«Les fermes urbaines: beaucoup plus que de l’agriculture»

«Les fermes urbaines: beaucoup plus que de l’agriculture»

Les projets de fermes urbaines se multiplient, et c’est une aubaine. Mais l’aspect alimentaire n’est pas essentiel. Il est évident qu’on ne pourra jamais nourrir une population urbaine avec des potagers urbains. Trois autres aspects sont à prendre en considération : l’aspect économique, l’aspect environnemental et l’aspect sociétal.

Du point de vue économique, il est assez clair qu’une culture extensive est moins onéreuse qu’une agriculture urbaine. Il est même actuellement probablement moins cher de faire venir des tomates d’Espagne que de les cultiver en Belgique (mais je ne suis pas maraîcher). Idem pour les haricots verts du Sénégal, et l’on pourrait multiplier les exemples. Le libre-échange international a l’avantage de fournir des revenus à des agriculteurs dans les pays en développement et des produits bon marché au consommateur, mais il enrichit surtout les intermédiaires. L’idée des circuits courts est que les producteurs touchent une rémunération juste. La ferme urbaine, en réduisant le nombre d’intermédiaires, permet que des producteurs locaux touchent la juste rémunération pour leur travail. Ceci est contraire à la théorie de la spécialisation internationale du travail de Ricardo, mais cela a des fondements éthiques (la juste rémunération du travail) et économiques (le coût économique et environnemental du transport) que Ricardo négligeait.

Du point de vue environnemental, la question reste ouverte. Si les potagers urbains optent pour un mode de production biologique, alors l’impact serait positif (compte tenu du trafic routier, la gestion des déchets, les engrais…). S’ils optent pour des modes de production intensifs, alors l’impact pourrait être négatif (en raison de la petite taille des parcelles, et donc de l’absence d’économies d’échelle). Dans tous les cas, les enjeux environnementaux restent locaux et marginaux du point de vue des défis comme le changement climatique ou la biodiversité. En fait, l’enjeu principal n’est ni environnemental, ni économique. L’enjeu principal est sociétal.

Pourquoi les potagers urbains ont-ils autant d’écho ? Ce n’est pas pour des besoins alimentaires. Ce n’est pas pour des besoins économiques ni environnementaux. C’est pour la nécessité de tisser des liens sociaux et pour le besoin de se rapprocher de la terre. Des besoins élémentaires. Bien sûr, ce sont des besoins intangibles, mais ils sont essentiels.

Les fermes urbaines ne fonctionnent donc pas sur le modèle économique marchand conventionnel. Elles fonctionnent sur trois principes : le retour à la terre, le bénévolat et le lien social. Le retour à la terre est très primal : qui, parmi nos enfants, a déjà vu une vache, un cochon, un chou de Bruxelles ou une carotte en dehors du supermarché ? Alors que nos parents ont bétonné nos pays dans les années 1960 – 1980, nos enfants ont maintenant envie de terre fraîche. Les fermes urbaines répondent à ce besoin. De surcroît, les fermes urbaines sont un terreau pour le bénévolat car elles sortent du circuit marchand. L’engouement pour la terre attire les jeunes générations (et aussi les moins jeunes), lassées de la concurrence effrénée sur le marché du travail. C’est le retour à la valeur du travail, celle qui génère des produits de la terre, bien au-delà de l’argent. Quant au lien social, il est absent du marché concurrentiel (les grandes surfaces) tandis qu’il se retrouve dans le bénévolat et les marchés locaux. Les fermes urbaines constituent un lieu de convivialité et de démarche volontaire. Tout l’inverse d’une entreprise où chacun est anonyme et où personne ne se connaît. Elles allient le retour à la terre, la démarche volontaire et le lien social. Les fermes urbaines sont beaucoup plus que de l’agriculture.

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