux de ne pas me laisser tranquille, de ne pas me laisser refaire ma vie ni pratiquer du sport. Je t’en veux de m’empêcher de voir des gens, d’embrasser, d’étreindre, de vivre. J’en veux aussi à cette Ministre qui n’avait pas le droit de prendre de haut ce qui s’avère être une des pires épidémies de l’Histoire. J’en veux aux autorités qui nous ont menti sur les masques ou les tests. Je regrette beaucoup qu’aucune de ces personnes n’ait pensé à présenter ses excuses aux victimes ou aux citoyens généralement. Admettre une part de responsabilités dans la prise de certaines mauvaises décisions aurait sûrement permis une plus grande empathie au sein de la population et de rapprocher un peu, (enfin ?), les citoyens des dirigeants. En tout cas, en ce qui me concerne, je présente toutes mes excuses aux personnes que j’ai croisées en février, sincèrement, je suis tellement désolé de vous avoir mis en danger.

Se remettre ensemble ? Jamais !

J’ai appris récemment que l’on pourrait se revoir toi et moi car l’immunité potentielle des premiers infectés durerait, en fait, moins d’un an. Honnêtement je n’y tiens pas. Et puis, tu sais ce que c’est ; se remettre ensemble après une séparation, c’est jamais bon. Et pour être tout à fait honnête avec toi, je ne suis pas un pro vaccin mais je ne veux plus jamais revivre ce que j’ai vécu avec toi en février 2020. Je ne veux pas nécessairement ma vie d’avant mais je ne veux plus que tu conditionnes ma vie d’après.

Alors, mon covid, je te souhaite un bon anniversaire mais surtout que celui-ci soit le dernier.

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