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Carte blanche: des universitaires demandent de rouvrir l’enseignement supérieur à 50%

Carte blanche: des universitaires demandent de rouvrir l’enseignement supérieur à 50%

Il se murmure que des assouplissements sont envisagés dans l’enseignement supérieur, pour permettre, début mars, une reprise des activités en présentiel avec une jauge de 20% qui correspondrait dans les grandes lignes au code orange tel qu’il avait été défini pendant l’été 2020.

Si nous nous réjouissons évidemment de cette perspective de réouverture de l’enseignement supérieur, nous sommes inquiets de la découvrir si faible – et, par ailleurs, si tardive et difficile à appliquer.

1. C’est a minima le code jaune, et non l’orange, qui correspond aux recommandations OMS pour la situation épidémiologique qui prévaut actuellement.

2. La population étudiante n’est statistiquement pas à risque: au plus fort des deux phases épidémiques que nous avons connues, la catégorie d’âge 18-25, qui réunit davantage de citoyens que les seuls étudiants, a représenté au plus quelques pourcents deshospitalisations étiquetées Covid, d’une durée moyenne relativement courte. Par contre, la détresse de certains étudiants est alarmante et nécessite un changement de paradigme urgent, qui pourrait s’avérer impossible dans le cas d’un scénario minimaliste tel que le code orange et sa jauge de 20%.

3. La fermeture des auditoires ne semble pas avoir eu la moindre répercussion sur le taux de reproduction de l’épidémie : l’impact éventuel du passage en code rouge le 26 octobre 2020 n’était pas attendu avant le début de la deuxième semaine de novembre, date à laquelle la courbe des admissions à l’hôpital poursuivait, en échelle logarithmique, sa décroissance à pente constante.

4. (a) La jauge de 20% est globalement insuffisante pour permettre un enseignement présentiel de qualité, juste et équitable pour chaque étudiant – épanouissement, équilibre et santé mentale compris, lesquels ont été soumis à rude épreuve au cours des derniersmois. Quoique toujours contraignant, le code jaune et ses 50% rencontre ces exigences.

(b) Pour ceux qui disposent d’un logement sur leur campus, cette jauge implique de le réintégrer pour une durée utile d’un jour par semaine, mais pour des raisons pratiques, cette durée serait fragmentée sur la semaine. Ces étudiants sont, le reste du temps, livrés à eux-mêmes, en attente, sans lieu, cadre, structure ni rythme appropriés, alors que les vastes infrastructures ventilées dont disposent les établissements d’enseignement supérieur sont des lieux adéquats pour les accueillir dans les meilleures conditions à la fois sanitaires et pédagogiques sur base plus régulière, comme ce serait le cas en code jaune.

(c) Pour tous les établissements, la jauge de 20 % entraîne d’une part des choix difficiles, et d’autre part des défis administratifs et logistiques qui sont de nature à les décourager de la respecter, ou à les inviter à y renoncer pour rester dans le confort opérationnel de l’enseignement à distance, nonobstant ses dégâts pédagogiques et humains. Le code orange n’est donc pas loin d’un statu quo qui ne dit pas son nom. A contrario, les premières semaines de l’année académique ont montré l’efficacité d’une jauge de 50% pour garantir dans les meilleures conditions le minimum de présentiel requis pour chaque étudiant malgré l'hétérogénéité des parcours.

5. La responsabilisation de la population étudiante (respect des gestes-barrières et, singulièrement pour la population constituée en “bulles de kots” sur le campus, de la limite stricte des interactions avec des parents et proches à risque) est un objectif plus facilement accessible si l’on met un terme aux restrictions les plus sévères d’accès à l’enseignement. Elle est en outre significativement plus prometteuse que la diabolisation dont cette population a fait les frais dans le débat public, sans fondements, au cours des derniers mois.

6. Enfin, de par notre expérience du passé, la proactivité prophylactique des infrastructures universitaires, et l’immunité globale partiellement acquise par la maladie ou la vaccination, une reprise éventuelle de l’épidémie dans la population étudiante aurait un impact limité sur nos systèmes de santé.

En vertu de ces éléments, nous demandons instamment à nos autorités politiques une réouverture de l’enseignement supérieur en code jaune dès le 1er mars. Certains enseignants sont prêts à embrayer directement, d'autres auront besoin d'un peu plus de temps. L'enseignement hybride permet une adaptation souple aux réalités du terrain.

Signataires

Martin Buysse (UCLouvain) Vinciane Debaille (FNRS, ULB) Guillaume Derval (UCLouvain) Christine Dupont (UCLouvain) Denis Flandre (UCLouvain) Raphaël Jungers (UCLouvain) Vincent Laborderie (UCLouvain) Quentin Louveaux (ULiège) Irène Mathy (USaint-Louis) Pierre Schaus (UCLouvain) Olivier Servais (UCLouvain) Erik Van den Haute (ULB)

L’intégralité de la carte blanche

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