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«La Loi «Drogues» fête ses 100 ans. Le temps est venu de l’évaluer»

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La semaine passée, le journal Libération donnait la parole à des députés français que tout pourrait opposer, sauf leur volonté commune, assez inédite, de faire preuve de « courage politique » ! Ils parlent « cash » : « Il faut réguler les drogues plutôt que leur faire la guerre ». Pourquoi ? Parce que « prohiber, c’est compliquer la prévention et la réduction des risques, notamment chez les jeunes ».

Il est vrai que plusieurs de ceux qui parlent ont un ancrage municipaliste et connaissent le désarroi total des acteurs de première ligne qui se sentent abandonnés. Par exemple, le député de « droite » assume pleinement son libéralisme et son républicanisme : l’idée d’une « économie souterraine, ultralibérale au sens le plus sauvage du terme » le heurte dans ses convictions. Et puis, dit-il, voir des « gamins de 12 ou 13 ans » tomber dans l’« illusion de l’argent facile et de l’ascension sociale », via un trafic bien rôdé, est une honte. Il a raison.

La France a donc lancé une vaste mission parlementaire et une large enquête citoyenne, en sorte de comprendre, par des récits et des témoignages, des chiffres et des faits, ce qui se passe dans ce pays qui figure au premier rang des consommateurs de cannabis en Europe. Comprendre et pas banaliser. S’informer et ne pas se voiler la face. Tout est là !

Et si, en ce jour anniversaire d’une Loi devenue bien impuissante si pas désuète, la Loi du 24 février 1921 sur les drogues, nous osions nous aussi faire ce grand exercice de lucidité sur ce qui nous arrive, en matière de consommation de drogues, et prendre le temps de la réflexion et de l’information, notamment sur ce très complexe problème du cannabis ?

Car, après tout, mieux vaut regarder la vie telle qu’elle va et surtout cette dure réalité des chiffres de la consommation des drogues. Sans dogmatisme et sans hypocrisie. Peut-on se satisfaire de cette hypocrite « tolérance », sournoisement quantifiée jadis en grammes, des usages soi-disant « récréatifs », alors que chaque jour amène son lot de découvertes de cultures illégales de cannabis, de saisies policières de « substances » qui tournent mal avec des traces de sang sur la voie publique, de récits de jeunes totalement désocialisés et oubliés, de décrochages scolaires, d’accidents de santé qui plombent la sécurité sociale, de prisons où l’on devient encore plus dealer, ou de « scènes publiques » de consommation… et on pourrait continuer.

Cette réalité donne le vertige et pire encore le fait que, derrière elle, il y a ce trafic redoutable dans ses effets et dans ses modes de fonctionnement. Un trafic tellement bien organisé que même ce fichu virus n’a en rien diminué ses fréquences et que ce ne sont pas ceux qui en tirent les juteuses ficelles qui sont derrière les barreaux.

Dès lors, pour savoir comment reprendre le contrôle, par un souci de prévention et de protection des multiples et divers consommateurs, pour faire face à un problème tellement lourd en enjeux de sécurité publique, de santé, d’économie, de justice ou encore d’éducation, il semble que l’on ne peut plus se contenter des indignations ou des imprécations…

Il faut agir. Et, avant d’agir, il faut mener une large enquête citoyenne et parlementaire, tant il serait irresponsable de se contenter d’un statu quo. Certes, on peut avoir une posture morale défensive et prohibitive, mais alors il faut être accro au réel : celui de la société, telle qu’elle est et pas celle de nos rêves, de nos utopies ou… de nos tabous. Sans quoi, on est sans foi, ni… loi !

Bref, 100 ans après la « Loi Drogues », j’appelle à un large débat qui soit démocratique, apaisé, neutre, impartial et intègre sur l’efficacité de cette Loi, donc sur ses profits, ses acquis et ses résultats. Après, on verra.

Et si d’aventure, l’information étant bouclée, une telle normativité centenaire s’avérait avoir mal vieilli et s’être retournée contre les siens, alors ce ne serait plus seulement la « particratie » que nos concitoyens auraient légitimement le droit de critiquer, mais notre incapacité à être des femmes et des hommes « transpartisans » !

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