Fil info

«Réformes des rythmes scolaires: attention à l’accroissement des inégalités»

«Réformes des rythmes scolaires: attention à l’accroissement des inégalités»

L e Soir daté du 4 Février 2021 (L’école changera de rythme en 2022) confirme que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles proposera au printemps une réforme majeure des rythmes scolaires. La réforme est en grande partie inspirée du système français avec le rythme de sept semaines de cours suivies de deux semaines de vacances. En France, le calendrier des vacances est différent dans trois régions afin d’éviter la saturation des équipements touristiques et de maximiser le nombre de nuitées et le rendement financier des investissements.

Nous ne sommes pas experts dans l’apport des neurosciences cognitives sur l’éducation et l’apprentissage. Résidents en France avec une longue expérience de parents avec le rythme scolaire « sept plus deux », nous souhaitons attirer l’attention sur un effet induit largement négatif de ce système, à savoir sa contribution à l’accroissement des inégalités sociales.

Les motivations pour la réforme des rythmes scolaires sont les suivantes : la fatigue physique et psychique des enseignants, la fatigue des élèves et, évoqué par la Ministre de l’Education, le souci de développer le secteur du tourisme, le nouvel or vert du sud du pays. Nous laisserons aux spécialistes le soin de comparer les niveaux de fatigue et les facultés d’apprentissage liés à des rythmes scolaires différents en Belgique et en France. Malheureusement notre expérience montre que le système français contribue à accentuer les inégalités sociales. Pour occuper les enfants durant ces périodes de vacances, les ménages avec un parent à domicile ou des grands-parents à proximité et en bonne santé sont fortement avantagés. De même, les ménages avec revenu élevé peuvent offrir des activités sportive, musicale ou culturelle aux enfants alors que la plupart des communes sans moyen financier ne peuvent les offrir gratuitement.

Pour éviter ces effets négatifs sur les inégalités sociales, il semble qu’une réforme alternative devrait être discutée. Cette réforme alternative pourrait inclure une réduction de la durée journalière du temps d’enseignement, un renforcement de l’autorité des enseignants vis-à vis de certains enfants ou parents qui n’acceptent plus leurs décisions, une stabilité des programmes d’enseignement pour éviter la fatigue liée à des réformes répétées et finalement un encouragement au sommeil des enfants. En effet des études démontrent que l’usage en soirée de tablette et téléphone cellulaire est en grande partie responsable de la fatigue et de l’assoupissement en classe des enfants. Ces propositions alternatives contribueraient largement à réduire la fatigue des enseignants et des enfants sans creuser les inégalités sociales.

Osons le progressisme ! La réforme envisagée des rythmes scolaires avec le « sept plus deux » devrait à tout le moins être comparée à une réforme alternative. Une hiérarchie claire des critères de sélection devrait être la suivante. En premier lieu, la qualité de l’enseignement, socle fondamental de l’ascenseur social. Deuxièmement la santé physique et psychique des enseignants. Finalement l’impact sur l’économie et le tourisme. L’inversion de cette hiérarchie qui favorise le tourisme ne peut que creuser d’avantage les inégalités. L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches